Il a plaidé pour des élections apaisées au Soudan du Sud et offert l’appui de l’Algérie : Tebboune appelle à un sursaut africain
À trois mois des élections du 22 décembre au Soudan du Sud, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune a appelé à un dialogue politique sans délai entre les signataires de l’accord de paix. Devant le Comité ad hoc de l’UA sur le Soudan du Sud, Alger a plaidé pour un sursaut financier et humanitaire, et proposé son soutien logistique et technique aux instances électorales.
Représentant le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a pris part, mardi par visioconférence, à la réunion des chefs d’État et de gouvernement du Comité ad hoc de haut niveau de l’Union africaine sur le Soudan du Sud (C5). À moins de trois mois d’un scrutin fixé au 22 décembre 2026, Alger a réaffirmé sa solidarité avec Juba et proposé un soutien logistique et technique aux instances électorales sud-soudanaises. Convoquée par le président du comité, le chef de l’État sud-africain Cyril Ramaphosa, la rencontre s’inscrit dans les efforts continus de l’UA pour consolider la sécurité et la stabilité dans le plus jeune État du continent. Elle visait à faire le point sur la mise en œuvre de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit (R-ARCSS) et à examiner les moyens de parachever la transition par des élections libres, régulières et transparentes.
Dans l’allocution lu en son nom par le Premier ministre, le Président Tebboune, a d’abord salué la « sagesse » avec laquelle M. Ramaphosa préside les travaux du comité, ainsi que son initiative de réunir ce sommet « en cette période décisive et délicate » que traverse le pays frère. Il a également renouvelé les condoléances de l’Algérie à l’Éthiopie, après l’embuscade du 24 août contre des Casques bleus de l’ONU, condamnant « fermement cette agression lâche ».
Sur le fond, le diagnostic n’élude rien. Le Soudan du Sud, a-t-il souligné, se trouve « à l’aube d’une étape décisive », dont l’aboutissement « marquera un tournant dans l’histoire de cet État ». Mais ces élections, attendues avec impatience par la population, « sont confrontées à des défis chroniques et réels », avec le risque de remettre en cause les acquis des dernières années. Le Président Tebboune a certes reconnu les avancées enregistrées, notamment l’enregistrement des partis politiques et les modifications techniques apportées à deux dispositions de l’accord de paix. Il a cependant jugé que la situation sur le terrain « reste préoccupante » sur les plans politique, sécuritaire et humanitaire. L’impasse entre les signataires de l’accord pèse, selon lui, sur l’ensemble de la transition et sur l’avenir même du texte.
Fidèle à la doctrine algérienne, le chef de l’État a rappelé que l’accord revitalisé demeure « le cadre politique légitime » pour sortir de la crise, et que le peuple sud-soudanais est « le seul à pouvoir décider de son avenir ». Il a ensuite décliné cinq recommandations. L’Algérie appelle d’abord les parties signataires à s’engager dans un dialogue politique global et constructif, où l’intérêt national suprême prime sur les considérations conjoncturelles, et salue à ce titre l’initiative sud-africaine d’accueillir un tel dialogue. Elle les exhorte ensuite à l’apaisement, à la cessation des hostilités et à l’unification des forces.
Le troisième point s’adresse aux autorités de transition, invitées à débloquer sans délai les fonds nationaux destinés aux institutions électorales et à publier une feuille de route « réaliste et consensuelle ». Le quatrième interpelle les États membres de l’UA et les partenaires internationaux, appelés à honorer leurs engagements et à combler le déficit de financement du processus électoral avant octobre, conformément à l’appel du Conseil de paix et de sécurité. Le cinquième concerne l’urgence humanitaire et a souligné que la communauté internationale doit intensifier son aide aux populations sinistrées et garantir un accès sûr et sans entrave. Le Président Tebboune a enfin rappelé que l’engagement de l’Algérie n’est « pas le fruit d’un élan de dernière minute », mais « un engagement de principe et de longue date ». Alger se dit ainsi prête à apporter « tout le soutien logistique et technique nécessaire » aux autorités et aux instances électorales sud-soudanaises, afin de réunir les conditions d’un scrutin crédible, reflétant la libre volonté du peuple. Cet appui s’inscrit dans l’attachement constant de l’Algérie aux principes de l’Union africaine, fondés sur les solutions africaines aux problèmes africains.
En conclusion, le chef de l’État a appelé le sommet à adresser « un message africain fort et unifié » de solidarité. « Le succès du Soudan du Sud dans le rétablissement de la sécurité est un succès pour l’Afrique tout entière », a-t-il affirmé, estimant que la responsabilité collective impose de « faire front commun » aux côtés des frères sud-soudanais.
À trois mois de l’échéance, le message d’Alger tient en une équation simple, sans consensus politique, sans ressources et sans sécurité, le calendrier électoral restera fragile. L’Algérie confirme ainsi son positionnement de médiateur crédible, attaché à des solutions africaines.
Salim Amokrane

