Élections locales du 28 novembre 2026 : Pour une réelle décentralisation favorisant un espace équilibré et solidaire
Par Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités, expert international, docteur d’État en management stratégique.
Cette élection impulsera-t-elle une nouvelle dynamique dans la gestion des collectivités locales articulée au nouveau rôle de l’État régulateur au niveau central, posant la problématique stratégique de la décentralisation.
Le Président de la République a convoqué le corps électoral pour l’élection des membres des Assemblées populaires communales et des wilayas, prévue le samedi 28 novembre 2026, dans un contexte marqué par l’entrée en application du nouveau découpage territorial du pays, marqué par la création de nouvelles wilayas, entraînant une nouvelle répartition des circonscriptions électorales ainsi que du nombre de sièges au sein des Assemblées populaires communales et de wilayas. Cette élection impulsera-t-elle une nouvelle dynamique dans la gestion des collectivités locales articulée au nouveau rôle de l’État régulateur au niveau central, posant la problématique stratégique de la décentralisation, inséparable de la bonne gouvernance centrale et de l’efficacité des institutions, afin de redonner confiance aux citoyens, sans laquelle aucun développement n’est possible.
1- La décentralisation économique peut être définie comme un mode d’organisation de l’État qui confère à la région un rôle et un statut économique propre, caractérisé par une autonomie relative mais non indépendante de l’État régulateur central pour les grandes orientations stratégiques tant politiques qu’économiques, cette autonomie étant donc encadrée par l’autorité nationale. Toute décentralisation appelle les questions fondamentales suivantes :
- compétences du pouvoir local et règles de composition et de fonctionnement des assemblées et exécutifs locaux ;
- relations souples avec le pouvoir central avec des modalités précises de transfert aux pouvoirs locaux, ce qui suppose une clarté dans l’orientation de la politique socio-économique évitant des tensions et conflits entre le pouvoir local et central, permettant un nouveau cadre de pouvoir avec de nouveaux acteurs et de nouvelles stratégies élaborées, favorisant un nouveau contrat social national afin d’optimiser l’effet de la dépense publique et de rendre moins coûteux et plus flexible le service public ;
- concertation entre les différentes wilayas avec pour objectif une meilleure efficacité ressentie comme telle par la population, l’argument de base résidant dans la proximité géographique, signifiant qu’il existe une solution locale aux problèmes locaux, que celle-ci est nécessairement meilleure qu’une solution nationale et que la diversité des situations locales impose une diversité de solutions pour s’adapter aux conditions locales spécifiques.
La création de ce nouvel espace public générerait une nouvelle opinion publique, voire une nouvelle société civile, permettant l’émergence de thématiques communes, des modes de proposition communs et donc déterminerait des choix collectifs optimaux. Car une centralisation à outrance favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité, loin des besoins réels des populations, et produit le blocage de la société.
2.- Avec une population qui tend, à l’horizon 2030, à plus de 50 millions d’habitants, l’Algérie s’étend sur 2 380 000 km², dont 2 100 000 km² d’espace saharien. La densité paraît faible, mais les 9/10e de la population sont concentrés sur les terres du Nord. Sa situation géographique, posant un problème sécuritaire, est stratégique en Afrique, face à l’Europe, avec un total d’environ 6 511 à 6 734 kilomètres de frontières terrestres partagées avec la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, la Libye, le Mali et le Niger. L’objectif stratégique à l’horizon 2026-2030 est d’éviter que plus de 95 % de la population ne vive sur moins de 10 % du territoire. La nouvelle politique de décentralisation, à ne pas confondre avec la déconcentration (qui renvoie les problèmes non résolus aux collectivités locales, souvent avec des moyens dérisoires, posant le problème des finances et de la fiscalité locale), suppose une vision cohérente de l’aménagement du territoire qui doit placer les citoyens créateurs au cœur du développement, avec un quadruple objectif :
- une société plus solidaire ;
- la croissance au service de l’emploi ;
- mettre l’Algérie au cœur du développement de la Méditerranée et de l’Afrique, espace naturel de l’Algérie, afin de favoriser la stabilité régionale pour une prospérité partagée ;
- éviter les constructions anarchiques et le manque d’homogénéisation dans le mode architectural, un taux accéléré d’urbanisation avec des bidonvilles autour des grandes villes, avec le risque de l’extension de nouvelles formes de violence à travers le banditisme et de maux sociaux comme la drogue et la prostitution.
