Trafic de biens culturels : L’Algérie sonne la charge contre les pilleurs de patrimoine
C’est un chiffre qui donne le vertige et qui en dit long sur l’ampleur du fléau. Près de 15 000 biens culturels saisis et récupérés au cours de la seule année 2025. Tel est le bilan dévoilé, mardi matin, par la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, à l’occasion de l’ouverture d’un atelier international sur la lutte contre le trafic illicite des biens culturels, organisé au palais de la Culture Moufdi Zakaria à Alger, dans le cadre d’une visite de travail d’une délégation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
« L’Algérie a veillé très tôt à développer des dispositifs spécialisés dans la lutte contre les crimes portant atteinte aux biens culturels, en coordination avec les différents partenaires des services de sécurité », a déclaré la ministre dans son allocution d’ouverture, précisant que cette démarche a permis « de bâtir un système national intégré chargé de la surveillance des biens culturels et des musées, du suivi de leur circulation et de la lutte contre les tentatives de vol, de contrebande et de trafic illicite ». Ce dispositif, qui repose sur une approche multisectorielle associant les dimensions culturelle, sécuritaire, judiciaire et douanière, traduit, selon Mme Bendouda, « une conviction profonde de l’Algérie selon laquelle la protection du patrimoine culturel exige une approche transversale garantissant le renforcement de la coordination et de la complémentarité entre les différents acteurs intervenant dans ce domaine vital ». Les résultats sont là, les quelque 15 000 pièces récupérées en 2025 ont toutes fait l’objet d’une expertise scientifique menée par les spécialistes des institutions muséales nationales et les services compétents en matière de patrimoine culturel au niveau des wilayas, en étroite collaboration avec les appareils sécuritaires.
Au-delà du bilan national, l’atelier d’Alger a surtout constitué une plateforme d’échange entre experts internationaux venus de plusieurs pays européens et du Canada, et leurs homologues algériens représentant les différentes institutions sécuritaires et sectorielles concernées. Des cadres des musées nationaux et des organismes spécialisés dans la préservation et la valorisation du patrimoine culturel ont également pris part aux travaux.
Dans cette optique, la ministre a exprimé le souhait de voir l’Algérie « renforcer sa coopération avec l’OSCE et développer un partenariat pratique et durable dans les domaines de la formation spécialisée, du renforcement des capacités, de l’échange d’expertises et d’informations, ainsi que du développement de mécanismes de signalement et de détection précoce des crimes portant atteinte aux biens culturels ». Un appel qui s’inscrit dans une logique de mutualisation des efforts face à un trafic qui, par nature, ignore les frontières. « L’unification des efforts et le renforcement de la coopération internationale sont de nature à développer des réponses plus efficaces face aux menaces ciblant le patrimoine culturel, en tant qu’héritage humain commun et responsabilité collective qui incombe à tous », a conclu la ministre, rappelant ainsi que la sauvegarde de la mémoire des peuples est l’affaire de la communauté internationale tout entière.
Mohand Seghir

