Culture

La S’beiba de Djanet : Un patrimoine vivant qui s’impose au monde

C’est au cœur de la mythique place Tedj Akel de Djanet, que la 17e édition du Festival culturel local de la S’beiba a été lancée, lundi soir, en présence du wali de la wilaya, M’hamed Moumène, entouré des autorités civiles et militaires locales, de chercheurs, d’académiciens et de nombreux invités venus des quatre coins du pays. La manifestation, qui se poursuivra jusqu’au 26 juin, renoue avec une tradition pluriséculaire. Car la S’beiba n’est pas née d’hier. Cette célébration touarègue, ancrée dans les us et coutumes des populations de l’Ajjer, remonte à des siècles d’histoire. Organisée chaque année autour du dixième jour du mois de Mouharram, elle mêle joutes poétiques, parades guerrières symboliques, chants traditionnels et démonstrations équestres dans une mise en scène collective où deux tribus rivales, les Kel Ajjer, reconstituent rituellement leurs anciennes rivalités, non pour se battre, mais pour se réconcilier et célébrer leur unité. En 2014, l’UNESCO a reconnu la S’beiba comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, consacrant ainsi une pratique que les habitants de Djanet perpétuent avec une fierté sans faille. Le Festival affiche une ambition renforcée, celle d’élargir l’audience internationale, densifier le volet scientifique avec des journées d’études dédiées, et intégrer davantage la jeunesse dans le processus de transmission. La 17e édition s’inscrit dans cette même dynamique, en poussant plus loin encore la réflexion sur la valorisation du patrimoine immatériel. C’est d’ailleurs le message central qu’a délivré Naceur Bekkar, commissaire du festival, dès la soirée d’ouverture. Pour ce responsable, la portée de la manifestation dépasse largement le cadre festif. « La S’beiba n’est pas une simple célébration saisonnière », a-t-il affirmé avec conviction, « mais représente tout un dispositif culturel inclusif, reflétant la mémoire de la société locale ainsi que des valeurs d’appartenance, d’identité et de coexistence. » Bekkar a également insisté sur le poids des responsabilités que confère la reconnaissance onusienne. « Son inscription parmi le patrimoine culturel immatériel de l’humanité induit, voire impose, une responsabilité collective pour sa sauvegarde et sa transmission aux générations futures », a-t-il souligné, appelant implicitement à un engagement qui dépasse les seules autorités locales pour s’étendre à la société civile, aux chercheurs et aux citoyens. Le commissaire a par ailleurs présenté cet héritage ancestral comme un véritable « levier de développement culturel, touristique et économique », une « vitrine pour faire connaître Djanet et ses composantes civilisationnelles » au reste du monde.

Le programme de cette édition reflète cette double ambition, entre célébration populaire et démarche scientifique. Au menu, des parades folkloriques et des spectacles d’arts populaires qui feront battre le cœur de Tedj Akel plusieurs soirs durant, des soirées poétiques et littéraires, des journées d’études consacrées au patrimoine culturel local, et des expositions d’artisanat traditionnel où les métiers d’antan reprennent vie sous les doigts des artisans du Sahara.

Mohand S.

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