Ainsi s’impose une autre organisation institutionnelle, qui ne sera efficace que sous réserve d’objectifs précis, d’opérer un nécessaire changement qui passe par une approche basée sur une identification claire des missions et responsabilités et une restructuration des fonctions et des services chargés de la conduite de toutes les activités administratives, financières, techniques et économiques. Les règles d’organisation et d’administration du territoire doivent inclure la protection de l’environnement et être souples dans leur organisation, en évitant le centralisme administratif, afin de construire un socle productif sur plus d’individus et davantage d’espace. Il convient de prendre soin de ne pas confondre espace géographique avec espace économique, qui intègre le temps, l’espace étant conçu comme surface, distance et un ensemble de lieux. Cette recomposition du territoire doit s’inscrire dans un vaste projet inséparable des réformes structurelles à tous les niveaux, ne pouvant être conçue d’une manière interventionniste, mais devant être basée sur la concertation et la participation effective de tous les acteurs sociaux, et répondre aux besoins des populations en quelque lieu qu’elles se trouvent, et assurer la mise en valeur de chaque portion de l’espace où elles sont installées. Il ne s’agira pas d’opposer le rural à l’urbain, les métropoles aux provinces, les grandes villes aux petites, mais d’organiser leur solidarité. Pour cela s’impose la refonte des finances locales, sans laquelle la politique d’aménagement du territoire aurait une portée limitée, en s’appuyant sur le système de péréquation entre les régions pauvres et riches afin de favoriser une armature urbaine souple à travers les réseaux, la fluidité des échanges, la circulation des hommes et des biens, les infrastructures, les réseaux de communication en étant le pilier. Cela implique une nouvelle architecture des villes, des sous-systèmes de réseaux mieux articulés, plus interdépendants bien qu’autonomes dans leurs décisions.
3.- Cette synchronisation de la gouvernance centrale et locale implique une réorganisation du pouvoir local dont la base est l’APC (communes), renvoyant à l’urgence de la révision des textes juridiques qui ne sont plus d’actualité. Après le tout-État, l’heure est au partenariat entre les différents acteurs de la vie économique et sociale, à la solidarité, à la recherche de toute forme de synergie et à l’ingénierie territoriale. C’est dans ce contexte que l’APC doit apparaître comme un élément fédérateur de toutes les initiatives qui participent à l’amélioration du cadre de vie du citoyen, à la valorisation et au marketing d’un espace. C’est à l’APC que reviendra ainsi la charge de promouvoir son espace pour l’accueil des entreprises et de l’investissement, devant se constituer en centre d’apprentissage de la démocratie de proximité qui la tiendra comptable de l’accomplissement de ses missions, devant penser un autre mode de gestion permettant de passer du stade de collectivités locales providences à celui de collectivités locales entreprises et citoyennes, responsables de l’aménagement, du développement et du marketing de leur territoire.
Comme je l’avais préconisé, devant éviter toute théorie et aller sur le terrain pour comprendre les préoccupations des citoyens, en tant que directeur général des études économiques et haut magistrat à la Cour des comptes entre 1982 et 1983, lors de l’audit pour la présidence sur les 31 wilayas de l’époque, assisté de mes collaborateurs, du ministère de l’Intérieur et des walis, et par la suite dans un ouvrage collectif pluridisciplinaire regroupant économistes, juristes, sociologues et politologues sous ma direction, « Réformes et démocratie », paru à Casbah Éditions, Alger, en 2005 — où je dois rendre hommage à mon ami l’écrivain et journaliste feu Mouloud Achour pour son aide —, mais avons-nous été écoutés ? La structure qui me semble la plus appropriée pour créer ce dynamisme est la création de cinq à six chambres de commerce régionales (on n’investit pas dans une micro-wilaya, le marché étant forcément limité), qui regrouperaient l’État, les entreprises publiques/privées, les banques, la formation professionnelle et les universités/centres de recherche, le wali (le préfet), dont la fonction n’est pas d’être gestionnaire, servant de régulateur afin de favoriser la création de richesses au niveau local.
En conclusion, les événements tant actuels que futurs, à savoir les tensions géostratégiques au niveau de la région, les impacts du réchauffement climatique avec les inondations et les incendies, rendent urgent un nouveau management stratégique des collectivités locales, par une lutte contre le cancer de la bureaucratie qui paralyse toute initiative créatrice, en impliquant les citoyens. La véritable décentralisation, processus complexe éminemment politique, implique de poser le rôle de l’État et son articulation avec le marché dans la future stratégie socio-économique, ce qui renvoie au mode de gouvernance afin de favoriser une démocratie participative tenant compte de l’anthropologie culturelle, de l’efficacité économique et de la nécessaire cohésion sociale et territoriale.

