Ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset : Un corridor régional sur le rail
Le Gouvernement a examiné mercredi l’avancement des opérations de terrain de la ligne ferroviaire vers Tamanrasset, dont les travaux démarreront depuis la capitale de l’Ahaggar. La BAD, qui y voit un corridor économique et un vecteur d’intégration régionale, se dit prête à accompagner l’Algérie.
Le chantier ferroviaire du Grand Sud passe à une phase concrète. Le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, a présidé mercredi une réunion du Gouvernement consacrée aux secteurs de l’industrie et des travaux publics. À l’ordre du jour figurait la poursuite des opérations sur le terrain pour la réalisation des tronçons concernés de la ligne reliant El Meniaa à Tamanrasset. Conformément aux instructions données par le président de la République lors du dernier Conseil des ministres, les travaux débuteront depuis la wilaya de Tamanrasset.
Ce point d’étape tombe au moment où la Banque africaine de développement a publié sur son site une analyse qui met en avant la portée stratégique de la ligne Alger-Tamanrasset. Pour l’institution, ce corridor est appelé à contribuer au développement économique du pays et constitue aussi un vecteur d’intégration régionale. Elle l’inscrit dans la stratégie nationale des infrastructures ferroviaires, qui prévoit de faire passer le réseau de 6 000 kilomètres actuellement à 15 000 à l’horizon 2030.
La BAD rappelle que la ligne reliera le nord du pays à Tamanrasset en traversant notamment Laghouat, Ghardaïa, El Meniaâ et In Salah. Elle y voit un instrument pour renforcer la connectivité du territoire et soutenir le développement du grand Sud. L’institution souligne le potentiel de diversification économique de cette infrastructure, grâce à un meilleur acheminement des produits agricoles, des ressources minières et des biens industriels vers les ports et les marchés.
La banque met aussi en avant l’effet d’entraînement sur les territoires traversés. La réalisation de la ligne devrait, selon elle, ouvrir de nouvelles perspectives à travers le développement d’activités agricoles, minières, industrielles et logistiques. Ces activités pourraient nourrir la création d’entreprises, la promotion de l’emploi des jeunes et l’émergence de start-up spécialisées dans les services liés au transport et à la logistique.
À l’échelle régionale, la BAD insiste sur l’importance du projet pour le renforcement des connexions entre les réseaux de transport africains, existants ou en cours de développement, ainsi que pour la facilitation des échanges avec la zone sahélienne et, plus largement, avec le reste du continent. Le projet s’inscrit dans les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine, notamment en matière de développement des échanges intra-africains et de consolidation des chaînes de valeur régionales.
Dans cette perspective, l’institution a réaffirmé sa volonté de poursuivre le dialogue avec les autorités algériennes afin d’accompagner la stratégie nationale de développement des infrastructures ferroviaires. Elle a salué les efforts de l’Algérie en faveur de la modernisation de ses infrastructures de transport, rappelant que le pays dispose du deuxième réseau ferroviaire du continent.
Le responsable pays du Groupe de la BAD pour l’Algérie, M. Abdoulkader Dileita, a affirmé que « l’enjeu est de faire du corridor Alger-Tamanrasset bien plus qu’une infrastructure de transport », car il « doit devenir un corridor économique qui rapproche les territoires, les bassins de production et les marchés, et qui renforce l’intégration de l’Algérie avec le Niger et le reste de l’Afrique de l’Ouest ». Il a assuré que « la BAD est prête à poursuivre ce travail avec les autorités algériennes, ainsi qu’avec les institutions régionales et internationales, afin de traduire cette ambition en résultats concrets ».
Ce soutien s’inscrit dans une séquence déjà engagée. En avril, le président Abdelmadjid Tebboune avait présenté la ligne comme le « nouveau pari du siècle » et fixé sa mise en service à fin 2028, afin que les Algériens voyagent en train du Nord jusqu’à Tamanrasset. Le 4 octobre, après l’approbation par la BAD du financement du tronçon El Meniaa-Tamanrasset, il avait ordonné le lancement immédiat des différents tronçons, érigés en « priorité absolue ». Dimanche, il a exigé que le premier coup de pioche soit donné à Tamanrasset. Sur les 1 581 km du projet, le tronçon Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa (495 km) a bénéficié d’un prêt de 1,5 milliard de dollars de la BAD. Un décret exécutif a déclaré d’utilité publique les sections Laghouat-Ghardaïa et Ghardaïa-El Meniaa. Mardi, le ministre des Travaux publics, M. Abdelkader Djellaoui, a réuni à Alger entreprises et bureaux d’études pour boucler les préparatifs.
Samir Benisid

