Pétrole : La production de l’OPEP rebondit en juillet, mais la reprise reste fragile
Les cours du pétrole remontaient légèrement mercredi, après avoir perdu près de 10% depuis le début de la semaine, le marché misant désormais sur un accord formel entre Washington et Téhéran pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Vers 09H00 GMT, le baril de Brent pour livraison en octobre progressait de 1,34%, à 80,42 dollars, tandis que le West Texas Intermediate pour livraison en septembre gagnait 0,70%, à 76,30 dollars.
Cette embellie fait suite à des déclarations du président américain Donald Trump, en déplacement en Californie, évoquant de « très bonnes discussions » avec l’Iran et estimant qu’un accord pourrait intervenir « demain ou le jour d’après ». Selon des informations relayées par le site Axios citant des sources régionales, un arrangement temporaire de soixante jours serait à l’étude. Les navires entrants emprunteraient les eaux iraniennes au nord du détroit, les flux sortants les eaux omanaises au sud, sans péage, tandis que la voie médiane, habituellement empruntée par le trafic commercial, serait déminée pendant cette période.
En cas de confirmation, certains analystes anticipent un repli supplémentaire du Brent vers 75, voire 70 dollars, niveau observé fin juin lors d’un précédent protocole d’accord entre les deux parties. D’autres mettent toutefois en garde contre le risque d’un effondrement rapide de tout arrangement, comme cela s’était déjà produit après l’accord de juin. « Il existe un risque bien réel que tout accord se délite assez rapidement », soulignent les analystes d’ING, ajoutant que le passage des pétroliers par le détroit d’Ormuz reste fortement limité, ce qui continue de peser sur les stocks mondiaux d’or noir. Selon Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, même en cas de signature, « le marché exigera probablement une prime de risque plus élevée qu’avant la guerre », l’Iran ayant déjà démontré sa capacité à fermer le détroit une première fois.
Cette actualité immédiate s’inscrit dans un contexte plus large, celui d’une offre mondiale de brut toujours fragilisée par des mois de conflit entre les États-Unis et l’Iran. Les derniers chiffres disponibles, portant sur le mois de juillet, avaient déjà mis en évidence l’ampleur des dégâts et la difficulté d’un retour à la normale. Selon une enquête menée par Bloomberg auprès de compagnies pétrolières et d’analystes, la production quotidienne moyenne de l’OPEP avait atteint 19,44 millions de barils en juillet, en hausse de 1,16 million de barils par jour (bpj) par rapport à juin, une progression portée presque exclusivement par trois producteurs du Golfe à savoir l’Irak (+460.000 bpj, à 2,3 millions de barils), le Koweït (+360.000 bpj, à 1,57 million de barils, son plus haut niveau depuis le début du conflit) et l’Arabie saoudite (+390.000 bpj, à 7,4 millions de barils, encore loin de ses niveaux d’avant-guerre). Ce rebond avait été rendu possible par une brève trêve conclue à la mi-juin entre Washington et Téhéran, qui avait permis aux producteurs du Golfe de réparer une partie de leurs capacités. Mais la reprise restait alors très incomplète. Le détroit d’Ormuz demeurait largement paralysé, tandis que les rebelles houthis, alliés de l’Iran au Yémen, continuaient de menacer la route alternative de la mer Rouge, limitant directement la capacité de l’Arabie saoudite à exporter.
Dans ce contexte, le rapport hebdomadaire de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), publié mercredi, a fait état d’une augmentation surprise des réserves commerciales de pétrole brut, à contre-courant des attentes du marché. Les stocks ont progressé d’environ 2,5 millions de barils sur la semaine achevée le 31 juillet, alors que le consensus établi par Bloomberg tablait sur un recul de 1,5 million. Ils s’établissent désormais à 407 millions de barils, « environ 6% en dessous de la moyenne sur cinq ans pour cette période de l’année », précise l’EIA. Cette évolution s’explique en partie par un bond des importations (+9%), au plus haut depuis fin mai, les exportations progressant elles de 6%, ainsi que par un ajustement statistique de l’EIA ayant intégré environ 561.000 barils quotidiens supplémentaires aux volumes arrivés sur le marché américain.
Samira Ghrib

