Des étudiants des Beaux-arts en résidence au Tassili n’Ajjer : Les pinceaux d’aujourd’hui dialoguent avec les ocres d’hier
À quelques semaines du premier Festival international de l’art rupestre d’Algérie, les étudiants des Beaux-Arts ont posé leurs chevalets au pied du Tassili n’Ajjer. Une résidence où l’on remonte 10.000 ans en arrière pour mieux inventer demain.
Les étudiants des écoles des Beaux-Arts ont troqué le bitume d’Alger contre le grès de Djanet. Depuis quelques jours, ils séjournent dans la cité des Kel-Ajjer, à quelque 2 300 km au sud-est de la capitale, pour une résidence artistique qui donne le coup d’envoi, en sourdine mais avec ferveur, à la première édition du Festival international de l’art rupestre d’Algérie, prévu du 19 au 24 octobre 2026.
Le décor n’a rien d’une simple toile de fond, c’est une leçon. Sur l’axe Djanet-Tikoubaouine-Issendilène, les jeunes artistes s’abreuvent aux premiers murmures de l’art humain. Jeudi, une sortie sur le terrain les a menés à la rencontre des sites rupestres et des paysages du Tassili n’Ajjer, ce plateau où la roche semble sculptée par un géant rêveur. Il ne s’agit pas d’une simple excursion, mais d’une écoute, celle d’un humain qui vivait ici il y a plus de 10.000 ans et a confié à la paroi un peu de sa mémoire et de son imaginaire. Entre pierre, lumière et silence, l’un des plus vieux dialogues de l’humanité avec le beau se rejoue.
La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a salué avec fierté cette immersion, qui relie la jeunesse à l’âge premier de la création. Les étudiants y puisent l’authenticité de l’expression aux sources d’un génie algérien enraciné dans l’histoire, avant d’y insuffler l’esprit de leur temps. Un pari sur la filiation et faire du vestige une promesse.
Il faut dire que le terrain s’y prête. Le Tassili n’Ajjer, le « plateau des rivières », s’étend sur plus de 72 000 km². Il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982 et classé réserve de biosphère depuis 1986. Plus de 15 000 peintures et gravures y ont été recensées, et les chercheurs soupçonnent les recoins escarpés d’en cacher bien d’autres. Girafes, bovidés et silhouettes humaines y racontent un Sahara d’avant le sable, vert, peuplé, généreux. Ici, l’archéologie a des allures de roman.
Quant au festival, il promet de nourrir les esprits autant que les regards, c’est une rencontre scientifique internationale sur l’étude et la préservation de ce patrimoine, des expositions thématiques, un forum et des projections de films archéologiques, sans oublier cette résidence d’étudiants. Ses promoteurs rêvent d’en faire, à terme, un rendez-vous scientifique annuel. Le ministère y voit l’occasion de conforter le recensement, la documentation et la protection des sites, et de faire de ce patrimoine un espace de savoir, d’échange et de développement culturel et touristique. Même l’identité visuelle plonge dans la roche. Le logo reprend un motif géométrique relevé sur le plateau de Médak, décliné en cercles concentriques, dans des ocres et des terracottas qui rappellent les pigments d’autrefois.
Au bout du compte, ce que Djanet offre à ses jeunes hôtes, c’est moins un sujet qu’un héritage. Durant quelques jours, les cercles du Médak croiseront le geste des étudiants, et la préhistoire trouvera enfin des héritiers à sa hauteur. Le rideau du festival se lèvera le 19 octobre ; les pinceaux, eux, n’ont pas attendu.
Mohand Seghir

