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France : La colère des lycéens, la police dans le collimateur et un pouvoir pris en tenailles

Les méthodes de maintien de l’ordre en France sont aujourd’hui sous le feu de critiques sévères, après plusieurs blessures graves chez des lycéens descendus dans la rue depuis plus de deux semaines pour réclamer de meilleures conditions d’apprentissage et davantage de moyens pour l’école publique. L’ONU et de nombreuses organisations de défense des droits humains ont réagi, au moment où le gouvernement peine déjà à contenir une contestation qui dépasse largement les murs des établissements. Le cas le plus alarmant est celui d’un adolescent de 14 ans, touché au visage par une grenade lacrymogène lors d’un rassemblement à Saint-Ouen-l’Aumône. Il souffre d’une double fracture de la mâchoire et de lourdes lésions dentaires. Une enquête judiciaire vise un policier impliqué dans l’affaire. A Lens, un autre mineur a perdu une main dans l’explosion d’une grenade. A Dunkerque, une collégienne de 14 ans a déposé plainte vendredi, affirmant avoir été heurtée par un véhicule de police qui reculait en semant la panique, et les médecins ont relevé une contusion à la hanche. Le ministère de l’Intérieur reconnaît 24 dossiers de blessures imputées à l’intervention des forces de l’ordre, dont plusieurs sont entre les mains de l’Inspection générale de la police nationale. Du côté de la justice, le bilan est tout aussi lourd. Plus de 6800 personnes, dont 86 % de mineurs, ont été mises en garde à vue en l’espace de deux semaines de contestation.

Pour Sébastien Roche, chercheur en sciences policières au CNRS, la France fait figure d’anomalie dans l’usage des armes et le nombre de victimes. Quatre blessures irréversibles en douze jours, toutes sur des mineurs, c’est à ses yeux un niveau sans précédent dans l’histoire contemporaine du pays. Il rappelle que Paris se distingue en Europe par le recours à des armes dites moins létales, comme les balles en caoutchouc et les grenades assourdissantes, que la plupart de ses voisins n’emploient pas pour encadrer les manifestations.

La réprobation est venue de Genève, où la porte-parole du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, Shabia Mantoo, a appelé vendredi à éviter tout recours disproportionné à la force et rappelé que le droit de réunion pacifique doit être respecté. Dans un communiqué commun, la Ligue des droits de l’homme, la Fédération internationale pour les droits humains et l’Organisation mondiale contre la torture ont dénoncé une réponse policière qui, selon elles, piétine les droits des manifestants et les principes de l’Etat de droit. Elles exhortent le gouvernement à traiter les enfants comme des titulaires de droits spécifiques, qui exigent une protection particulière.

Derrière ces violences, le mouvement met à nu le malaise des établissements scolaires. Manque d’enseignants, classes surchargées, infrastructures qui se dégradent et inégalités criantes entre lycées nourrissent une colère qui touche au service public, à l’égalité des chances et à l’avenir de la jeunesse.

Le spectre des Gilets jaunes

La rue n’a pas dit son dernier mot. De nouvelles manifestations, soutenues par les syndicats d’étudiants et de salariés, sont attendues mardi, avant une journée de mobilisation plus large le 17 octobre contre la vie chère, la flambée des prix du carburant et la dégradation des conditions sociales, une marche qui se préparait avant même l’éclosion du mouvement lycéen. Le spectre des Gilets jaunes de 2018 hante déjà l’exécutif. Le gouvernement de Sébastien Lecornu avance en terrain miné. Vendredi, la commission des Finances de l’Assemblée nationale a rejeté le volet recettes du projet de budget 2027, ce qui pourrait creuser le déficit à près de 5,4 % du PIB, bien au dessus de l’objectif de 5 %. Le débat général s’ouvre mardi, sans majorité pour protéger le Premier ministre d’une motion de censure, dans un pays enlisé dans la crise depuis la dissolution décidée par Emmanuel Macron à l’été 2024. Le chef de l’Etat, lui, touche le fond. Selon un sondage Ipsos pour La Tribune Dimanche, 82 % des Français sont mécontents de lui, son plus bas niveau depuis 2017, à sept mois de la fin de son mandat. Avec la gauche qui épouse les revendications des manifestants, la pression ne cesse de monter sur l’Elysée.

L.S.

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