Culture

Un ouvrage collectif sur les idéologies de la suprématie bientôt publié : Le théâtre à l’heure de l’antifascisme et l’anti-colonialisme

Le théâtre régional de Naâma publiera prochainement un ouvrage collectif issu du colloque « Idéologies de la suprématie et théâtre », qu’il avait lui-même organisé en avril dernier. Universitaires et praticiens y ont confronté leurs analyses sur les ressorts idéologiques de la domination — colonialisme, fascisme, nazisme, sionisme, racisme — à l’heure où le génocide en Palestine impose, selon les organisateurs, une prise de position claire de la scène culturelle.

C’est un livre né d’une urgence. En avril dernier, le théâtre régional de Naâma organisait un colloque au titre frontal : « Idéologies de la suprématie et théâtre ». Quelques semaines plus tard, les actes de cette rencontre prennent la forme d’un ouvrage collectif, publié à l’initiative de la Bibliothèque principale de lecture publique de Naâma. Le livre rejoindra ainsi le fonds théâtral de l’établissement — une façon de prolonger et de fixer sur papier les travaux présentés lors de ces journées d’études, et de leur donner une portée durable au-delà de la salle de conférence.

Le mot « suprématie » est le fil directeur de toute la démarche. Brahim Djaballah, directeur du théâtre régional M’hamed Benguettaf, l’emploie comme catégorie analytique englobante : celle qui permet de désigner, en un seul terme, ce que partagent le colonialisme, le fascisme, le nazisme, le sionisme et le racisme. Ce n’est pas un choix anodin. Ce cadrage conceptuel — plus politique que strictement académique — dit quelque chose de l’ambition du colloque : ne pas se contenter de théoriser, mais nommer ce qui se passe aujourd’hui. Car l’organisateur le dit clairement : c’est le génocide en cours en Palestine qui a motivé la tenue de ces journées en avril et qui en justifie l’urgence.

Le colloque avait été animé par le dramaturge et metteur en scène Ziani Chérif Ayad, figure familière des scènes algériennes, sous la présidence de Brahim Djaballah. Les communications se sont succédé sur un spectre large, allant de l’histoire du théâtre algérien aux grands noms de la dramaturgie engagée mondiale.

Bouziane Benachour avait ouvert les travaux en revisitant « le théâtre algérien et la décennie fondatrice ». Brahim Noual avait pris le relais pour évoquer la scène algérienne d’avant l’indépendance et la vision du théâtre révolutionnaire — une période souvent trop vite enjambée dans les récits officiels. Ahmed Bellia Baghdad avait, lui, exploré « l’ethnocentrisme occidental et le colonialisme à travers les écrits d’Edward Saïd et de Frantz Fanon » : deux penseurs dont les œuvres n’ont rien perdu de leur actualité, à en croire les débats qui ont suivi.

Jean Genet avait occupé une place notable dans les échanges. Abdelkrim Ghribi avait analysé « l’engagement dans l’œuvre de Genet : Les Paravents et Quatre heures à Sabra et Chatila », deux textes dans lesquels l’écrivain français assumait sans détour son soutien aux causes anticoloniales. Kamel Chirazi avait prolongé cette réflexion en retraçant « les trajectoires de Jean Genet — l’auteur, l’homme, l’héritage ». Deux lectures complémentaires d’un même écrivain, entre texte et biographie.

Youcef Zaafane avait conclu les interventions en s’attardant sur Bertolt Brecht, à travers la pièce La Résistible Ascension d’Arturo Ui — écrite en 1941 pour décrire sous forme de parabole la montée du nazisme, et dont la résonance avec le présent n’avait pas échappé aux participants.

Ce qui frappe, à parcourir le programme de ce colloque dont l’ouvrage à paraître prolongera les travaux, c’est la cohérence de l’ensemble. Pas de dispersion thématique, pas de communication hors-sujet glissée dans les actes pour faire volume. Du théâtre algérien des origines aux avant-gardes européennes engagées, tout converge vers la même question : que peut la scène face aux idéologies qui écrasent ?

Mohand S.

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