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Le Président Tebboune annonce sept mesures pour contrôler les prix : Le pouvoir d’achat, une ligne rouge !

Face à la flambée des prix, le président Tebboune a annoncé sept décisions à effet immédiat, qui s’attaquent aux intermédiaires, aux importateurs indélicats et aux failles de la distribution. Associations et économistes y voient le passage d’une politique de réaction à une politique d’anticipation.

Dimanche, en Conseil des ministres, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a fait du pouvoir d’achat une ligne rouge. Sept décisions ont été arrêtées pour une mise en œuvre immédiate sur le terrain. Elles visent à encadrer l’activité des intermédiaires, enquêter sur les importateurs de viandes, stocker les excédents agricoles, plafonner les prix, renforcer les contrôles et doter l’État d’un outil numérique d’alerte. Un plan complet, qui s’attaque à toute la chaîne, du producteur jusqu’à l’étal.

Le contexte explique l’urgence. Ces derniers mois, les viandes, la pomme de terre, la tomate et des fruits comme la banane et la pomme ont connu de fortes hausses. Selon le dernier bulletin de l’Office national des statistiques (ONS), les prix des produits frais ont affiché en août un « accroissement significatif de 4,7% ». Cette poussée s’explique surtout par la viande de poulet (+40,5 %) et par les fruits (+22,8 %). Sur un an, la variation des prix à la consommation atteint +8,3 % en août 2026, alors que l’inflation annuelle ressort à +3,9 %.

Derrière ces chiffres, il y a le panier de la ménagère, le budget du père de famille, la tranquillité d’une société. Le chef de l’État a choisi de ne pas laisser ces déséquilibres s’installer. Il a agi vite et sur plusieurs fronts à la fois, ce qui distingue une politique d’une simple mesure ponctuelle.

Sept décisions, une seule logique

La force du dispositif tient à sa cohérence. Les décisions présidentielles se répondent, se complètent et couvrent l’ensemble du circuit commercial. Le président de la République a d’abord ordonné d’engager sans délai un texte réglementant de manière stricte l’activité des intermédiaires entre producteurs et citoyens. C’est un maillon longtemps resté dans l’ombre, où se logent trop souvent marges excessives et dérives. Il a ensuite chargé le Premier ministre d’ouvrir immédiatement une enquête sur le rôle négatif de certains importateurs dans la monopolisation et la hausse des prix des viandes importées. L’enquête porte aussi sur les boucheries qui les écoulent au prix de la viande locale, ainsi que sur les écarts de prix constatés d’une wilaya à l’autre, voire d’un quartier à l’autre. Le ministre de l’Intérieur est chargé, avec les walis, de mettre en place un mécanisme d’achat, de stockage puis de réinjection des excédents locaux dès les premiers signes de fluctuation. Le ministère du Commerce intérieur devra élaborer un dispositif de plafonnement des prix et de fixation des marges pour les légumes, les légumineuses, les pâtes et les viandes, en tenant compte des chaînes de production et de commercialisation.

S’y ajoutent trois instruments de terrain avec un suivi quotidien des prix, assuré par les directeurs du commerce sous la responsabilité des walis, le renforcement des brigades de contrôle avec des sorties quotidiennes toute l’année, et une base de données numérique qui fera office de système d’alerte. Pilotée conjointement par l’Intérieur, le Commerce intérieur et le Haut-commissariat à la numérisation, elle permettra d’intervenir dès qu’une hausse anormale apparaît.

Intermédiaires et importateurs : là où le bât blesse

En visant les intermédiaires et certains importateurs, le président de la République a désigné sans détour les zones où la spéculation prospère. Réglementer, enquêter, plafonner, c’est restituer à l’État son rôle de régulateur et rappeler que le marché ne saurait être un espace sans règles.

