Culture

Cosplay, manga et manettes à Riadh El Feth : Le FIBDA fait le plein

L’esplanade de Riadh El Feth vibre depuis jeudi au rythme des capes, des masques et des manettes. À la veille de la clôture de la 18e édition du Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA), enfants et jeunes ont pris d’assaut dimanche les stands par vagues entières, entre concours de cosplay, ateliers de dessin et espaces de jeux vidéo. Organisée par le ministère de la Culture et des Arts sous le slogan « Le roman graphique… au carrefour du mot et de l’image », la manifestation a offert à ses visiteurs de quoi se perdre avec bonheur. Les mangas japonais, fraîchement arrivés sur les étagères, ont aimanté les regards, pendant que des créateurs venus d’Égypte, du Japon, de la République démocratique du Congo, de la Tunisie, des États-Unis et d’Italie transformaient chaque allée en petit tour du monde. Sur scène, les personnages de fiction et d’animation ont pris chair et os. Les concours de cosplay, ouverts aux enfants comme aux adultes, ont vu défiler des costumes soignés sous les applaudissements d’un public conquis, parents compris, téléphone brandi comme un flambeau. Dans les travées, on repartait les bras chargés de chapeaux, de masques, d’armes en plastique et de figurines de héros de papier, sans oublier crayons et outils de mise en couleur pour les apprentis dessinateurs. Justement, les ateliers ont fait salle comble. Certains visiteurs y ont appris les bases d’une planche, du premier trait de crayon à la mise en page. D’autres se sont attardés devant l’atelier de fabrication de masques, aménagé avec soin, où super-héros et vedettes de dessins animés ont fasciné les enfants, happés par les couleurs et les étapes de la création. Les espaces de jeux vidéo, eux, ont tenu le public en haleine, au même titre que les expositions de bandes dessinées signées de talents locaux et internationaux. Et que dire de la fresque participative, immense toile sur laquelle chacun pouvait dessiner et laisser sa signature, comme une carte postale collective adressée à l’art de la bande dessinée et au manga.

Le pavillon central n’a pas été en reste. On y a croisé les œuvres de l’Algérien Youcef Abbas Kebir, du Japonais Chi Kotsuwada, de l’Égyptien Mohamed El Saht, de la Tunisienne Nada Dakdouk et de l’Italien Ricardo Nicolai, autant de regards qui se répondent d’un mur à l’autre. Le commissaire du festival, Salim Brahimi, y voit la preuve d’une passion qui ne faiblit pas. Selon lui, « une forte affluence a été enregistrée dès le premier jour du festival dans les différentes expositions artistiques et les ateliers, particulièrement durant le week-end dernier », un signe qui « témoigne de l’engouement des enfants et des jeunes Algériens pour le manga et la bande dessinée ».

Le Congo, presque un siècle de planches

Entre deux files d’attente, le festival a aussi donné la parole aux idées. Deux conférences figuraient au programme dimanche. La première, consacrée au manga japonais comme parcours de formation, a été animée par Yoshinori Natsumi. La seconde, intitulée « Le roman graphique en République démocratique du Congo », a réuni le bédéiste congolais Jérémie Nsingi, venu raconter son pays à coups de souvenirs et de repères historiques. Devant son auditoire, l’auteur a rappelé que la bande dessinée congolaise compte « près d’un siècle d’existence ». Il a même estimé que son pays a longtemps été un « terreau de création fertile pour les pays voisins ». Les récits, a-t-il expliqué, puisent leur sève dans la réalité sociale congolaise et s’intéressent aussi aux sujets religieux. Le tableau n’est pourtant pas tout rose. Jérémie Nsingi a déploré des ventes « limitées », qu’il attribue à « la baisse du pouvoir d’achat, le manque d’éditeurs spécialisés et la fermeture des librairies ». Résultat, selon lui, les éditeurs se tournent vers l’autoédition, quand d’autres franchissent les frontières pour publier à l’étranger. Revenant sur son propre parcours, l’auteur a reconnu l’influence de pionniers comme Barly Baruti et Bernard Mayo, avant d’avouer s’être éloigné volontairement de ses modèles pour bâtir sa propre identité artistique, avec des personnages plus réalistes. Auteur et illustrateur de plusieurs albums autoédités, il a également pris part à des recueils collectifs qui ont permis à de jeunes bédéistes de publier leurs premiers travaux.

Mohand Seghir

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