Sonatrach et AFC signent deux contrats avec l’Italien Saïpem et le chinois CHEC : Le PPI entre dans le concret
Sonatrach et la Société algérienne des engrais (AFC) ont franchi mercredi une étape décisive dans la concrétisation du Projet Phosphate Intégré. Deux contrats stratégiques ont été signés avec les groupes italien Saipem et chinois China Harbour Engineering Company (CHEC), portant sur la réalisation des installations industrielles de Bled El Hadba et d’Oued Kebrit ainsi que sur les infrastructures portuaires d’Annaba, appelées à devenir le débouché maritime de toute la chaîne.
Le Projet Phosphate Intégré entre officiellement dans sa phase de réalisation. Les deux contrats ont été signés mercredi à Alger, entre Sonatrach et la Société algérienne des engrais d’une part, et les groupes Saipem et CHEC d’autre part. La cérémonie s’est tenue au siège de la direction générale de Sonatrach, présidée par le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, en présence de plusieurs membres du gouvernement, des ambassadeurs d’Italie et de Chine en Algérie, ainsi que du PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi. Le premier contrat a été conclu avec CHEC pour la réalisation des infrastructures portuaires à Annaba. Le second, confié à Saipem selon la formule EPC Fast Track, concerne les installations de transformation et de production d’engrais sur les sites de Bled El Hadba, dans la wilaya de Bir El Ater, et d’Oued Kebrit, dans la wilaya de Souk Ahras. Dans son communiqué diffusé à l’issue de la cérémonie, Sonatrach précise que le Projet Phosphate Intégré « consiste en l’extraction et l’enrichissement du gisement des phosphates de Bled El Hadba, avant leur transformation chimique ainsi que celle du gaz naturel en engrais phosphatés et azotés, au niveau du site d’Oued Kebrit ».
Cette double signature marque le passage d’une phase d’études et de préparation à une phase concrète de réalisation industrielle et logistique. Mohamed Arkab a souligné que ces contrats traduisent « un passage effectif à la phase de réalisation sur le terrain » de l’un des projets miniers et industriels les plus structurants du pays. Le ministre a rattaché cette avancée aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à valoriser les ressources naturelles nationales, à renforcer l’industrialisation locale et à développer une industrie de transformation à forte valeur ajoutée. Il a également qualifié le complexe intégré du phosphate de « pilier essentiel de la stratégie de l’Algérie pour diversifier l’économie nationale », rappelant l’importance des réserves phosphatières du bassin Est et leur complémentarité avec les capacités nationales en gaz naturel.
Le communiqué de Sonatrach va dans le même sens et insiste sur la portée nationale du projet, présenté comme le « premier projet intégré de cette nature dans le domaine de l’exploitation minière et de la production d’engrais phosphatés en Algérie ».
Annaba, maillon stratégique de la chaîne
Dans cette architecture industrielle, le port d’Annaba occupe une place déterminante. L’infrastructure portuaire doit assurer la prise en charge et l’expédition des produits issus du complexe intégré, faisant de la plateforme annabie le débouché maritime d’une chaîne qui prend naissance dans les gisements de l’Est algérien. Le projet repose sur quatre composantes complémentaires, à savoir le gisement de phosphate de Bled El Hadba, les unités d’enrichissement, le complexe de transformation chimique d’Oued Kebrit et les infrastructures logistiques, notamment le quai minéralier d’Annaba et le réseau ferroviaire.
Le phosphate extrait à Bir El Ater devra ainsi être acheminé vers les unités industrielles de Souk Ahras, où il sera transformé en produits à plus forte valeur ajoutée, avant d’être expédié vers Annaba pour être commercialisé sur les marchés nationaux et internationaux. Le rôle du port dépasse donc largement celui d’une simple infrastructure d’accompagnement, puisqu’il constitue le dernier maillon de la chaîne industrielle et le point de passage vers les marchés extérieurs. Cette dimension avait déjà été prise en compte lors de la phase d’ingénierie. En juin 2025, Saipem avait obtenu de Sonatrach un contrat FEED portant sur la conception du projet, incluant l’adaptation des infrastructures portuaires d’Annaba et les liaisons ferroviaires nécessaires au fonctionnement de la chaîne logistique. La signature du contrat avec CHEC marque donc une nouvelle étape, celle où le port passe de la conception à la réalisation.
Le compte à rebours lancé
Le recours à la formule EPC Fast Track doit permettre de réduire les délais d’exécution et de tenir un calendrier serré. Mohamed Arkab a indiqué que cette formule devait permettre de lancer la production de phosphate enrichi dès le premier trimestre 2027, avant le démarrage de la production d’engrais au quatrième trimestre de la même année. Cette échéance répond aux orientations du président Tebboune, qui a exigé l’accélération des grands projets structurants et leur achèvement dans des délais permettant un lancement effectif de la production. Le chef de l’Etat a d’ailleurs fixé des délais clairs. Le projet intégré de phosphate de Bled El Hadba et les infrastructures associées entreront en phase de production au cours du premier trimestre de l’année 2027, l’usine d’acide phosphorique devant se lancer entre la fin de 2026 et le début de 2027.
Les capacités prévues donnent la mesure de l’enjeu. Selon le communiqué de Sonatrach, la première phase prévoit à Bled El Hadba un complexe d’extraction et d’enrichissement de phosphate brut d’une capacité de 5,5 millions de tonnes par an, pour une production de phosphate concentré de 3,2 millions de tonnes par an. À Oued Kebrit, plusieurs unités doivent produire 2,4 millions de tonnes d’engrais phosphatés et 570 000 tonnes d’engrais azotés par an, avec une production préalable de produits intermédiaires comme l’acide sulfurique, l’acide phosphorique et l’ammoniac.
Sonatrach décrit un projet qui « se distingue par son envergure exceptionnelle et son caractère hautement structurant » et qui favorisera « l’émergence d’un écosystème industriel intégré, générateur de milliers d’emplois directs et indirects ». Le groupe présente aussi le PPI comme « un levier stratégique pour le renforcement de la souveraineté nationale », estimant qu’une production durable d’engrais destinée au marché national tout en développant les exportations contribuera « de manière déterminante à la sécurité alimentaire du pays et à la création de richesse ».
Au-delà des volumes annoncés, le projet porte une ambition économique claire, celle de faire passer l’Algérie d’une logique d’exportation de matières premières à une logique de production et de commercialisation de produits industriels à forte valeur ajoutée. Il doit renforcer la disponibilité nationale des engrais, soutenir l’agriculture et développer les exportations hors hydrocarbures. Pour l’Est du pays, les retombées attendues sont également importantes, avec la création de milliers d’emplois et l’émergence d’un nouvel écosystème industriel reliant plusieurs wilayas. À Annaba, cette dynamique se traduit déjà par l’accélération du chantier des infrastructures portuaires.
Sofia Chahine