Le président de l’Organisation algérienne de défense du consommateur « Himayatec », Mohamed Aissaoui, a relevé à l’APS que ces mesures, notamment l’organisation de l’activité des intermédiaires, la révision des marges, le renforcement des contrôles et le stockage des excédents, répondent aux préoccupations des consommateurs et mettent un terme aux pratiques illicites. Il y voit une « avancée positive ». L’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) a salué les orientations « fermes » du chef de l’État. Elle estime que ces décisions « marquent une étape essentielle vers l’instauration de règles plus strictes et plus transparentes à même de réglementer le marché et de mettre fin aux pratiques illicites qui exploitent les circuits de distribution des produits pour augmenter les prix et porter préjudice aux consommateurs ». Les commerçants ne se sentent donc pas visés dans leur ensemble. L’Union a promis de mobiliser ses structures nationales et locales pour « renforcer la discipline commerciale et à protéger aussi bien le commerçant respectueux de la réglementation que le consommateur ».

Pendant longtemps, la lutte contre la cherté de la vie a consisté à éteindre les flambées. Le plan présidentiel change de logique en misant sur l’alerte précoce, la donnée et le stockage stratégique. Pour M. Aissaoui, ces mesures permettront de « passer du traitement de la hausse des prix à l’anticipation des déséquilibres et à une intervention précoce pour réguler le marché ». Atteindre cet objectif est, selon lui, « l’essence même de la réforme escomptée ». Il protège à la fois les producteurs contre les pertes et les citoyens contre la hausse des prix. Il a aussi appelé à associer les associations de consommateurs au suivi de l’application des décisions, en tant que « partenaire clé » pour détecter les anomalies et relayer les préoccupations des citoyens.

L’économiste Mourad Kouachi a déclaré à l’APS que ces orientations consacrent la transition d’une approche traditionnelle vers une nouvelle étape axée sur la numérisation et l’alerte précoce. Il a ajouté que cette approche renforcera la décentralisation du contrôle, grâce à des brigades de répression de la fraude mieux armées au niveau local et à une plus grande transparence des transactions tout au long des chaînes de valeur. Son confrère Nasserddine Sari y lit « une orientation décisive vers le renforcement de la capacité de l’Etat à anticiper les dysfonctionnements du marché et à les traiter au moment opportun ». La stabilité des prix, rappelle-t-il, dépend de la régularité de l’approvisionnement, de la transparence des transactions et de l’efficacité de la concurrence. D’où l’importance capitale d’organiser les intermédiaires, de renforcer le contrôle et de développer une base de données numérique unifiée. L’État, estime-t-il, mise ainsi sur « l’édification d’un système intégré alliant contrôle, données précises, gestion des stocks et coordination locale, appuyés par des indicateurs d’alerte précoce permettant d’intervenir au moment opportun ».

Un cap clair à quelques mois du Ramadhan

Le calendrier donne à ces décisions une portée supplémentaire. À quelques mois du Ramadhan, période où la demande s’accroît et où les tentations spéculatives se multiplient, le chef de l’État a pris les devants. Le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), Hadj Tahar Boulenouar, juge ces orientations « importantes » et dotées d’une « dimension stratégique ». Elles concernent selon lui l’organisation des réseaux de distribution, la régulation du marché et la modernisation du système économique, du secteur commercial en particulier. Il y voit une « réponse concrète » aux dysfonctionnements des chaînes de production, de stockage et de distribution. Le mécanisme d’achat et de stockage des excédents jouera, d’après lui, un « rôle central » dans la pérennité de l’approvisionnement et la stabilité des prix à long terme. M. Sari estime enfin que cette orientation a vocation à « renforcer la confiance dans le marché national, à travers l’amélioration de la distribution des produits et la consécration d’un équilibre durable entre exigences de la protection du consommateur et encouragement de la production et de l’investissement ».

Le président Tebboune a placé la protection du pouvoir d’achat au cœur de la politique nationale de développement économique, sans opposer le consommateur au producteur ni le commerçant honnête à l’État.

Salim Amokrane

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