155 ingénieurs en IA et en mathématiques reçoivent leurs diplômes
Ce sont 155 ingénieurs spécialisés en intelligence artificielle et en mathématiques qui ont reçu lundi leurs diplômes au Pôle scientifique et technologique de Sidi Abdellah, lors d’une cérémonie présidée par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari. Une promotion, deux écoles, et derrière elles une question de fond : dans quelle mesure ces nouvelles compétences permettront-elles à l’Algérie de relever les défis colossaux de la transformation numérique, de la diversification économique et de la souveraineté scientifique ? Les deux établissements concernés, l’École nationale supérieure d’intelligence artificielle (ENSIA, 105 diplômés) et l’École nationale supérieure de mathématiques (ENSM, 50 diplômés), ont été créés en 2021 à Sidi Abdellah, dans un contexte où l’Algérie prenait acte de son retard dans des domaines devenus centraux pour toutes les économies du monde. Leur création, a rappelé Baddari, est intervenue « en anticipation des besoins futurs de l’Algérie dans les domaines de l’intelligence artificielle et des mathématiques ». Cinq ans plus tard, la première promotion sort. L’heure n’est plus à la conception, mais à la mesure des résultats et à l’évaluation de ce qui reste à faire.
Le défi premier est celui de la mutation technologique mondiale, qui ne laisse aucun répit. Le ministre a situé cette cérémonie dans le cadre de « la vision prospective » du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à « former des compétences capables d’être au diapason des mutations technologiques et scientifiques et de bâtir l’économie de la connaissance ». Pour le directeur de l’ENSM, Ahmed Medeghri, la création de son école répond précisément à « aux métamorphoses numériques effrénées et au besoin de l’Algérie de former des ingénieurs capables de suivre le progrès technologique ». Dans un monde où l’intelligence artificielle reconfigure chaque secteur d’activité, de la santé à la défense en passant par la finance et l’énergie, l’absence de compétences nationales de haut niveau équivaut à une dépendance structurelle aux expertises étrangères et aux coûts qui en découlent.
Le second défi est celui de la diversification économique. L’Algérie, dont les recettes restent massivement indexées sur les hydrocarbures, a engagé depuis plusieurs années un discours sur la nécessité de construire une économie productive et diversifiée. Mais le discours ne suffit pas, il suppose des ressources humaines capables d’irriguer de nouveaux secteurs. Medeghri a d’ailleurs annoncé que des travaux sont en cours pour « la création de nouvelles spécialités, dont les mathématiques des hydrocarbures », mais aussi « un projet pour le lancement de spécialités en partenariat avec le secteur des assurances ». Ces orientations illustrent la volonté de connecter la formation mathématique de haut niveau aux réalités concrètes de l’économie nationale, bien au-delà de la seule sphère académique.
Le troisième défi, peut-être le plus structurel, est celui de la recherche scientifique. Former des ingénieurs compétents est une chose, produire du savoir original en est une autre. C’est précisément sur ce terrain que les deux écoles entendent franchir une nouvelle étape. Le directeur de l’ENSIA, Abdelmalek Bachir, a annoncé que l’école amorcera dès l’année prochaine « une nouvelle phase avec le lancement d’un laboratoire de recherche scientifique et l’accueil de la première promotion de doctorants, ce qui est à même de renforcer son statut en tant qu’institution alliant formation, recherche scientifique et innovation ». À l’ENSM, un laboratoire de recherche est déjà opérationnel, ouvrant aux diplômés la possibilité de « poursuivre leurs études en doctorat », selon Medeghri. L’enjeu est ici de rompre avec un modèle universitaire longtemps accusé de former des exécutants plutôt que des créateurs de savoir, et de doter l’Algérie d’une capacité autonome de recherche et développement dans des disciplines d’avenir.
Bachir a résumé cette ambition en une formule, « l’investissement dans l’excellence est un investissement dans l’avenir du pays ». La cérémonie s’est conclue par la distinction des majors de promotion, des lauréats de concours scientifiques et sportifs internationaux, ainsi que de jeunes porteurs de start-up, symbole d’une volonté de voir la formation d’élite irriguer aussi l’écosystème entrepreneurial. 155 diplômés, c’est un début. L’ampleur des défis auxquels ils sont appelés à répondre donne la mesure du chemin qui reste à parcourir.
Salim Amokrane

