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Conflit au Moyen-Orient : L’accord reste suspendu aux humeurs de Trump

Depuis la trêve qui a suivi les frappes américano-israéliennes du 28 février, les négociations entre Washington et Téhéran avancent. Mais lundi, en quelques heures et quelques posts sur Truth Social, Donald Trump a une nouvelle fois rappelé que la route vers un accord passe d’abord par lui — et que cette route peut se fermer aussi vite qu’elle s’ouvre, alors que l’occupant du Bureau ovale change de poste au gré de ses humeurs.

Le président américain a une nouvelle fois fait volte-face et posé des conditions en termes sans ambiguïté : « Soit l’accord avec l’Iran sera un accord excellent et significatif, soit il n’y aura pas d’accord. » La formule, martelée deux fois dans la journée sur son réseau social, dit moins ce que Trump veut que ce qu’il est : un négociateur qui négocie autant contre son interlocuteur que pour la galerie. Côté iranien, l’accusation est directe. Téhéran, qui a confirmé des progrès dans les discussions tout en rejetant l’idée d’un accord imminent, pointe sans détour la « versatilité » de Washington. Ce mot, dans la bouche des diplomates iraniens, n’est pas un reproche de forme. C’est un constat opérationnel.

Car en une seule journée, Trump a réussi à formuler deux exigences qui compliquent singulièrement l’équation. La première concerne le contenu de l’accord lui-même : il doit être, selon lui, « l’exact opposé » de celui conclu sous l’administration Obama, qu’il décrit comme « une voie directe et ouverte vers l’arme nucléaire pour l’Iran ». Ce n’est pas une position nouvelle — Trump a toujours considéré le JCPOA comme une capitulation — mais la répéter au moment précis où des délégations négocient à Doha ajoute une pression que personne n’avait demandé à ce stade. La seconde exigence est plus surprenante encore : Trump a demandé que l’Arabie saoudite et le Qatar signent les accords d’Abraham comme condition liée au processus avec l’Iran, esquissant au passage une vision d’un « Moyen-Orient uni, puissant, et économiquement fort, comme peut-être aucune autre zone, n’importe où dans le monde. » La grandiloquence du post masque mal ce qu’il implique concrètement : lier deux dossiers distincts — la normalisation arabo-israélienne qui est assise selon les résolutions de la Ligue arabe sur le plan arabe de paix et le nucléaire iranien — dans un même paquet. Un post qui reflète aussi les intentions de la Maison-blanche : imposer une normalisation forcée aux pays du Golfe en en faisant une conditionnalité du parapluie sécuritaire américain dans la région.

À Doha, pendant que Trump postait, une délégation iranienne de haut rang tenait des discussions avec les médiateurs qataris et pakistanais. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, étaient sur place. Le gouverneur de la banque centrale avait fait le déplacement pour traiter la question des avoirs iraniens gelés — plusieurs milliards de dollars dont Téhéran réclame le déblocage dans le cadre d’un éventuel accord final. Trois sujets étaient au menu : le détroit d’Ormuz, l’uranium hautement enrichi, et les fonds gelés. Ce n’est pas une réunion de façade.

Le détroit d’Ormuz au cœur de la négociation

Le détroit d’Ormuz, justement, est en train de devenir l’un des nœuds les plus délicats de cette négociation. L’Iran a annoncé lundi l’imposition de frais pour des « services de navigation » aux navires transitant par ce passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaï, a pris soin de distinguer ces frais d’un péage — « l’Iran ne cherche pas à percevoir de péage ». Au sein même du Parlement iranien, des voix se sont élevées. Mahmoud Nabavian, membre de l’Assemblée consultative islamique, a écrit sur X qu’ « abandonner la gestion et le contrôle du détroit d’Ormuz dans un accord avec l’ennemi, pour quelque raison que ce soit, est une erreur totale et conduira à la défaite de la nation iranienne. » Quand les partisans de la ligne dure s’expriment en pleine session de négociation, ce n’est pas un hasard. Le tableau d’ensemble est donc celui d’une diplomatie sous tension croisée. D’un côté, une délégation iranienne qui se déplace, qui discute, qui mandate son banquier central pour parler d’argent concret — autant de signaux que Téhéran veut un accord. De l’autre, un président américain qui conditionne cet accord à des termes qui ne sont pas encore définis, qui y greffe des demandes annexes et qui continue de qualifier l’accord Obama de désastre, signalant implicitement que sa propre patience a des limites difficiles à calibrer. Et entre les deux, les médiateurs — Qatar, Pakistan — qui essaient de tenir un fil dont l’un des bouts change de position selon les humeurs de Truth Social.

Reste que la formule de Trump — « un grand accord pour tous, ou pas d’accord du tout » — est le type de cadrage rhétorique qui rend les négociations difficiles. Elle ne laisse pas de place au compromis graduel, à l’accord partiel, aux mesures de confiance séquencées que les diplomates préfèrent généralement pour désamorcer des crises aussi enchevêtrées. Elle contraint chaque partie à jouer quitte ou double dans un dossier où personne ne peut vraiment se permettre de perdre.

Lyes Saïdi

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