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Le projet de cartographie sociale sur la table du Gouvernement : Les politiques sociales sous la loupe

Le Gouvernement a tenu mercredi une réunion présidée par le Premier ministre Sifi Ghrieb, consacrée à deux dossiers distincts : un projet de décret sur la radioprotection et, surtout, le plan opérationnel de mise en œuvre de la cartographie sociale du pays. C’est ce second point qui retient l’attention, tant il engage des enjeux profonds de gouvernance sociale à l’heure où le chantier de la réforme des transferts sociaux reste ouvert.

Le communiqué des services du Premier ministre le formule sans ambiguïté : la cartographie sociale «s’appuie sur une approche organisée et évaluée par des indicateurs et des indices couvrant la dimension humaine et les réalités géographiques des territoires». Les champs retenus sont larges — démographie, éducation, santé, conditions de vie, accès aux services de base, mobilité, connectivité territoriale, vulnérabilités environnementales et climatiques. L’objectif affiché est de «mieux évaluer les besoins socioéconomiques des régions, d’améliorer le ciblage et la priorisation des politiques publiques et de garantir une répartition plus équitable des ressources disponibles».

Ce n’est pas une déclaration de principe. C’est le passage à la phase opérationnelle d’un projet dont les bases ont été posées en février dernier, quand la ministre de la Solidarité nationale, Soraya Mouloudji, avait installé en février dernier le groupe de travail chargé de son élaboration. Le projet, placé sous la supervision du Premier ministre, vise à «concrétiser la politique de l’État algérien, à sa tête le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, ainsi que ses instructions portant sur la consécration de la justice sociale, l’orientation du soutien social, l’amélioration du niveau de vie du citoyen, tout en plaçant le citoyen au cœur des différentes politiques publiques». Ce que révèle la séquence des deux réunions — février pour l’installation du groupe de travail, mai pour l’adoption du plan opérationnel — c’est une progression méthodique. Le gouvernement ne se contente pas d’un outil statistique. Il construit une infrastructure de décision sociale. La cartographie doit fournir, selon le communiqué de la Primature, «un diagnostic scientifique précis et multidimensionnel, fondé sur des indicateurs démographiques, sociaux et économiques».

Derrière la technicité des termes, les enjeux sont politiquement sensibles. Mieux cibler les politiques publiques, c’est admettre que le ciblage actuel est imparfait. Répartir «plus équitablement» les ressources, c’est accepter que l’équité n’est pas encore là. Et surtout, disposer d’une cartographie fine du tissu social algérien, c’est se donner les moyens — ou en tout cas l’instrument — d’une réforme des transferts sociaux que les pouvoirs publics n’ont pas encore officiellement engagée, mais que tous les signaux préparent depuis plusieurs années.

La question du ciblage des aides sociales est, en Algérie, un sujet qui avance à pas comptés. Le modèle actuel repose sur des subventions généralisées — carburant, électricité, produits de première nécessité — qui bénéficient à l’ensemble de la population, quelle que soit sa situation. Ce système est coûteux, mal orienté, et régulièrement pointé par les institutions financières internationales. Mais toute réforme en la matière comporte un risque politique que les gouvernants successifs ont jusqu’ici soigneusement pesé.

La cartographie sociale, en ce sens, précède et prépare. Elle ne réforme rien par elle-même. Mais elle fournit la carte avant la traversée. Identifier avec précision les zones de vulnérabilité, les populations sous-couvertes, les territoires en déficit de services — c’est exactement ce qu’il faut pour justifier, demain, un basculement vers un système d’aides ciblées. La communication présentée mercredi au gouvernement ne dit pas ce mot. Elle n’en a pas besoin. Il s’agit aussi de se doter d’un outil d’aide à même de mesurer l’équilibre territorial et d’adapter les politiques publiques économiques, sociales et d’aménagement du territoire pour remédier aux lacunes et assurer l’équité en matière d’accès au développement.

Radioprotection : un cadre réglementaire renforcé

L’autre point à l’ordre du jour de la réunion portait sur un projet de décret exécutif fixant les règles de sûreté des sources de rayonnement ionisants et de radioprotection. Selon le communiqué de la Primature, ce texte «a pour objet de renforcer le dispositif national de radioprotection en encadrant les expositions professionnelles, médicales et du public, ainsi que la gestion des sources radioactives et des équipements associés». Il s’agit d’un dossier de mise en conformité réglementaire, dans un domaine où les normes internationales de sûreté — fixées notamment par l’Agence internationale de l’énergie atomique — imposent un cadre juridique précis aux États membres. L’Algérie, qui développe ses capacités dans le domaine du nucléaire civil, renforce ici son arsenal légal en matière de radioprotection.

Malik Meziane

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