Le projet d’exploitation de la mine de zinc et de plomb de Béjaïa entre dans une phase décisive : Un géant minier s’éveille
Avec ses 34 millions de tonnes de réserves exploitables, le gisement de zinc et de plomb d’Amizour, classé parmi les plus importants au monde, sort de sa longue léthargie.
Le gisement géant d’Amizour entre en phase opérationnelle, confirmant l’accélération de la stratégie de diversification économique voulue par le président de la République Abdelmadjid Tebboune. Les travaux d’aménagement de l’entrée de la mine de zinc et de plomb d’Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, ont été officiellement lancés mardi, marquant une étape décisive dans la concrétisation de ce projet minier intégré d’envergure mondiale, doté d’un investissement de 471 millions de dollars et d’un potentiel d’extraction annuel de 170 000 tonnes de concentré de zinc et 30 000 tonnes de plomb, puisés dans un gisement dont les réserves exploitables sont estimées à 34 millions de tonnes. Ce lancement, supervisé par le wali de Béjaïa Kamal-Eddine Kerbouche et le directeur général du groupe public Sonarem Reda Belhadj, en présence du directeur général de l’ENOF (Société nationale des produits miniers non ferreux et des matériaux utiles) Dhrifi Fateh, du directeur de la coentreprise algéro-australienne BZL, ainsi que d’élus locaux et de cadres dirigeants, intervient conformément aux instructions du président de la République Abdelmadjid Tebboune, qui avait insisté lors du Conseil des ministres de janvier dernier sur l’impératif de mettre en exploitation ce projet dès ce mois de mars 2026.
Un gisement de « classe mondiale »
« L’aménagement de l’entrée de la mine survient après l’achèvement de toutes les procédures administratives et la levée des obstacles qui entravaient le lancement du projet », explique le groupe Sonarem dans un communiqué publié à l’issue de la cérémonie. Le groupe public précise que le projet « entre désormais dans une nouvelle phase, celle de l’indemnisation des propriétaires fonciers, une étape qui témoigne de l’engagement réel du groupe à le mener à bien ». La semaine précédente, le wali de Béjaïa avait présidé une réunion de coordination spécifiquement consacrée à l’achèvement des derniers préparatifs avant le lancement effectif des opérations d’exploitation sur ce site situé entre les communes de Tala Hamza et d’Amizour. Reda Belhadj, directeur général de Sonarem, a pour sa part souligné que ce gisement « est l’un des plus importants projets stratégiques du secteur minier algérien, compte tenu de ses dimensions économiques et de développement considérables ». Le directeur général de l’ENOF, Dhrifi Fateh, a abondé dans le même sens, affirmant que la mine d’Amizour « compte parmi les plus importants gisements au niveau mondial, au regard du volume de ses réserves et de son importance économique », ajoutant que « ce projet revêt une importance capitale pour le pays ».
Le lancement de la mine de zinc et de plomb de Béjaïa constitue le deuxième grand projet industriel de développement minier intégré à entrer en phase opérationnelle en l’espace d’un mois, après la mise en exploitation historique du gisement de fer de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, en février dernier. Ces deux projets, auxquels devrait s’ajouter d’ici la fin de l’année 2026 ou le début de l’année 2027 le mégaprojet de phosphate intégré dans l’est du pays, s’inscrivent dans la stratégie globale de diversification économique portée par le Président Tebboune, dont l’objectif affiché est de hisser le produit intérieur brut (PIB) national à 400 milliards de dollars à l’horizon 2027. Le chef de l’État avait lui-même souligné, lors du Conseil des ministres de janvier, la « nécessité de lancer ce projet économique prometteur en mars 2026, pour ce qu’il apporte en termes de postes d’emploi et de bénéfices économiques pour la région en particulier et pour l’Algérie en général ».
Des retombées économiques majeures attendues
L’enjeu dépasse largement le cadre de la wilaya de Béjaïa. L’Algérie ambitionne, à travers l’exploitation de ce gisement, de valoriser ses richesses minières nationales, de diversifier ses exportations au-delà du secteur des hydrocarbures et d’approvisionner le marché national en ces deux matières premières essentielles que sont le zinc et le plomb, lesquels entrent dans la composition de nombreux produits industriels. Selon le patron de Sonarem, le projet « contribuera à la valorisation des richesses minières nationales et au renforcement de la souveraineté économique » du pays, tout en créant « de nombreuses opportunités d’emploi pour les jeunes de la région et en soutenant le dynamisme économique de la wilaya de Béjaïa ». Le directeur général de Sonarem a également insisté sur le fait que le groupe « veillera à un suivi rigoureux et permanent de toutes les phases de réalisation du projet, garantissant l’avancement des travaux dans les délais fixés et dans le respect des plus hauts standards techniques adoptés dans les grands projets miniers ».
Avec Gara Djebilet pour le fer, Amizour pour le zinc et le plomb, et bientôt le phosphate intégré, l’Algérie accélère résolument sa mue industrielle. Ces trois projets miniers structurants, conçus comme des complexes intégrés allant de l’extraction à la transformation, visent à réduire la dépendance du pays aux recettes pétrolières et gazières, qui représentent encore l’essentiel des revenus de l’État. Dans un contexte international marqué par la flambée des cours des matières premières et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, la mise en valeur de ces ressources minières offre à l’Algérie une opportunité stratégique de se positionner comme un fournisseur de premier plan sur les marchés internationaux du zinc, du plomb, du fer et du phosphate, tout en alimentant une industrie nationale de transformation créatrice d’emplois et de valeur ajoutée. Le pari de la diversification, longtemps resté au stade des intentions, semble désormais entrer dans une phase de concrétisation accélérée.
Samira Ghrib

