Après 18 heures de négociations : Téhéran et Washington s’accordent sur une feuille de route
Réunis pendant près de 18 heures à Bürgenstock, en Suisse, les délégations iranienne et américaine ont conclu lundi leur première session de négociations directes depuis le cessez-le-feu du 8 avril 2026, s’accordant sur une feuille de route destinée à déboucher sur un accord de paix définitif dans un délai de soixante jours. Pendant ce temps, au Liban, l’armée d’occupation israélienne poursuivait ses bombardements en violation de la trêve en vigueur, portant à plus de 4.000 le nombre de victimes civiles depuis le début des hostilités.
La première séance de pourparlers irano-américains, organisée sous l’égide du Pakistan et du Qatar, s’est achevée aux premières heures de lundi matin dans une atmosphère qualifiée de « constructive » par les deux médiateurs. Dans un communiqué conjoint, Islamabad et Doha ont annoncé que les deux parties s’étaient « mises d’accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de soixante jours, jetant ainsi les bases d’un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques ». La Suisse, pays hôte, a de son côté confirmé la « reprise immédiate » de ces discussions techniques sur son territoire.
Le vice-président américain J. D. Vance, qui conduisait la délégation de Washington, s’est montré prudemment optimiste à l’issue des pourparlers. « L’accord final, c’est la maison. Nous en avons posé les fondations. Nous n’avons pas encore construit la maison, mais nous avons posé des bases solides », a-t-il déclaré aux journalistes réunis à Bürgenstock. Côté iranien, la délégation conduite par Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et négociateur en chef de la République islamique, accompagné du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi, a quitté la Suisse en direction de Téhéran après ces 18 heures d’intenses consultations, laissant sur place une équipe technique chargée de poursuivre les discussions tout au long de la semaine.
Des avancées concrètes
Plusieurs avancées concrètes ont été enregistrées. Sur le dossier énergétique, le secrétaire américain au Trésor a annoncé la levée temporaire, jusqu’au 21 août, des sanctions américaines sur le pétrole iranien, une mesure saluée par le chef de la diplomatie iranienne. « Les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques ne sont plus restreintes, le blocus est levé, certains avoirs gelés sont débloqués, et un plan de reconstruction et de développement majeur de l’Iran a été lancé », s’est félicité Abbas Araghtchi, rappelant que les États-Unis s’étaient engagés dès le 18 juin à « mettre fin à tous les types de sanctions » unilatérales et internationales contre la République islamique. Ce plan de reconstruction devrait s’élever à « au moins 300 milliards de dollars », selon le protocole d’accord déjà paraphé. L’annonce de la levée partielle des sanctions a immédiatement pesé sur les marchés. Le baril de Brent s’échangeait autour de 77,80 dollars en milieu d’après-midi, en nette baisse par rapport aux séances précédentes.
Sur le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique par laquelle transite habituellement un cinquième des hydrocarbures mondiaux, les deux parties ont convenu d’établir une « ligne de communication » destinée à « éviter les incidents et les problèmes de communication », avec pour objectif le rétablissement complet du trafic commercial dans un délai de trente jours suivant le déminage du détroit. Malgré l’annonce iranienne d’une fermeture du passage samedi, en réaction aux frappes israéliennes au Liban, la plateforme de suivi maritime Kpler enregistrait déjà quinze franchissements lundi à 13 heures. Trois superpétroliers iraniens chargés de quelque six millions de barils de brut avaient par ailleurs transité tôt le matin, selon Bloomberg, atteignant leur niveau d’activité le plus élevé depuis le début du conflit.
La question nucléaire, au cœur des tensions ayant précédé l’agression américano-israélienne contre l’Iran, a été abordée de manière préliminaire. « Une discussion très brève a eu lieu concernant le nucléaire, mais aucun détail n’a été abordé, et on ne peut pas dire que les négociations sur le nucléaire aient commencé », a précisé le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, à l’agence IRNA. Les deux délégations se sont contentées, selon lui, d’une « présentation de leurs positions » respectives. J. D. Vance a néanmoins annoncé qu’Téhéran avait accepté de réinviter des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur son territoire, ce qu’il a qualifié d’« étape majeure ». Le protocole d’accord déjà signé prévoit la dilution des stocks d’uranium iranien sous supervision onusienne, l’Iran s’engageant à ne pas « se procurer ni développer d’armes nucléaires ».
La situation au Liban demeure critique
Sur le front libanais, la situation demeure critique malgré le cadre du cessez-le-feu régional. Selon un bilan établi lundi par le ministère libanais de la Santé, les opérations militaires israéliennes menées depuis le 2 mars ont causé la mort de 4 106 personnes et blessé 12 153 autres. Une étude conjointe du Programme des Nations unies pour le développement et du Conseil national libanais de la recherche scientifique, fondée sur des images satellite comparatives, chiffre les destructions à 1,38 milliard de dollars, avec 11 095 bâtiments entièrement détruits, affectant près de 18 000 logements. Treize nouveaux corps ont été retrouvés dans des décombres lundi, selon la défense civile libanaise.
Malgré l’accord conclu en Suisse sur la création d’une « cellule de gestion des conflits » associant l’Iran, les médiateurs et le Liban pour garantir la cessation des opérations militaires, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a réaffirmé lundi sa détermination à maintenir les forces d’occupation israéliennes dans ce qu’il désigne comme une « zone de sécurité » au sud du Liban.
La diplomatie régionale s’est par ailleurs intensifiée. Mohammad Bagher Ghalibaf, avant de rejoindre Téhéran, a fait escale à Mascate pour y rencontrer le sultan Haitham Ben Tarek, afin de coordonner la gestion du détroit d’Ormuz. Le président iranien Massoud Pezeshkian se rendait quant à lui mardi à Islamabad pour remercier personnellement le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif de son rôle de médiateur. Ce dernier s’est félicité lundi sur X d’« avancées encourageantes », citant l’accord sur la feuille de route, la création d’un comité de haut niveau de suivi politique et le lancement des discussions techniques.
Lyes Saïdi

