Présidence algérienne du Conseil de paix et de sécurité de l’UA : Un mandat axé sur la prévention pour une Afrique plus sûre
L’Algérie a bouclé, lundi, sa présidence tournante du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, au terme d’un mois d’intense activité diplomatique ponctué de réunions de haut niveau et d’une mission de terrain au Soudan. Cette séquence a permis à Alger de peser en faveur d’une gestion préventive des crises africaines, fondée sur le dialogue et l’appropriation continentale des solutions.
Un mois durant, la diplomatie algérienne a occupé le devant de la scène panafricaine à la tête du CPS, l’organe exécutif de l’UA chargé de la paix et de la sécurité continentales. Entre sessions consacrées aux dossiers brûlants et concertations avec les autres instances de l’organisation, l’Algérie a cherché à donner corps à une approche qu’elle défend de longue date, celle qui consiste à ne pas se contenter d’éteindre les incendies une fois déclarés mais à s’attaquer à leurs racines avant qu’ils n’embrasent des régions entières. Cette lecture s’appuie sur une conviction affichée par Alger depuis des années, à savoir que le continent doit rester maître du règlement de ses propres crises, en vertu du principe des solutions africaines aux problèmes africains qui a guidé l’ensemble des travaux conduits sous présidence algérienne, avec en toile de fond la volonté de consolider le leadership continental face à des défis de plus en plus imbriqués.
Concrètement, le CPS a engagé sous cette présidence un chantier de suivi inédit en intégrant, dans ses documents de travail, une grille récapitulative des décisions prises par l’UA au fil de ses sommets. L’objectif consiste à s’assurer que les engagements pris sur le papier se traduisent effectivement sur le terrain, plutôt que de rester lettre morte comme cela arrive trop souvent aux résolutions internationales. Les dossiers du Sahel, du Soudan et du Soudan du Sud ont occupé une bonne partie de l’agenda, tout comme le soutien à la relance de la feuille de route continentale pour le silence des armes. Sur le cas soudanais, une délégation du CPS s’est rendue sur place afin de prendre le pouls de la situation politique, sécuritaire et humanitaire, en rencontrant aussi bien les autorités que les partis politiques et la société civile, dans le but de nourrir une position africaine plus cohérente sur les voies de sortie de crise et de réconciliation nationale.
Au fil des travaux, la présidence algérienne a insisté sur le lien étroit entre sécurité et développement, la pauvreté, le chômage et les inégalités constituant un terreau propice à l’extrémisme violent, au terrorisme et à la criminalité organisée, ce qui pousse à traiter les crises de manière globale plutôt que par des réponses uniquement militaires. L’Algérie s’est également employée à doter le continent d’instruments d’alerte précoce plus performants, à l’image du dispositif continental d’évaluation des risques et de cartographie des menaces, du modèle africain d’activation des réponses ou encore du système d’alerte lié à la gouvernance relevant du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs. Une feuille de route a été proposée pour rendre ces outils opérationnels, prévoyant un mécanisme de coordination institutionnelle, des protocoles d’échange d’informations entre Etats et une plateforme numérique dotée d’un tableau de bord interactif.
Sur le plan multilatéral, Alger a œuvré à mieux structurer la voix du continent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, à travers les trois membres africains non permanents connus sous le sigle A3, en harmonisant les positions communes sur les dossiers de paix et de sécurité, en adoptant un plan d’action annuel et en resserrant les liens entre le CPS et le Groupe africain présent à New York et à Genève. Les modalités de suivi des recommandations issues du séminaire de haut niveau d’Oran sur la paix et la sécurité en Afrique ont également été arrêtées, dans la perspective de permettre aux pays africains de mieux défendre leurs priorités dans les enceintes internationales.
Coordination interinstitutionnelle
Au delà des dossiers de crise, la présidence algérienne a fait de la coordination interinstitutionnelle l’un des piliers de son action, partant du constat que l’efficacité de l’UA ne se mesure pas seulement au nombre de décisions adoptées mais à la capacité de ses organes à les traduire en actes de façon unifiée. Des concertations ont été menées entre le CPS, le sous comité du Comité des représentants permanents chargé des droits de l’homme, de la démocratie et de la gouvernance, l’Architecture africaine de gouvernance, l’Architecture africaine de paix et de sécurité, ainsi que la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, en plus d’une deuxième réunion consultative tenue avec le Parlement panafricain. Ces échanges ont débouché sur des résultats tangibles, avec la désignation de points focaux entre institutions, un mécanisme d’alerte précoce dédié aux droits de l’homme, un renforcement de l’échange d’informations et une meilleure coordination des missions sur le terrain, sans oublier la question sensible du financement pérenne des mécanismes africains des droits de l’homme. Le mécanisme de diplomatie parlementaire entre le CPS et le Parlement panafricain a été institutionnalisé, tandis qu’une approche unique de l’UA a été adoptée pour éviter les chevauchements entre organes appelés à travailler sur les mêmes enjeux de paix, de gouvernance et de démocratie.
Cette séquence diplomatique s’inscrit désormais dans la continuité de l’agenda continental, avec plusieurs rendez vous à venir. La 21e session extraordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA s’est tenue à Luanda, en Angola, tandis que la réunion consultative annuelle entre le CPS et le Conseil de sécurité de l’ONU se prépare pour octobre. La mise en œuvre de la feuille de route sur l’alerte précoce doit se poursuivre, tout comme le renforcement de la coopération institutionnelle, dans la perspective de la 13e édition du séminaire du Processus d’Oran, prévue les 1er et 2 décembre à Alger.
Au terme de ce mois à la présidence du CPS, la diplomatie algérienne aura confirmé son ancrage dans les efforts de maintien de la paix sur le continent, en misant sur la médiation, le dialogue et la coordination africaine comme leviers de prévention et de gestion des crises, au service d’une Afrique plus sûre et stable, à la mesure des aspirations de ses peuples en matière de paix, de développement et de prospérité.
Chokri Hafed

