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La tension reste vive dans le Golfe : Téhéran dément toute négociation avec Washington

L’Iran a démenti, lundi, mener la moindre négociation avec les Etats-Unis, en dépit de l’arrêt récent des hostilités entre les deux pays, tandis que le trafic maritime demeure fortement perturbé dans les détroits d’Ormuz et de Bab Al-Mandab et que plusieurs foyers de tension se multiplient dans la région.

« A l’heure actuelle, nous ne sommes engagés dans aucune négociation avec les Etats-Unis », a affirmé le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, lors de son point de presse hebdomadaire, contredisant ainsi des informations faisant état d’une demande iranienne d’ouverture de pourparlers. Le même responsable a par ailleurs précisé que les discussions en cours entre Téhéran et Mascate au sujet de la gestion du détroit d’Ormuz ne concernaient en rien Washington. « Il s’agit d’une affaire strictement bilatérale entre l’Iran et Oman », a-t-il insisté, tout en confirmant que la voie maritime restait fermée.

Ces déclarations tranchent avec les propos tenus par le président américain Donald Trump, qui a affirmé, dans un entretien à la chaîne israélienne Channel 12, que des « discussions très approfondies » étaient en cours avec l’Iran, tout en avertissant que Washington reprendrait une action militaire d’ampleur en cas d’échec des pourparlers.

Sur le plan militaire, la situation reste marquée par une accalmie fragile. Les gardiens de la révolution ont annoncé avoir empêché, dans la nuit de dimanche à lundi, six navires d’emprunter une route non autorisée dans le détroit d’Ormuz, recourant à des tirs de semonce pour les contraindre à faire demi-tour. Un épisode similaire avait déjà été signalé samedi, avec quatre bâtiments interceptés. Depuis la reprise des affrontements avec les Etats-Unis le 7 juillet, Téhéran a restreint la circulation dans ce passage stratégique, par lequel transite environ un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, en n’autorisant que les navires empruntant la route longeant ses côtes.

Cette situation continue de peser lourdement sur le commerce maritime régional. Selon des données publiées lundi par la société d’analyse Kpler, seuls onze navires transportant des matières premières ont franchi le détroit de Bab Al-Mandab dimanche, un niveau parmi les plus bas enregistrés depuis plusieurs mois, dans la foulée de nouvelles attaques de drones revendiquées par les rebelles houthistes du Yémen contre des installations pétrolières saoudiennes. Le mouvement, soutenu par l’Iran, affirme avoir visé plusieurs sites liés à l’acheminement du brut vers le port de Yanbou, en réponse à des incursions de drones qu’il attribue au royaume saoudien. Dans le détroit d’Ormuz, le trafic est resté tout aussi restreint pendant le week-end, avec moins de dix navires marchands quotidiens, malgré la suspension des frappes croisées entre Washington et Téhéran depuis vendredi. Ces perturbations avaient provoqué la semaine dernière une flambée des prix du brut au Moyen-Orient, en Europe et en Afrique, avant qu’une relative accalmie n’entraîne lundi un net repli des cours, le baril de Brent perdant près de 7 %.

Dans ce contexte tendu, l’Arabie saoudite a appelé le gouvernement de Bagdad à empêcher toute attaque de drones lancée depuis le territoire irakien, après avoir mis en cause des groupes armés proches de l’Iran présents en Irak. Riyad a réclamé que les autorités irakiennes prennent « toutes les mesures nécessaires » pour éviter que leur territoire ne serve de base à une agression, sans qu’aucune revendication n’ait toutefois émané de ces groupes depuis la reprise des hostilités entre l’Iran et les Etats-Unis.

Le front diplomatique s’est également tendu entre Téhéran et Paris. L’Iran a annoncé avoir convoqué, dimanche, l’ambassadeur de France, accusant deux diplomates d’avoir mené, sous couvert de contacts avec la société civile, des activités jugées incompatibles avec la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. « C’est la partie française qui doit s’excuser auprès de l’Iran », a déclaré M. Baghaï, dénonçant une dérive des autorités françaises. Paris n’a pas immédiatement réagi publiquement à ces accusations.

Par ailleurs, l’Iran a promis de répondre à une attaque attribuée à l’Ukraine contre l’un de ses navires en mer Caspienne, qualifiée par Téhéran d’acte « totalement illégal » et contraire à la Charte des Nations unies. Selon les autorités iraniennes, cette opération aurait fait des morts et des blessés parmi les ressortissants iraniens ; un communiqué de condamnation a été publié et le chargé d’affaires ukrainien convoqué. Le porte-parole du ministère iranien a par ailleurs réitéré que son pays n’était pas partie prenante dans le conflit russo-ukrainien, en dépit des accusations récurrentes de Kiev concernant la fourniture de drones iraniens à Moscou.

Du côté américain, des interrogations subsistent quant à la capacité de Washington à soutenir une éventuelle reprise des hostilités à grande échelle. Interrogé sur d’éventuelles pénuries de munitions, Donald Trump a assuré disposer de stocks largement suffisants, alors que plusieurs sources font état, selon la presse américaine, d’une baisse sensible des réserves d’intercepteurs antimissiles Patriot, un facteur qui aurait pesé, selon le média Axios, dans la décision de suspendre vendredi les frappes contre des cibles iraniennes, sur recommandation du commandement militaire américain pour la région.

Lyes Saïdi

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