Sécurité hydrique : L’Algérie capitalise sur ses investissements stratégiques
L’Algérie vit « une aisance et une stabilité » inédites en matière de sécurité hydrique, a affirmé lundi le ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza, invité du Forum de la Radio algérienne. Une déclaration qui sonne comme un bilan d’étape, mais qui engage surtout l’avenir.
Derrière cette sérénité affichée, c’est tout un dispositif de mobilisation estivale que le ministre a détaillé, révélant l’ampleur des investissements consentis pour tenir, mois après mois, la promesse d’un approvisionnement régulier dans un pays que les changements climatiques et la pression démographique mettent chaque été davantage à l’épreuve.
Le diagnostic est posé sans détour. Les mutations climatiques, sécheresse persistante, baisse des précipitations caractéristique du bassin méditerranéen, ont contraint l’Algérie à repenser en profondeur sa politique de l’eau. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’ensemble des choix stratégiques opérés ces dernières années sur instruction du président Tebboune. Bouzegza a insisté sur le fait que « l’investissement dans le dessalement de l’eau de mer constitue un choix stratégique pour renforcer la sécurité hydrique », face à des ressources conventionnelles soumises à une pression croissante. Ce choix, désormais irréversible, a profondément modifié la carte hydrique nationale.
Les chiffres donnent la mesure de l’effort consenti. L’Algérie dispose aujourd’hui de 82 barrages, d’une capacité de stockage « supérieure à huit milliards de mètres cubes », avec cinq ouvrages supplémentaires en cours de réalisation. Les réserves stockées atteignent cette année plus de 4,5 milliards de mètres cubes. À cela s’ajoutent 19 grandes stations de dessalement, capables de produire 3,8 millions de mètres cubes par jour, complétées par 12 unités plus petites d’une capacité totale de 300 000 mètres cubes journaliers. Seize wilayas côtières bénéficient déjà de l’eau désalinisée, et les raccordements à distance vers des wilayas de l’intérieur entreront en service « dans les prochains jours ». Par ailleurs, 234 stations d’épuration sont opérationnelles, 78 autres sont en cours de réalisation, avec une capacité annuelle de 1,5 milliard de mètres cubes dont 30 % sont déjà réutilisés, notamment à des fins agricoles.
Pour la saison estivale en cours, le ministère a décliné ce dispositif en un programme d’anticipation. L’augmentation des quotas distribués à partir des barrages constitue le premier levier activé. Bouzegza a souligné que « les écarts d’approvisionnement entre les grandes et les petites villes se sont considérablement réduits » et que « les différentes wilayas bénéficient désormais de quotas quasiment équivalents ». Cette équité territoriale, longtemps réclamée, traduit une volonté politique de ne laisser aucune région à l’écart du système. Des wilayas historiquement défavorisées, Tindouf, Tissemsilt, Djelfa et Khenchela, ont bénéficié de « programmes complémentaires ayant contribué à l’amélioration de l’approvisionnement en eau et à l’accompagnement du développement économique et agricole ». Sur le terrain, l’effort de renouvellement des infrastructures de proximité est tout aussi significatif. Le secteur a remis en exploitation un nombre considérable de puits existants, réalisé « plus de 91 nouveaux forages et plus de 100 réservoirs d’eau », tandis que « près de 400 puits sont en cours de réalisation » et seront réceptionnés progressivement. Ces investissements soutenus visent à consolider la résilience du système face aux pics de consommation et aux aléas techniques inhérents à la saison chaude.
Car la question de la continuité de service reste centrale. En cas d’arrêt pour maintenance de certaines stations de dessalement, le ministre a assuré qu’il sera recouru à des sources alternatives pour compenser les volumes manquants, « tout en informant, au préalable, les citoyens de toute perturbation potentielle dans la distribution ». Pour piloter cet ensemble, une commission centrale de suivi œuvre quotidiennement à l’évaluation de la situation à travers toutes les wilayas, relayée par des cellules de veille locales capables d’intervenir rapidement en cas de dysfonctionnement. Les régions éloignées ont été explicitement intégrées au programme estival afin de garantir une distribution régulière, y compris en périphérie.
Modernisation
La modernisation de la gestion constitue l’autre axe structurant du discours du ministre. Bouzegza a indiqué que les efforts du secteur portent sur « la numérisation et les technologies de pointe pour le contrôle à distance, l’intervention rapide pour traiter les pannes et les fuites », auxquels s’ajoutent le renouvellement des réseaux vétustes, la lutte contre les raccordements illicites et la réduction des pertes en ligne. Cette rationalisation est indispensable : produire davantage d’eau ne sert à rien si une part significative se perd avant d’atteindre le robinet du citoyen.
Au-delà de l’enjeu domestique, Bouzegza a rappelé que le secteur de l’Hydraulique est « l’un des piliers du développement économique », en ce qu’il conditionne l’extension urbaine, l’agriculture irriguée et l’activité industrielle. Le président Tebboune avait d’ailleurs, lors d’un récent conseil des ministres, instruit le gouvernement de faire de l’alimentation en eau potable « une priorité absolue » et de revoir en profondeur la gestion et la distribution.
Samir Benisid

