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Le pétrole au plus haut depuis la mi-juin : Le Brent franchit la barre des 90 dollars

Le cours du baril de Brent a bondi de 6% ce lundi pour dépasser les 90 dollars, son niveau le plus élevé depuis le 11 juin, dans un contexte de poursuite des frappes entre Washington et Téhéran, de nouvelles attaques contre des navires dans le détroit d’Ormuz.

À 6h00 GMT, le baril de Brent, référence internationale, pour livraison en septembre, s’échangeait à plus de 90 dollars, en hausse de 6%. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), progressait de son côté de 2,10% à 84,22 dollars, après avoir touché quelques heures plus tôt un pic de 85,39 dollars, son plus haut niveau depuis le 12 juin.

Mi-juin, les cours du pétrole étaient pourtant repassés sous la barre des 90 dollars, portés par l’espoir né des avancées autour d’un accord-cadre pour la paix au Moyen-Orient. Mais ce protocole d’accord, signé le 17 juin, et les perspectives d’une issue diplomatique se sont effondrés ces derniers jours avec la reprise des bombardements américains contre l’Iran et les représailles iraniennes contre des bases et des alliés des États-Unis. Conséquence directe de cette escalade, les prix du carburant sont repartis à la hausse sur l’ensemble des marchés internationaux.

Les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique iranienne, ont annoncé lundi avoir arrêté deux pétroliers qui tentaient de franchir le détroit d’Ormuz de façon « non autorisée » par Téhéran, selon la télévision d’État iranienne et l’agence Tasnim. L’agence de sécurité maritime britannique UKMTO a par ailleurs rapporté lundi qu’un navire était en feu dans le détroit, à environ 15 kilomètres (au nord-ouest du village omanais de Kumzar, sans que la cause de l’incendie ne soit connue pour l’instant.

Ce passage stratégique, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures, se trouve au cœur des affrontements et a de nouveau été verrouillé par l’Iran depuis la reprise des hostilités. En réponse, Washington a de son côté réimposé son blocus des ports iraniens. L’armée du Koweït a annoncé avoir fait face à l’aube à des attaques de drones hostiles iraniens, tandis que des alertes ont retenti à Bahreïn, qui abrite une importante base navale américaine.

Le pétrole grimpe « sous l’effet de la hausse des primes liées aux risques géopolitiques et du ralentissement du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz », résume dans une note Lloyd Chan, analyste à la banque MUFG. Dans ce « contexte de tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient, les risques d’inflation restent orientés à la hausse », ajoute l’analyste, rappelant que le vice-président de la Réserve fédérale américaine a évoqué la possibilité pour la Fed de relever ses taux d’intérêt si l’inflation ne se calme pas rapidement.

Pour Dina Esfandiary et Becca Wasser, analystes chez Bloomberg, « les deux camps sont pris dans une spirale d’escalade ». Selon elles, la semaine qui s’annonce s’annonce tendue, avec davantage de frappes et de contre-frappes marquant une nouvelle étape dans l’escalade, et probablement une nouvelle hausse des prix du pétrole. Plus la situation s’aggrave, plus il sera difficile pour l’Iran et les États-Unis de faire marche arrière, préviennent-elles.

L’incertitude liée à la situation au Moyen-Orient et à la possible prolongation du conflit gagne les Bourses asiatiques, déjà fragilisées par des inquiétudes sur les valorisations du secteur de l’intelligence artificielle. À Séoul, marquée ces derniers jours par des ventes massives dans le secteur des semi-conducteurs, l’indice Kospi reculait lundi de 4,15%. La Bourse de Taïwan hésitait, en repli de 0,05%, tandis que les places de Hong Kong (+1,94%) et de Shanghai (+1,53%) progressaient, portées par l’espoir que Pékin dévoile de nouvelles mesures de soutien à l’économie, après la publication d’indicateurs économiques la semaine passée.

L’AIE alerte sur l’épuisement des réserves mondiales

Cette flambée des cours intervient alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a déjà averti, jeudi 16 juillet, que les réserves mondiales de pétrole brut s’amenuisaient, érodant ainsi l’un des principaux amortisseurs face à l’une des plus grandes perturbations de l’approvisionnement pétrolier de l’histoire. « L’économie mondiale n’est pas encore totalement prévisible », avait déclaré à CNN le directeur de l’AIE, Fatih Birol. De nombreux pays ont jusqu’ici compensé la perte de leurs approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient en s’appuyant sur l’augmentation de la production dans d’autres régions. Des voies alternatives pour acheminer le brut hors de la région, comme le pipeline Est-Ouest saoudien, ont également contribué à atténuer l’impact de la hausse des prix. « Mais cette situation ne peut pas durer longtemps, car les réserves mondiales de brut continuent de baisser », a mis en garde M. Birol.

Le monde s’appuie fortement sur ses réserves stratégiques de pétrole pour compenser la perte de plus d’un milliard de barils depuis le début de la guerre contre l’Iran. Selon les données de l’AIE, les réserves mondiales de pétrole ont chuté de 360 millions de barils entre mars et mai, avant de reculer plus légèrement en juin grâce à l’augmentation du volume de pétrole en cours d’expédition par voie maritime, bien que de nombreux pays continuent de puiser dans leurs réserves stratégiques.

Sabrina Aziouez

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