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Les États-Unis et l’Iran échangent des frappes : Ormuz de nouveau sous tension

Un pétrolier atteint dans le détroit d’Ormuz, des frappes américaines sur le sol iranien, une riposte des Gardiens de la révolution sur des positions américaines dans le Golfe. En moins de 48 heures, la zone la plus névralgique du commerce maritime mondial est redevenue le théâtre d’une escalade militaire entre Washington et Téhéran, à peine quelques jours après la conclusion d’un protocole d’accord censé ouvrir la voie à une sortie de crise au Moyen-Orient.

Les deux puissances, officiellement entrées dans une phase de soixante jours de négociations pour parvenir à un accord final, semblent déjà tester les limites de ce qu’elles ont signé. Les faits, d’abord. Vendredi, l’armée américaine a annoncé avoir frappé des cibles en Iran, invoquant l’attaque, la veille, d’un cargo traversant le détroit d’Ormuz, qu’elle impute aux forces iraniennes. Washington a qualifié cet incident d’«agression injustifiée contre un navire commercial» constituant «une violation claire du cessez-le-feu», selon un message publié sur le réseau social X. En réponse, la télévision d’État iranienne a rapporté vendredi soir une explosion et l’impact d’un projectile sur un quai de la ville de Sirik, dans le sud du pays, ainsi que plusieurs tirs d’avertissement en direction de ce que Téhéran désigne comme des «navires en infraction» dans le détroit.

Le lendemain, samedi, les Gardiens de la révolution ont confirmé avoir attaqué des positions américaines dans la région du Golfe, en riposte directe aux frappes américaines sur le territoire iranien. Dans la foulée, l’agence maritime britannique UKMTO signalait qu’un pétrolier avait été touché par un «projectile non identifié» dans le détroit d’Ormuz. «Le capitaine d’un pétrolier a signalé que son navire avait été touché par un projectile non identifié. Le navire a subi des dommages au niveau de la passerelle. L’équipage est sain et sauf. Aucun dommage environnemental n’a été signalé, pour l’heure», précisait l’agence sur son site. La société britannique Vanguard Tech a identifié le navire comme étant le KIKU, battant pavillon du Panama.

Du côté iranien, la réaction diplomatique a été immédiate et juridiquement argumentée. Téhéran a estimé que les frappes américaines constituaient «une violation flagrante du paragraphe 4 de l’article 2 de la Charte des Nations unies et une violation flagrante du paragraphe 1 du protocole d’accord», selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Une position qui ancre la protestation iranienne dans le droit international, en s’appuyant sur des références précises aux textes en vigueur, aussi bien onusiens que bilatéraux. Donald Trump, de son côté, avait qualifié plus tôt dans la journée l’attaque du cargo de «violation stupide» du cessez-le-feu, une formulation qui tranche avec le registre juridique iranien, mais qui traduit la même irritation face à une situation qui menace de faire dérailler des négociations à peine engagées.

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, avait été rouvert à la navigation à la faveur du protocole d’accord entre Washington et Téhéran. Vendredi, 29 navires commerciaux l’ont franchi selon les données du site de suivi Kpler, après un pic de 57 mercredi et 42 jeudi. Mais plusieurs ont emprunté des routes non approuvées par Téhéran, alors même que l’autorité maritime iranienne avait prévenu que «tout passage en dehors du cadre défini ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé». Un avertissement que certains armateurs ont visiblement choisi d’ignorer, avec les conséquences que l’on sait. La séquence illustre la fragilité extrême du cessez-le-feu en vigueur. Chaque incident maritime devient un prétexte à des frappes, chaque frappe appelle une riposte, et la mécanique de l’escalade reprend ses droits, indépendamment des engagements diplomatiques pris quelques semaines plus tôt.

Lyes Saïdi

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