Mémoire : La « kechabia » du colonel Amirouche au musée régional du moudjahid
La « kechabia » du colonel Amirouche Ait Hamouda (1926-1959), chef de la wilaya III historique durant la glorieuse Guerre de libération nationale, a été présentée mardi au public au niveau du musée régional du moudjahid de Tizi-Ouzou, à l’occasion de la commémoration de la Journée nationale de l’étudiant.
Mardi mai, au musée régional du Moudjahid de Tizi-Ouzou, le moudjahid Slimane Laïchour, 91 ans, a remis la kachabia du colonel Amirouche Aït Hamouda à son fils Noureddine, 76 ans. La scène, sobre, a duré quelques minutes. Noureddine a pris le vêtement, l’a serré longuement contre lui, les yeux mouillés. Il avait dix ans quand son père tombait, le 28 mars 1959, dans les environs de Boussaâda.
Le colonel Amirouche Aït Hamouda, né en 1926 à Aït Mahmoud, en Kabylie, commandait la wilaya III historique — zone névralgique de la résistance qui couvrait la Kabylie et une partie des hauts plateaux. Figure redoutée par l’armée coloniale, qui le surnommait «le Lion de la Soummam», il reste l’une des personnalités les plus marquantes de la guerre de Libération nationale. Sur les rares photographies qui le montrent, il porte presque toujours cette kachabia à rayures dont l’origine exacte n’a jamais été établie.
C’est en mars 1958, quelques semaines avant son départ pour la Tunisie, que Slimane Laïchour reçoit ce vêtement. Le colonel le lui tend, une nuit, dans le maquis, pour le protéger du froid et de la pluie. Laïchour garde le silence sur cet épisode pendant des décennies. Sa mère, racontent les témoignages recueillis, cache la kachabia sous les tuiles du toit familial pour la soustraire aux fouilles de l’armée française. Elle y restera, pliée, traversant les années sans que son gardien ne s’en sépare. «Je l’ai gardée depuis 1958, ça fait 68 ans», dit-il mardi devant les caméras, la voix qui se fissure. «Si elle pouvait parler… Elle a traversé des sentiers escarpés, des rivières en crue, des forêts et des cimes enneigées. Tout un symbole. Voilà, je la remets à Noureddine.»
La cérémonie de remise tombe un 19 mai, date qui marque chaque année la Journée nationale de l’étudiant, en souvenir de la grève déclenchée en 1956 par l’Union générale des étudiants musulmans algériens — un choix de calendrier qui n’a rien d’accidentel. Chabane Hamcha, directeur du musée, précise à l’APS que le don a été officialisé en présence de Noureddine Aït Hamouda, fils du colonel. «C’est un grand plaisir pour moi, elle trouve désormais sa place», ajoute Laïchour, qui a collaboré avec plusieurs figures de la révolution, notamment Krim Belkacem, et dont les témoignages sur la Bleuite ou le Congrès de la Soummam font autorité.
La pièce est en bon état. Ce détail, anodin en apparence, dit quelque chose sur la manière dont certains anciens moudjahidine ont porté leur mémoire : non pas en en parlant, mais en préservant des objets concrets, tangibles, qui résistent là où les récits s’effacent. La kachabia rejoint désormais les collections permanentes du musée de Tizi-Ouzou, aux côtés d’autres témoignages matériels de la guerre. Elle y sera accessible au public — aux générations qui n’ont pas connu les maquis, qui ne savent de la wilaya III que ce que les manuels scolaires en retiennent, et pour qui un vêtement de laine rayé peut, peut-être, rendre la guerre un peu moins abstraite.
Mohand Seghir

