Vestige de la répression coloniale : Rénovation du Fort-Polignac à Illizi
La direction de la Culture et des Arts d’Illizi a lancé jeudi une opération d’aménagement du site historique Fort-Polignac, ancienne installation militaire coloniale du début du XXe siècle, dans le cadre d’un programme périodique de préservation du patrimoine. Ce chantier vise à revaloriser ce lieu de mémoire et à en faciliter l’accès aux visiteurs, en particulier le jeune public scolaire. Selon Samir Bensalem, directeur du secteur de la Culture et des Arts, l’opération doit « redorer le blason de ce fort historique et permettre aux visiteurs, notamment les élèves, de s’enquérir de l’historique des sites et monuments de la région ». Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large de valorisation du patrimoine mémoriel algérien, particulièrement celui lié à la période coloniale et à la lutte pour l’indépendance. Édifié progressivement à partir de 1908 sur une superficie de 1.764 mètres carrés, Fort-Polignac occupait une position névralgique dans le dispositif de contrôle français du territoire saharien. Farid Bendar, chef de service du patrimoine culturel à la direction locale, explique à l’APS que ce site « faisait partie d’une chaîne de forts et de sites d’incarcération réalisés par les autorités coloniales françaises dans différentes régions du Sud-Est du pays pour assurer sa mainmise sur la région et connecter ses différents cantonnements ». L’architecture militaire du fort témoigne de cette fonction répressive : postes de garde, tours d’observation, galeries souterraines et geôles formaient un ensemble carcéral destiné à briser toute velléité de résistance.
Mohamed El-Hassaoui, chef du service du patrimoine historique et culturel à la direction des Moudjahidine, qualifie, quant à lui Fort-Polignac de « témoin tangible de la politique coloniale française axée sur la répression et l’altération de l’identité nationale ». Pour lui, de telles installations « dénotent l’intention hégémonique du colonialisme et sa volonté de contrôle de la population locale ». Le responsable souligne que le site porte la trace des violences perpétrées par l’occupant, évoquant notamment les chouhada Seghir Benhakem et Targui Wantimidhi, « tombés en martyrs sous la torture ». Ces noms rappellent que Fort-Polignac fut non seulement un lieu de détention, mais aussi de supplices infligés aux résistants algériens. Abdelbasset Benkaza, directeur des Moudjahidine et Ayants droit d’Illizi, précise que le site comprend quatre pavillons abritant « plusieurs installations, dont des postes de vigie et de surveillance, un réseau de tunnels et des geôles pour l’incarcération des moudjahidine, aussi bien locaux que d’autres régions du pays ».
Demeuré sous la tutelle du ministère de la Défense nationale jusqu’en 1996, l’édifice a ensuite été transféré au secteur des domaines, puis au ministère de la Culture. En 2002, une première campagne de restauration et de réhabilitation a été entreprise, aboutissant à l’inauguration du site restauré en 2004. Plus de vingt ans après cette première intervention, les nouvelles opérations d’aménagement annoncées visent à poursuivre l’effort de conservation et à renforcer la dimension pédagogique du lieu, transformant ainsi un ancien instrument de répression en outil de transmission mémorielle destiné aux générations futures.
Mohand S.

