Économie

L’UE mobilise 25 milliards de dollars dans le projet T-MED : L’Algérie peut faire bien plus que vendre de l’énergie dans un partenariat gagnant-gagnant

La Commission européenne a lancé T-MED, une initiative destinée à mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros dans les énergies renouvelables en Méditerranée, avec l’Algérie en position centrale. Pour Boukhalfa Yaïci, directeur général de Green Energy Cluster Algeria, l’équation est claire : l’Europe a besoin d’énergie verte décarbonée, l’Algérie a le gisement solaire et les infrastructures gazières pour la produire et l’acheminer. Le chemin vers la compétitivité industrielle est balisé — et le pays a les moyens de le parcourir.

Reçu dimanche dans l’émission « L’invité du jour » de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Boukhalfa Yaïci a replacé T-MED dans une logique de rupture avec les anciens schémas d’échanges énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée. L’Algérie n’a pas vocation à rester éternellement exportatrice de matières premières. Le cap fixé par le président de la République est celui de la transformation sur place. L’hydrogène vert illustre bien cette ambition : dans un kilogramme produit, 69 % de la valeur vient de l’énergie solaire et éolienne, donc déjà locale. Ce que change la nature même du partenariat envisageable avec l’Europe.

Le projet South H2 Corridor s’inscrit dans cette logique. Il prévoit de produire de l’hydrogène vert en Algérie et de l’acheminer vers l’Italie puis l’Allemagne via les gazoducs existants entre l’Algérie, la Tunisie et l’Italie. Un atout décisif que les projets de coopération nord-africains n’ont pas toujours eu : une infrastructure de transport opérationnelle. La reconversion partielle de ces pipelines suffirait à enclencher la dynamique.

Le coût de l’électricité verte, levier de la compétitivité

La condition de réussite est connue et chiffrée. «Il faut amener graduellement le coût de l’électricité verte estimé aujourd’hui à 5 centimes de dollar le kWh vers un chiffre qui devrait être autour de 1,5 à 2 centimes de dollar le kWh», a expliqué Yaïci. À ce niveau, la production d’hydrogène vert devient exportable à des conditions concurrentielles. Et les outils pour y parvenir sont déjà en place. Yaïci mise sur une montée en puissance progressive et soutenue du programme national des 15 000 MW. Finaliser les 3 200 MW en cours, lancer sans délai la tranche suivante de 3 000 MW : c’est à cette condition que les entreprises du secteur pourront réduire leurs coûts, améliorer leurs performances et bâtir une filière industrielle solide. Les premières centrales livrées en mai 2025 témoignent que la dynamique est enclenchée. Des investisseurs internationaux ont multiplié les visites en Algérie dans l’année, preuve d’un intérêt réel pour le marché national. «La vision est là», a-t-il souligné, saluant l’engagement présidentiel qui donne au programme sa cohérence et sa continuité.

Sur le terrain africain, Yaïci a salué les donations d’équipements électriques consenties par l’Algérie à ses voisins et plaide pour amplifier cette dynamique. L’enjeu est de passer du geste diplomatique à l’investissement stratégique de long terme : Sonelgaz International présente sur place pendant vingt à vingt-cinq ans, vendant de l’électricité aux distributeurs locaux, générant des revenus en devises. L’Algérie dispose déjà des capacités industrielles nécessaires — panneaux, câbles, ingénierie — pour déployer du solaire en Afrique subsaharienne, là où le coût de production électrique reste très élevé faute d’alternatives au gasoil et au gaz importé. «Nous sommes présents sur les 3 200 mégawatts, donc on peut être présent aussi en Afrique», a-t-il affirmé.

Sur le volet fiscal, Green Energy Cluster Algeria a transmis au ministre de l’Énergie, rencontré le 9 avril, une série de propositions autour de l’article 103 de la loi de finances 2026. Ce texte ouvre pour la première fois des avantages fiscaux aux entreprises investissant dans les énergies renouvelables, avec une déduction allant jusqu’à 5 % des impôts dus réorientée vers des installations solaires. Yaïci salue cette avancée inédite et propose d’aller plus loin en portant le seuil à 30 %, conditionné à un taux de contenu local. La simulation réalisée sur les 785 grandes entreprises algériennes éligibles est éloquente : un marché potentiel de 2,4 gigawatts de capacité solaire, une économie d’un milliard de mètres cubes de gaz, des recettes d’exportation estimées à 4 milliards de dollars. «Pour chaque dinar concédé à l’industriel, l’État en récupère 18,3» par l’effet d’entraînement sur les filières, selon ses calculs.

Le ministère a donné son accord de principe pour une journée de mobilisation des industriels, et une réunion est prévue dans les prochaines semaines. Les opérateurs privés, eux, n’attendent que le signal. «À partir du moment où il y a la rentabilité qui danse derrière», la question technique ne se pose plus, résume Yaïci. Le cadre légal est posé, les acteurs sont prêts, la vision est là. Il reste à mettre la mécanique en mouvement.

Samira Ghrib

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