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Moyen-Orient : L’escalade militaire entre Washington et Téhéran s’intensifie

Les forces américaines ont mené mardi une troisième nuit consécutive de frappes contre l’Iran, tandis que Téhéran a répliqué en visant plusieurs pays du Golfe ainsi que la Jordanie, dans une spirale de violence qui menace désormais la stabilité de l’ensemble de la région et fait planer le risque d’une perturbation durable du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, voie stratégique par laquelle transite une part considérable des exportations mondiales de pétrole. Selon les autorités locales iraniennes, les villes portuaires de Bouchehr, où se trouve l’unique centrale nucléaire du pays, et de Bandar Abbas, proche du détroit d’Ormuz, ont été visées par des tirs américains. Le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a confirmé avoir mené une mission de cinq heures contre des cibles militaires dans plusieurs villes du sud du pays, précisant avoir visé des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles ainsi que des moyens maritimes. Des frappes ont également touché la province du Khouzistan, zone pétrolifère frontalière de l’Irak et du Koweït, où la ville d’Abadan, qui abrite la plus ancienne raffinerie du Moyen-Orient, a été atteinte. Des sources locales font état de victimes civiles, notamment dans la province du Hormozgan, où trois membres d’une même famille auraient péri. En représailles, l’Iran a revendiqué des tirs contre plusieurs Etats du Golfe. Bahreïn affirme avoir intercepté plusieurs projectiles, tandis que des sirènes d’alerte ont retenti à Manama pour la troisième fois depuis l’aube. Le Koweït a annoncé l’interception d’« engins aériens hostiles » dans son espace aérien, et la Jordanie dit avoir abattu quatre missiles iraniens ayant pénétré son territoire, sans faire de victime ni de dégât matériel. Les Emirats arabes unis ont par ailleurs fait état de l’attaque de deux de leurs pétroliers dans le détroit d’Ormuz, un incident ayant coûté la vie à un marin indien et blessé plusieurs autres membres d’équipage, ce qui a conduit New Delhi à convoquer un diplomate iranien pour protester.

Un blocus maritime au cœur des tensions

Washington a par ailleurs annoncé le rétablissement d’un blocus des ports iraniens situés à proximité du détroit d’Ormuz, dont l’entrée en vigueur était prévue mardi soir. Donald Trump avait dans un premier temps évoqué l’instauration d’une taxe équivalente à 20 % de la valeur des cargaisons transitant par cette voie maritime, avant d’annoncer mardi renoncer à ce projet au profit de négociations d’accords commerciaux et d’investissements avec les pays du Golfe. Cette annonce a temporairement freiné la hausse du prix du pétrole, le baril de Brent ayant atteint 85 dollars pour la première fois depuis plus d’un mois avant de refluer légèrement. Du côté iranien, le Parlement a entamé l’examen d’un projet de loi relatif à la « sécurité et au développement durable » du détroit d’Ormuz et du golfe Persique, sans que son contenu précis n’ait été détaillé. Près de 180 députés ont par ailleurs publié une déclaration réclamant la poursuite des opérations militaires et la dénonciation de l’ébauche d’accord conclue avec les Etats-Unis, apportant leur soutien aux forces armées dans l’exercice de ce qu’ils qualifient de droits souverains sur le détroit. Un porte-parole de l’armée iranienne a de son côté affirmé que cette voie maritime ne pourrait rouvrir que dans le respect des droits du peuple iranien, écartant toute réouverture obtenue par la contrainte.

Face à cette escalade, plusieurs acteurs internationaux ont appelé à la désescalade. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a averti que les informations relatives à une possible fermeture du détroit d’Ormuz étaient extrêmement préoccupantes, soulignant les répercussions potentielles sur l’acheminement de nourriture, de médicaments et d’autres biens essentiels pour des millions de personnes, bien au-delà de la région. Son responsable, Volker Türk, a appelé à un retour immédiat au cessez-le-feu entre l’Iran et les Etats-Unis. La Chine a de son côté exhorté les deux pays à rétablir un trafic maritime normal et sûr dans le détroit, y voyant une aspiration partagée par la communauté internationale. Le Qatar a quant à lui condamné les attaques contre les pétroliers émiratis, les qualifiant de violation du droit international et de menace pour la sécurité énergétique mondiale.

L.S.

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