Ligne minière Est et port phosphatier d’Annaba : Les chantiers s’emballent !
Les travaux de la ligne ferroviaire minière Annaba-Tébessa-Bled El Hadba et du port phosphatier d’Annaba tournent désormais à plein régime.
Le ministère des Travaux publics et des Infrastructures de base a annoncé samedi dans un communiqué que les deux chantiers connaissent une « dynamique remarquable » sur le terrain, marquant une nouvelle étape dans le déploiement du complexe de phosphate intégré de l’Est algérien, l’un des plus grands investissements industriels jamais engagés dans le pays, estimé à près de 7 milliards de dollars.
Le communiqué attribue directement l’accélération observée à l’implication personnelle du ministre Abdelkader Djellaoui, dont le « suivi périodique et sur le terrain » a permis de lever les obstacles et de maintenir les délais contractuels. Sur les quatre tronçons que compte la ligne ferroviaire, les signaux sont positifs. Le premier, Annaba-Bouchegouf (54 km), progresse au niveau de la pose de la voie ferrée et des aménagements de la gare d’El Hadjar, avec des travaux de plateforme en cours à la sortie vers la station de collecte minière. Le deuxième tronçon, Bouchegouf-Dréa (121 km), le plus long du tracé, enregistre selon le ministère un « grand progrès » dans l’assemblage et la pose des poutres métalliques des ponts, tandis que les travaux de terrassement se poursuivent sur l’ensemble du tracé. Le troisième, Dréa-Oued Keberit (30 km), avance dans la construction des bâtiments voyageurs des gares de M’Daourouch et d’Oued Damous. Quant au quatrième tronçon, la ligne de contournement Tébessa-Tenoukla (43 km), il enregistre une progression dans la pose des poutres métalliques et l’aménagement des plateformes en béton des ponts 25 et 26 sur le territoire de la commune de Bekkaria, ce qui traduit, selon le communiqué, « le rythme ascendant des travaux dans l’un des ouvrages d’art les plus importants du projet ».
Du côté portuaire, l’autre pilier logistique du dispositif, le rythme est lui aussi soutenu. Le chantier du quai minéralier d’Annaba tourne en continu, « jour et nuit selon un système de rotation 24h/24 », conformément aux instructions ministérielles. Le communiqué détaille une cadence de dix pieux battus par jour, un coulage de béton armé pour les poutres principales du quai, un remblayage continu de l’arrière-quai au sable marin, et l’ouverture d’un nouveau chantier de soudage pour soutenir l’avancement général. Les travaux d’extension de la digue de protection et de dragage maritime se poursuivent également, afin d’assurer les tirants d’eau nécessaires à l’accueil des navires de grande capacité.
Derrière ces chiffres de chantier se dessine une ambition qui dépasse de loin le secteur des infrastructures. Le projet de phosphate intégré est la pierre angulaire de la stratégie algérienne de diversification économique hors hydrocarbures. Le gisement de Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, recèle des réserves estimées à 840 millions de tonnes, soit près de 80 ans d’exploitation, avec une production annuelle projetée à 10,5 millions de tonnes de phosphate brut et 6 millions de tonnes d’engrais. La chaîne de valeur s’étend de la mine à l’export en passant par extraction à Tébessa par Sonarem, transformation chimique à Oued Keberit dans la wilaya de Souk-Ahras par Sonatrach, fabrication d’engrais à Hadjar Essoud dans la wilaya de Skikda, et expédition depuis Annaba vers les marchés internationaux. L’ingénierie du complexe a été confiée à la compagnie italienne Saipem.
Le président Abdelmadjid Tebboune a lui-même fixé le cap lors d’un récent Conseil des ministres, faire des mines « un secteur dynamique générateur de richesses d’une part, et un moteur de rupture avec la dépendance aux hydrocarbures d’autre part ». Il a annoncé l’entrée en service de l’usine d’acide phosphorique pour le début 2027, et ordonné « le lancement immédiat des travaux de construction des unités de traitement du minerai brut à la mine de Bled El-Hadba, parallèlement à son exploitation », ainsi que « la construction sans délai de dépôts d’urée et d’ammoniac conformes aux normes techniques internationales ». La cohérence de l’ensemble repose sur trois maillons indissociables : la mine, la ligne ferroviaire et le quai d’Annaba.
Samira Ghrib

