Nucléaire iranien : La diplomatie sous l’ultimatum de Trump
La fenêtre diplomatique entre Washington et Téhéran se resserre. Donald Trump a déclaré jeudi s’accorder « dix jours » pour déterminer si un accord avec l’Iran est à portée de main, assortissant ce délai d’une mise en garde aux contours délibérément flous. « Nous devons conclure un accord pertinent, sinon de mauvaises choses vont arriver », a lancé le président américain depuis Washington. « Nous devrons peut-être aller plus loin, ou peut-être pas. Vous le saurez probablement dans les dix prochains jours. » Ces mots, prononcés avec l’ambiguïté calculée qui caractérise souvent la communication trumpienne, interviennent dans un contexte de reprise diplomatique fragile. Les deux pays, qui ne s’étaient plus parlé directement depuis l’agression sioniste contre l’Iran de douze jours de juin 2025 et à laquelle les États-Unis ont pris part, ont renoué le dialogue début février, sous l’égide d’Oman. Deux cycles de pourparlers se sont déjà tenus, dont le second mardi à Genève, à l’issue duquel les délégations ont convenu de poursuivre leurs discussions sans annoncer d’avancée décisive.
Cette dynamique de dialogue, aussi prudente soit-elle, constitue en soi un signal notable dans l’histoire heurtée des relations irano-américaines. Mais la rhétorique qui l’entoure, côté américain, reste délibérément menaçante. La veille des déclarations de Trump, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, avait affirmé qu’il existait « de nombreuses raisons et arguments en faveur d’une frappe contre l’Iran », ajoutant que Téhéran serait « bien avisé » de trouver un terrain d’entente. Ce type de déclaration, alternant ouverture et pression militaire implicite, reflète la stratégie de « coercition diplomatique » que l’administration Trump a érigée en méthode depuis son retour à la Maison-Blanche.
Sur le terrain, les signaux ne sont guère plus rassurants. Les États-Unis ont renforcé leur dispositif militaire dans le Golfe persique, tandis que l’Iran conduit simultanément des exercices navals en mer d’Oman en compagnie de la Russie. Ces manœuvres parallèles dessinent le cadre dans lequel se déroulent des négociations dont chacune des parties entend rappeler qu’elle n’est pas en position de faiblesse.
Au cœur du différend figure le dossier nucléaire. Téhéran a réaffirmé jeudi, par la voix du chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Mohammad Eslami, un droit inaliénable. « La base de l’industrie nucléaire, c’est l’enrichissement. Quoi que vous vouliez faire dans le processus nucléaire, vous avez besoin de combustible nucléaire », a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée par le quotidien iranien Etemad. Il a ajouté que le programme nucléaire iranien « progresse conformément aux règles de l’Agence internationale de l’énergie atomique » et qu’« aucun pays ne peut priver l’Iran du droit de bénéficier pacifiquement de cette technologie ». Cette position n’a rien de nouveau, mais son rappel en pleine séquence diplomatique prend une valeur symbolique forte. Washington réclame depuis des années que l’Iran renonce à l’enrichissement d’uranium, y compris dans le cadre des négociations actuelles. Téhéran oppose à cette exigence une fin de non-recevoir constante, en faisant valoir le caractère strictement civil de ses activités — production d’électricité, recherche médicale — et leur conformité avec le droit international, notamment le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
La médiation omanaise, qui a permis de renouer le fil du dialogue en février, s’inscrit dans une tradition bien établie : Mascate joue depuis plusieurs décennies le rôle de canal discret entre des capitales qui refusent de se parler directement. Mercredi, l’Iran avait indiqué travailler à l’élaboration d’un « cadre » destiné à structurer les discussions à venir, ce qui laisse entendre que Téhéran n’a pas fermé la porte, tout en refusant d’entrer dans les négociations sous la contrainte.
La question qui se pose désormais est de savoir si le délai fixé par Trump correspond à une véritable échéance opérationnelle ou relève d’une pression rhétorique supplémentaire. Les observateurs familiers de la méthode Trump penchent généralement pour la seconde hypothèse, rappelant que le président américain a par le passé multiplié les ultimatums sans toujours les honorer à la lettre. Mais dans une région où la moindre escalade peut embraser des équilibres fragiles, la différence entre menace de façade et intention réelle peut s’avérer difficile à distinguer — jusqu’au moment où elle ne l’est plus.
Lyes S.

