95% des importations pourraient être substituées : Un gisement considérable pour la production nationale
L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) a livré, dans le premier numéro de sa publication Investment.dz, les résultats d’une étude inédite sur le potentiel de substitution aux importations en Algérie. Le constat est spectaculaire puisque près de 95 % de la valeur moyenne annuelle des importations analysées, évaluée à 38,86 milliards de dollars, pourraient à terme être remplacées par une production locale, soit un gisement estimé à 36,87 milliards de dollars.
Menée dans le cadre de la stratégie de l’Agence visant à orienter l’investissement vers les secteurs à forte valeur ajoutée, cette étude a pour objectif, selon l’AAPI, d’identifier « les produits exerçant la plus forte pression sur la balance commerciale » et d’évaluer les possibilités de les substituer par des biens fabriqués localement. Elle vise également à repérer les créneaux d’investissement susceptibles d’accélérer cette transition économique, à l’heure où la diversification hors hydrocarbures demeure une priorité affichée des pouvoirs publics.
Pour parvenir à ces conclusions, les experts de l’Agence ont croisé plusieurs critères quantitatifs et qualitatifs à savoir l’évolution des volumes d’importation entre 2014 et 2024, la récurrence et la durée de ces importations, ainsi que le poids relatif de chaque catégorie tarifaire dans la facture globale. L’étude intègre aussi des paramètres plus structurels, comme les coûts de production, la disponibilité des matières premières, les capacités technologiques mobilisables et la profondeur du savoir-faire national.
Au total, le potentiel de substitution identifié couvre 673 lignes tarifaires sur les 5 393 que compte la nomenclature douanière, réparties sur 11 secteurs et 144 segments industriels. Ces lignes englobent aussi bien les équipements industriels et agricoles que les matières premières ou les biens de consommation, alimentaires et non alimentaires. Parallèlement, l’AAPI a recensé 535 lignes tarifaires présentant un fort potentiel de diversification à l’exportation, ouvrant la voie à une meilleure intégration de l’Algérie dans les chaînes de valeur mondiales et à une réduction de la dépendance aux revenus des hydrocarbures.
7 filières à fort potentiel
Sept filières se distinguent particulièrement dans cette cartographie. Il s’agit de la sidérurgie et la métallurgie, les industries mécaniques et électriques, la chimie, le caoutchouc et les plastiques, l’agroalimentaire, le bois-papier-liège, le textile, ainsi que les matériaux de construction, la céramique et le verre. Ensemble, ces secteurs dessinent, selon l’Agence, les contours d' »une base industrielle intégrée », fondée sur la création de valeur et une insertion plus poussée dans les chaînes d’approvisionnement internationales.
L’étude établit également un lien direct entre cette dynamique et le portefeuille de projets déjà enregistrés auprès de l’AAPI. Sur les 19 054 projets d’investissement recensés fin 2025, pas moins de 7 656, soit plus de 40 % du total, pourraient contribuer directement à la substitution aux importations. Ces projets représentent une enveloppe d’environ 27,4 milliards de dinars et devraient générer plus de 270 000 emplois directs, un volume qui illustre, selon l’Agence, l’ampleur de leur impact économique et social potentiel.
Dans ses conclusions, l’AAPI estime que ces résultats mettent en évidence « un socle solide » pour construire une industrie nationale davantage tournée vers la valorisation des capacités locales. L’Agence y voit un argument supplémentaire pour orienter l’investissement en priorité vers les filières identifiées, une démarche qui permettrait non seulement d’alléger la facture d’importation, mais aussi de stimuler l’industrialisation du pays, de créer des emplois et de renforcer la compétitivité de l’économie nationale.
Sabrina Aziouez

