Forum de Saint-Pétersbourg : Bendouda plaide pour la souveraineté culturelle des peuples
La ministre de la Culture a défendu, en Russie, une vision de l’ouverture au monde qui ne sacrifie ni l’identité ni la mémoire des nations, tout en rappelant le poids du patrimoine algérien reconnu par l’UNESCO.
Saint-Pétersbourg abrite depuis mercredi la 12e édition du Forum international des cultures unies, et c’est dans cette ville que la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a pris la parole samedi pour porter la voix de l’Algérie sur l’une des questions les plus sensibles du moment, celle de la place des identités nationales face à une mondialisation culturelle qui tend à uniformiser les repères. Devant un parterre de ministres, de responsables internationaux et d’experts venus de plusieurs continents, elle a appelé à « un dialogue civilisationnel respectueux des spécificités culturelles en tant que droit souverain fondamental des Etats », selon un communiqué diffusé samedi par son département. Le message porté par la cheffe du secteur culturel algérien s’articule autour d’une distinction qu’elle a tenu à poser clairement. Pour elle, il ne s’agit pas de fermer la porte au dialogue entre les peuples, mais de refuser toute logique qui viserait à effacer les particularités au nom d’une prétendue universalité. « L’Algérie, au nom de sa souveraineté culturelle, rejette la thèse appelant à une assimilation totale à l’autre et adopte une vision qui distingue avec discernement entre l’anticolonialisme en tant qu’acte de domination et le refus de toute hostilité envers la culture en tant que produit humain et civilisationnel », a-t-elle affirmé. Une manière, pour la ministre, de rappeler que le rejet des logiques de domination héritées de la colonisation n’implique en rien un repli sur soi ou une hostilité envers les cultures étrangères. Elle a ajouté que « notre responsabilité aujourd’hui consiste à défendre notre identité culturelle et à valoriser notre patrimoine ».
Cette prise de position s’appuie sur un argument que Mme Bendouda a longuement développé, celui de la diversité culturelle algérienne comme force et non comme fragilité. Elle a présenté cette pluralité comme « un rempart pour sa souveraineté et son identité », insistant sur le fait que la richesse des expressions culturelles du pays constitue précisément ce qui permet à l’Algérie de résister aux pressions homogénéisantes venues de l’extérieur. Dans le prolongement de cette idée, la ministre a défini la notion de souveraineté culturelle telle que la conçoit l’Algérie, à savoir « le droit de l’Etat à préserver sa mémoire ».
Pour étayer son propos, Mme Bendouda a rappelé des chiffres qui illustrent la reconnaissance internationale dont bénéficie le patrimoine algérien. Le pays compte aujourd’hui sept sites classés sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, auxquels s’ajoutent treize éléments inscrits au titre du patrimoine culturel immatériel. Ces inscriptions, fruit d’un travail de valorisation mené depuis des années, viennent selon elle appuyer concrètement le discours sur la nécessité de protéger les mémoires nationales plutôt que de les diluer dans un ensemble mondial indifférencié.
Quant au Forum lui même, la ministre lui a reconnu une portée particulière, celle d’offrir un espace où les Etats peuvent affirmer que l’indépendance des nations ne se limite pas à sa dimension politique ou économique. Elle a estimé que cette rencontre constitue « une plateforme à travers laquelle nous affirmons que la souveraineté ne saurait être complète sans la capacité de protéger les spécificités face à la mondialisation culturelle ».
La participation algérienne à ce rendez-vous, qui se tient du 23 au 27 septembre sous le slogan « Cultures unies, valeurs communes », avait été annoncée quelques jours plus tôt par le ministère de la Culture et des Arts. Le communiqué diffusé mercredi précisait que cette édition réunit des ministres, de hauts responsables, des décideurs ainsi que des représentants d’institutions et d’organisations internationales, aux côtés d’experts et d’acteurs des domaines culturel et artistique venus échanger sur les grandes questions qui traversent la scène culturelle mondiale. Le même texte soulignait que la tenue de ce forum sous l’égide du président russe Vladimir Poutine « reflète la place qu’occupe ce rendez-vous dans l’agenda du dialogue culturel international ». Le ministère avait par ailleurs inscrit cette participation dans une stratégie plus large, celle du renforcement de la présence algérienne au sein des enceintes culturelles internationales et de la mise en avant d’un legs patrimonial et artistique jugé riche et diversifié. Il s’agit aussi, précisait le communiqué, de contribuer aux débats internationaux consacrés à la protection du patrimoine, tout en approfondissant les relations de coopération culturelle entre Alger et Moscou.
En marge de sa participation au Forum, la ministre a prévu plusieurs rencontres bilatérales avec des homologues et des responsables étrangers. Ces échanges doivent porter sur les moyens de développer la coopération culturelle entre les pays présents, de partager les expertises respectives et de consolider les partenariats dans les domaines de la culture, des arts et du patrimoine. Le ministère a indiqué que ces rencontres visent également à ouvrir de nouvelles perspectives de coopération internationale, dans la continuité des engagements pris par l’Algérie sur la scène culturelle mondiale.
Mohand Seghir

