Culture

Béjaïa : Colloque national sur le chant patriotique d’expression amazighe

Chercheurs et universitaires se sont réunis mardi au campus d’Aboudaou, à l’Université de Béjaïa, à l’occasion d’un colloque national consacré à la « Chanson patriotique d’expression amazighe : textes, contexte et voix engagées », organisé par le Centre de recherche en langue et culture amazighes (CRLCA), pour mettre en lumière le rôle de ce patrimoine immatériel dans la mobilisation populaire durant la Guerre de libération nationale. Cette rencontre de deux jours, placée sous le signe de l’hommage au chanteur de la révolution Allaoua Zerrouki, s’inscrit dans le cadre des célébrations du 64e anniversaire de la fête de l’Indépendance et du recouvrement de la souveraineté nationale.

Le co-président du colloque, Dr Kamel Medjoub, a expliqué à l’APS que la poésie chantée d’expression amazighe a agi comme un véritable « affluent majeur de la résistance nationale », capable de formaliser la conscience patriotique des populations bien avant le déclenchement de la révolution, le 1er novembre 1954. Selon lui, l’alliance du texte poétique et de la musique confère à ce patrimoine une force de pénétration particulière : « le texte poétique s’adresse directement à l’affect et s’ancre plus facilement dans la mémoire collective ». Il a ajouté que la structure rythmique du chant en fait un vecteur de transmission des mots d’ordre « bien plus mémorisable et accessible pour les masses populaires que d’autres outils, tels que les tracts ».

Les intervenants ont retracé les racines de ce chant engagé jusqu’aux années 1940, citant notamment « A Yemma Aâzizen ur ttru » (Ne pleure pas chère mère !) de Farid Ali, ainsi que le texte de Hocine Aït Ahmed « Tura qrib ad nennay » (Bientôt nous combattrons), deux œuvres présentées comme ayant grandement contribué à la maturation de l’idée d’indépendance dans la conscience collective.

Le colloque s’est également penché sur la trajectoire de figures emblématiques comme Taleb Rabah, illustrant la double fonction de ce legs : soutien moral pour les familles algériennes durant les années de guerre, et puissant levier de cohésion identitaire. Plusieurs interprètes d’expression amazighe ont franchi, à l’image de Farid Ali, le pas de l’engagement armé en intégrant les rangs du Front de libération nationale (FLN).

La contribution des voix féminines n’a pas été occultée : le chant interprété par des femmes s’est imposé, selon les intervenants, comme une véritable archive historique vivante, documentant les batailles et le sacrifice des martyrs tout en immortalisant les noms de chefs de la révolution, à l’instar du colonel Amirouche Aït Hamouda. Au terme des travaux, les participants ont plaidé pour l’élaboration d’une cartographie nationale de la poésie de résistance, l’institutionnalisation biennale de ce rendez-vous scientifique, ainsi que la création d’une plateforme numérique dédiée à l’archivage de ce patrimoine historique et culturel.

R.C.

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