Économie

Le Brent touche les 105 dollars : Le spectre du choc pétrolier plane sur l’économie mondiale

Les cours du pétrole poursuivaient leur envolée mardi, le baril de Brent de la mer du Nord franchissant de nouveau la barre des 100 dollars à 103,05 dollars (+2,83 %) et le West Texas Intermediate (WTI) atteignant 96,34 dollars (+3,04 %), alors que de nouvelles frappes contre des infrastructures énergétiques dans le Golfe alimentent les craintes d’une crise majeure de l’offre mondiale de brut, au dix-huitième jour de la guerre déclenchée le 28 février par l’offensive militaire américano-israélienne contre l’Iran. Vers 06H15 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, gagnait 5,16% à 98,32 dollars. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, rebondissait lui de 4,67% à 104,88 dollars. La zone industrielle pétrolière de Fujaïrah, sur la côte est des Émirats arabes unis, a été visée mardi par une nouvelle attaque de drones qui a provoqué un incendie, au lendemain d’une première frappe sur le même site. Ce hub pétrolier revêt une importance considérable car il permet de détourner une partie des barils actuellement bloqués par la quasi-paralysie du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement environ 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures. La multiplication des attaques contre ce type d’installations marque selon les analystes un tournant dans la nature même de la crise. « La situation pourrait être en train de passer d’une crise du transport maritime à une crise de l’offre de pétrole, dans laquelle les infrastructures énergétiques de tout le Golfe deviennent la cible d’attaques », analyse Kathleen Brooks, du courtier XTB. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) considère d’ores et déjà que la guerre au Moyen-Orient provoque « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire.

Depuis le 28 février, les deux références mondiales du brut ont bondi de 40 % à 50 %, intégrant une « prime de risque géopolitique » qui reflète la probabilité croissante d’une réduction durable de l’offre. Certaines références régionales spécifiques, comme le Murban ou le Oman, ont même dépassé les 150 dollars le baril, car « les raffineries sont généralement configurées pour des caractéristiques très précises » et ne peuvent aisément se tourner vers des bruts de substitution, relève Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management. La banque privée Edmond de Rothschild note pour sa part qu’« il n’y a que très peu d’alternatives au détroit d’Ormuz » dans la région et que les capacités de stockage des pays producteurs du Golfe arrivent à saturation, les contraignant à réduire leur production. Face à cette situation, plusieurs grandes économies prennent des mesures protectionnistes. La Corée du Sud, qui possède d’importantes capacités de raffinage, a annoncé dans la nuit l’introduction de restrictions sur ses exportations de produits raffinés, emboîtant le pas à la Chine qui avait pris des dispositions similaires la semaine précédente. « Les pays privilégient leur propre sécurité d’approvisionnement », constate Arne Lohmann Rasmussen. De son côté, les pays membres de l’AIE ont décidé de débloquer 400 millions de barils issus de leurs réserves stratégiques, l’agence se disant prête à en libérer davantage « si nécessaire ». Toutefois, des économistes estiment qu’il serait prématuré de parler de véritable choc pétrolier comparable à ceux de 1973 ou 1979. « On connaît actuellement un choc sur les prix de l’énergie, mais les contraintes sur l’offre aujourd’hui sont moins prégnantes qu’il y a une cinquantaine d’années : elles restent localisées autour du détroit d’Ormuz », tempère Hélène Baudchon, cheffe économiste adjointe chez BNP Paribas, interrogée par l’AFP. La demande du président américain Donald Trump à plusieurs pays alliés de contribuer militairement à la sécurisation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz n’a pour l’instant pas rencontré de succès. En revanche, l’Irak, dont l’économie dépend massivement de ses exportations pétrolières fortement contraintes par la paralysie du passage, est en contact avec l’Iran pour tenter de faire transiter ses pétroliers par le détroit, a annoncé le ministre irakien du Pétrole.

S.G.

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *