Valorisation du patrimoine manuscrit : Un programme de soutien public à l’édition critique
Le ministère de la Culture et des Arts a annoncé le lancement d’un programme de soutien exceptionnel en faveur des chercheurs qui se consacrent à la vérification et à l’authentification des manuscrits, dans la perspective de publier ces textes une fois leur édition établie. L’annonce intervient alors qu’Alger accueille Les Routes de l’encre, rendez-vous dédié au patrimoine manuscrit national, et les deux initiatives répondent à la même préoccupation, celle de sortir de l’ombre des fonds restés trop longtemps inaccessibles au grand public.
Le communiqué précise que cette opération s’inscrit «dans le cadre de sa stratégie de soutien au patrimoine culturel matériel et immatériel algérien» et qu’elle se conforme aux «hautes orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune». Tout chercheur ayant l’expérience requise, en milieu universitaire ou de manière indépendante, et ayant déjà mené à bien la vérification d’un ou plusieurs manuscrits, peut se porter candidat pour bénéficier de cet accompagnement.
Le texte insiste sur la question des droits d’auteur, point sensible dans ce genre de travaux de longue haleine. Le ministère garantit que «les chercheurs qui publient leurs ouvrages obtiennent l’intégralité de leurs droits», la tutelle se chargeant de l’impression, de la diffusion dans les bibliothèques de lecture publique et de la présence dans les salons nationaux et internationaux, avec des hommages rendus aux auteurs à travers le pays.
Les conditions d’éligibilité fixent un cadre précis. Le candidat doit être de nationalité algérienne et le manuscrit doit appartenir à la Bibliothèque nationale, au Centre national du manuscrit, aux Archives nationales ou à des fonds privés détenus par des Algériens, les fonds étrangers restant exclus sauf si leur contenu se rapporte directement à l’Algérie. Le travail doit répondre aux normes de l’édition critique, et le chercheur doit détenir le droit légal de publier, avec l’accord préalable de l’établissement concerné pour les travaux universitaires. Le ministère se réserve l’exclusivité de la première édition pendant cinq ans, sans empêcher l’auteur de présenter son ouvrage à des concours nationaux ou internationaux.
Le ministère agit «par conviction de l’importance des trésors manuscrits dont notre pays a été doté» et dans le but de «faciliter l’accès aux savoirs fondamentaux» que renferment des milliers de textes encore peu exploités.
500 experts attendus à Alger
Rappelons que le colloque international «Les routes de l’encre en Algérie, civilisation et patrimoine» se tient les 15 et 16 juin au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal d’Alger, sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune. Organisée par le ministère de la Culture et des Arts, la rencontre réunit plus de 500 participants, parmi lesquels des universitaires et des spécialistes algériens de la préservation du patrimoine ainsi que des experts venus de Tunisie, d’Allemagne, d’Égypte, d’Arabie saoudite, d’Espagne, de France, de Grande-Bretagne, de Jordanie, du Pakistan, de Mauritanie, du Yémen et du Qatar. Une exposition de plus de 120 «khizanas», ces bibliothèques privées qui ont longtemps préservé les manuscrits dans les régions du Sud, accompagne les débats. L’objectif affiché est de retracer le récit culturel du patrimoine manuscrit algérien et d’examiner les mécanismes de sa protection, présentée comme «pilier fondamental de la mémoire et de l’identité nationales».
Mohand S.

