Des prérogatives élargies pour le ministre : L’étau se resserre sur le commerce extérieur
Deux décrets exécutifs publiés au Journal officiel le 20 mai 2026 renforcent le dispositif algérien de contrôle du commerce extérieur. Le premier élargit sensiblement les prérogatives du ministre chargé du secteur ; le second dote le ministère du commerce intérieur d’une inspection générale rénovée. Ces textes s’inscrivent dans une réforme d’ensemble engagée depuis 2025, dont l’objectif n’a jamais varié : reprendre la main sur des importations qui avaient bondi de 28,4 % au premier semestre de cette année-là.
Le décret exécutif n° 26-199 du 16 mai 2026 complète le décret n° 25-97 du 11 mars 2025 en y insérant un article 6 bis qui liste, pour la première fois de manière exhaustive, les attributions du ministre du commerce extérieur et de la promotion des exportations en matière de contrôle. Le texte lui confie notamment la mission de « veiller, en coordination avec les secteurs concernés, à définir la politique nationale en matière de contrôle des opérations d’importation et d’exportation », ainsi que le suivi direct des flux de marchandises « au niveau des postes frontaliers terrestres, aériens, portuaires, ainsi qu’au niveau des zones et des entrepôts sous douane et des zones franches ». Il lui appartient désormais aussi de « prendre les mesures nécessaires pour imposer le respect de l’encadrement des opérations d’importation et d’exportation » et de lutter contre les pratiques déloyales, « notamment le dumping, la subvention et l’accroissement des importations qui menacent la production nationale ». Le même article lui attribue la gestion des zones économiques spéciales dédiées à l’exportation et la supervision des bases logistiques, ainsi que la contribution à la « proposition des indicateurs de risques liés à la surfacturation ou à la sous-facturation ».
Ce dernier point mérite attention. La surfacturation des importations et la sous-facturation des exportations sont deux canaux classiques de fuite de devises. En chargeant le ministre du commerce extérieur de produire des indicateurs de risque sur ces pratiques, l’État se dote d’un levier supplémentaire pour surveiller l’évasion de capitaux, un problème qui pèse sur les réserves de change. En 2025, les importations algériennes ont atteint 61,4 milliards de dollars, creusant une balance commerciale déficitaire qui fragilise les équilibres extérieurs du pays.
La réforme ne date pas d’hier. Dès le 1er juin 2025, le président Tebboune avait dévoilé une feuille de route plaçant la réforme du commerce extérieur au cœur des priorités économiques nationales, avec pour objectif de limiter les importations aux seuls produits jugés essentiels, ceux qui ne peuvent être produits localement. Dans ce cadre, le programme prévisionnel d’importation (PPI), instauré en juillet 2025, a été reconduit pour 2026 et complété d’une plateforme numérique dédiée à la gestion et au suivi des matières premières importées. Deux nouveaux organismes publics ont également été mis en place en septembre 2025 pour gérer séparément les flux d’importation et d’exportation, dans le cadre d’une réorganisation annoncée par le Chef de l’État en avril de la même année. Ces structures ont remplacé l’Agence algérienne de promotion des exportations (Algex), dissoute sur décision présidentielle.
Gestion des réserves de change
Le décret du 16 mai tire donc les conséquences logiques de cette architecture. En centralisant la validation des flux marchands et l’administration des espaces économiques transfrontaliers, le texte positionne le ministre comme le pivot de la politique de substitution aux importations et le régulateur en chef de la balance commerciale.
Le second texte publié au même Journal officiel, le décret exécutif n° 26-200 du 16 mai 2026, s’applique au versant intérieur du dispositif. Il redéfinit l’organisation et le fonctionnement de l’inspection générale du ministère du commerce intérieur et de la régulation du marché national, abrogeant un texte vieux de trente-deux ans, le décret n° 94-209 du 16 juillet 1994. La nouvelle inspection est placée sous l’autorité directe de la ministre et dirigée par un inspecteur général assisté de huit inspecteurs nommés par décret. Ses missions couvrent le contrôle de l’application de la réglementation, l’évaluation permanente des structures de l’administration centrale et des services déconcentrés, et la possibilité d’intervenir « de manière inopinée à la demande du ministre, pour effectuer des enquêtes sur des situations à caractère spécifique ». Toute mission se conclut par un rapport transmis au ministre.
Le signal adressé aux opérateurs économiques est clair. L’État entend exercer une surveillance plus serrée sur l’ensemble de la chaîne, de la facture d’importation déposée à la banque jusqu’à la mise en rayon sur le marché national.
Samira Ghrib

