42,5 tonnes de cocaïne saisies et, une fois de plus, la piste mène à Dubaï : Les Émirats au cœur de la criminalité transnationale
Vingt et un suspects arrêtés, quatorze cargaisons interceptées et un parrain installé aux Émirats depuis 2023. Le démantèlement d’un réseau parti de l’Équateur relance les accusations qui visent Abou Dhabi, devenu une plaque tournante mondiale du crime organisé. La police équatorienne, avec l’appui d’Europol, vient de porter un coup à une filière qui inondait l’Europe de cocaïne et dont l’un des chefs présumés tirait les ficelles depuis les Émirats arabes unis, rapportent des médias espagnols. Vingt et un hommes sont tombés pour quatorze expéditions cumulant 42,5 tonnes, soit un empire de la poudre qui s’étend de Quito à Dubaï. Tout est parti d’octobre 2024, quand 13 tonnes de cocaïne ont été retrouvées dans un conteneur de bananes venu d’Équateur, au port d’Algésiras, près de Cadix. C’était alors la plus grosse prise de la police nationale espagnole. Les enquêteurs ont fini par rattacher à la même organisation treize autres saisies, en Équateur comme en Espagne, en Belgique, au Portugal et aux Pays-Bas, dont 18 tonnes destinées au marché espagnol. Le chef présumé, installé aux Émirats depuis 2023, assurait le lien avec d’autres groupes criminels, notamment des structures adossées à la mafia des Balkans et à la Mocro Maffia, soupçonnées d’avoir facilité la réception des cargaisons. La façade était bien huilée. Quinze sociétés d’exportation de bananes servaient de paravent et la drogue était glissée dans les chargements. Active depuis 2019, la bande a aussi joué sur les fruits de mer, le cacao et le bois, achetait la marchandise auprès de laboratoires colombiens, organisait le transport maritime et communiquait par des plateformes cryptées. La police espagnole décrit une structure transfrontalière mêlant narcotrafic et blanchiment, faite d’alliances pour verrouiller chaque étape du circuit.
Ce dossier s’ajoute à une série qui pèse lourd sur l’image des Émirats. Début septembre, Madrid a démantelé le réseau de blanchiment baptisé Dubaï Bank, avec 21 arrestations dont 14 en Espagne et 20 millions d’euros saisis, un chef surnommé El Tigre dirigeant l’affaire depuis Dubaï. Début octobre, l’agence britannique de lutte contre le crime a révélé un circuit qui a convoyé près de 30 millions de livres en liquide vers Dubaï, dans des valises, comme l’a relevé l’APS. Selon une note policière française du 4 mai, 48 fugitifs recherchés par Paris seraient réfugiés aux Émirats, et La Libre évaluait en mars à une quarantaine les barons belges de la drogue toujours à l’abri là bas. D’un dossier à l’autre, la même adresse revient, celle d’un pays où se réfugient les chefs, où se brassent les capitaux sales et d’où se commandent les cargaisons.
Lyes S.

