Les légumes et l’or tirent les prix vers le haut en mars : L’inflation annuelle reste contenue à 1,1 %
En mars 2026, les prix à la consommation à Alger ont bondi de 3,5 % par rapport à février. Le chiffre est net, mais il mérite d’être lu dans sa durée : sur un an glissant, le rythme d’inflation annuel ne dépasse pas 1,1 %. C’est ce que révèle le dernier bulletin mensuel de l’Office national des statistiques (ONS). La hausse de mars est réelle, mais elle porte essentiellement l’empreinte saisonnière. Les produits agricoles frais en sont le principal moteur, avec une progression de 8,4 % sur le mois. Les légumes accusent à eux seuls +36,8 %, les fruits +12,1 %, la viande de poulet +10,5 %. Ces variations ne surprennent pas les observateurs du marché algérien : le mois de mars correspond à une période de transition entre les stocks hivernaux et les premières récoltes printanières, une fenêtre traditionnellement tendue sur les étals. À titre de comparaison, le même mois de mars 2025 avait enregistré une hausse mensuelle de 2,4 %, soit un niveau inférieur à celui de cette année, mais dans une dynamique similaire. Ce qui nuance le tableau, c’est l’évolution sur douze mois. En mars 2026 par rapport à mars 2025, les prix alimentaires enregistrent en fait une baisse de 0,8 %. La viande de mouton recule de 10,8 % sur un an, la pomme de terre de près de 39 %, le café de 4,7 %. Autrement dit, derrière l’à-coup mensuel, les biens alimentaires se traitent globalement moins cher qu’il y a un an. C’est un signal positif pour le pouvoir d’achat des ménages.
L’autre poste qui pèse dans la hausse mensuelle est la catégorie «divers», portée quasi exclusivement par les bijoux en or, dont les prix ont progressé de 17,1 % sur le mois et de près de 26 % sur un an. Une bague solitaire de 4,2 grammes se négocie désormais à plus de 120 000 dinars contre 74 000 il y a un an, soit un bond de 62 %. Cette flambée reflète la tension persistante sur le cours mondial de l’or, dont le niveau record pèse mécaniquement sur les prix de détail. Elle affecte peu le quotidien ordinaire des ménages, mais gonfle l’indice de la catégorie «produits manufacturés», qui affiche +3,4 % sur le mois et +11,1 % sur un an.
Les services, eux, restent stables. Logement, transports, éducation, santé : ces postes ne bougent pas ou très peu d’un mois sur l’autre. Le logement progresse de 0,1 % en mars, les transports de 0,03 %. C’est l’une des caractéristiques structurelles de l’indice algérien : les prix administrés ou faiblement exposés au marché amortissent les fluctuations des produits libres.
L’indice désaisonnalisé — qui corrige ces effets calendaires — confirme cette lecture. Il progresse de 2,7 % en mars, contre 3,5 % pour l’indice brut. L’écart entre les deux mesures traduit bien l’effet saisonnier : sans lui, la hausse aurait été plus modérée.
À l’échelle nationale, la tendance est cohérente avec celle observée à Alger. L’indice général progresse de 3,4 % sur le mois, porté lui aussi par l’alimentation (+4,5 %). Sur un an, la variation nationale atteint +4,5 %, soit un niveau légèrement supérieur à celui de la capitale, ce qui reflète des tensions plus marquées dans certaines régions de l’intérieur.
Au total, mars 2026 illustre moins une dérive inflationniste qu’un ajustement saisonnier concentré sur quelques postes identifiés. Le rythme annuel de 1,1 % — calculé sur douze mois glissants d’avril 2025 à mars 2026 — reste l’indicateur le plus significatif pour apprécier la tendance de fond. Il place l’Algérie dans une situation de relative stabilité des prix, dans un contexte international où de nombreuses économies continuent de digérer des séquelles inflationnistes plus durables.
Sabrina Aziouez

