Entre grève générale en vue, dette et polémique sur une possible coupure des réseaux sociaux : Un « long automne social » s’installe en France
La France entre dans une nouvelle phase de contestation sociale. Après les manifestations du 24 octobre, qui ont réuni de 410 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur à 800 000 selon la CGT, des rassemblements sont annoncés les 30 et 31 octobre, puis une journée de grève le 5 novembre. Le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu, lui, est accusé de porter atteinte au droit de manifester.
Le calendrier s’alourdit de jour en jour. Les « Gilets jaunes », mouvement né en 2018, appellent à se rassembler le 30 octobre devant l’Assemblée nationale française, au nom de la défense des libertés publiques. Environ 400 actions, dont 39 manifestations, sont programmées le 31. Surtout, cinq syndicats (CFDT, CGT, FO, UNSA et FSU) ont lancé un appel commun à la grève le 5 novembre, pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, réclame une généralisation du mouvement. D’autres échéances suivent. Les retraités sont appelés à se mobiliser le 19 novembre pour l’indexation des pensions sur l’inflation, et les sapeurs-pompiers le 4 décembre, après un été où plus de 100 000 hectares sont partis en fumée. Le 24 octobre, quelque 70 000 policiers et gendarmes avaient été déployés pour encadrer les cortèges. Ces derniers dénonçaient la cherté de la vie, la dégradation des services publics et les restrictions du droit de manifester. La presse arabophone, qui suit de près ce dossier, évoque aussi 1 435 interpellations dans l’ensemble du pays. Les manifestations du 17 octobre avaient été marquées par des pillages et des dégradations dans plusieurs villes.
Les lycéens et les étudiants forment l’autre front. Reçus lundi par le gouvernement, leurs représentants se sont vu proposer un plafonnement des effectifs dans certaines classes, des prêts pour rénover les établissements et une réforme de l’accès à l’université. Paris veut consacrer 4 milliards d’euros de prêts aux collectivités pour les collèges et lycées, et un milliard aux universités. Les organisations étudiantes en réclament 10. « Nos revendications n’ont pas toutes été satisfaites, nous poursuivrons la mobilisation aussi longtemps qu’il le faudra », a déclaré un représentant des lycéens. Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, qualifie ces mesures de « miettes ». Le syndicat enseignant SNES-FSU soutient la grève du 5 novembre.
Sur le terrain législatif, le Sénat a commencé mardi l’examen du projet de loi dit « casseur-payeur ». Défendu par M. Lecornu, il permettrait de réclamer jusqu’à 10 000 euros à toute personne ayant participé à un groupe auteur de dégradations, même sans preuve de sa participation personnelle aux faits. Soutenu par la droite, majoritaire au Sénat, il est combattu par la gauche. Amnesty International demande son retrait. Selon Nathalie Godard, du bureau français de l’organisation, le texte « expose tous les manifestants au risque d’en assumer les conséquences financières », alors que le droit international n’autorise à sanctionner que les actes commis personnellement.
La polémique la plus sensible vient d’une enquête du site français Blast. Le 22 octobre, M. Lecornu aurait écrit aux quatre grands opérateurs (Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR) pour leur demander de se tenir prêts à suspendre l’accès à TikTok, Instagram, Snapchat et X en cas de nouvelles violences urbaines. Lors d’une réunion le lendemain, les opérateurs auraient exprimé de sérieuses réserves juridiques et techniques. Aucune coupure n’a eu lieu le 24 octobre. Les services du Premier ministre n’ont pas répondu aux sollicitations de Blast. Si cela se confirme ce serait une atteinte potentielle à la liberté d’expression.
Les marchés s’inquiètent aussi. Les Bourses européennes ont reculé mardi et les actions françaises ont perdu plus de 2 % la semaine dernière. L’Insee a annoncé que la confiance des ménages avait chuté de cinq points en octobre, à 80, son plus bas niveau depuis treize ans. Dans un pays dont la dette approche 120 % du PIB, l’exécutif dispose de peu de marge pour répondre aux revendications, et la division du Parlement fait peser un risque sur le budget de l’an prochain.
L.S.

