L’Algérie, « un pilier de la stabilité de la région »
Une délégation américaine de haut rang a été reçue mardi à Alger par le président de la République Abdelmadjid Tebboune. Entre discussions sur la lutte antiterroriste et ambitions économiques, la visite marque une étape dans des relations que les deux parties veulent transformer.
Deux hauts responsables américains ont fait le déplacement à Alger le 27 et 28 avril pour rencontrer le président Abdelmadjid Tebboune : le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau et le général Dagvin Anderson, commandant de l’AFRICOM, le commandement militaire américain pour l’Afrique. L’audience s’est tenue mardi en présence des hauts responsables de l’Armée nationale populaire, à leur tête le général Saïd Chanegriha. Au sortir de la réunion, les deux hommes ont tenu des déclarations à la presse. Du côté militaire, Anderson a d’emblée salué «la coopération et les relations solides que l’Algérie continue de renforcer dans la lutte contre le terrorisme». Pour le commandant de l’AFRICOM, l’Algérie n’est pas un partenaire parmi d’autres : c’est, dit-il, «un pilier de la stabilité dans cette région du monde». Une formule qui, dans le langage diplomatique américain, a du poids. Elle reconnaît l’expérience accumulée par l’ANP depuis les années noires des années 1990, une décennie durant laquelle l’Algérie a combattu seule un terrorisme que l’Occident regardait alors de loin.
Anderson a insisté sur la complémentarité des deux pays : «Les États-Unis peuvent apporter leur expertise dans la lutte antiterroriste à l’échelle mondiale, au côté des capacités remarquables dont dispose l’Algérie grâce à sa profonde expérience en la matière.» Il a ajouté que cette convergence «ouvre de larges perspectives de coopération à l’avenir, au mieux des intérêts communs et au service de la sécurité des deux pays». Le général a aussi pris soin de ne pas réduire la question à ses seules dimensions militaires : «Les solutions militaires seules ne suffisent pas, mais doivent être accompagnées d’investissements économiques, de développement et du renforcement de la cohésion sociale.» Une formulation qui correspond, point pour point, à la doctrine algérienne telle qu’elle est défendue depuis des années par Alger et qui a toujours rappeler que la solution sécuritaire seule ne peut répondre au défi posé par le terrorisme et a toujours plaidé pour une approche assise sur la prospérité et le développement.
Anderson a voulu placer la rencontre dans un cadre plus large que le seul intérêt stratégique. Citant le 250e anniversaire de l’indépendance américaine, il a évoqué des «valeurs communes» : «Nous nous rappelons avec déférence que nous nous sommes également libérés de la colonisation et nous mesurons pleinement l’importance de la souveraineté, de la dignité et de l’indépendance, des valeurs que nous partageons avec le peuple algérien.» Le volet économique, lui, a été pris en charge par Christopher Landau. Le secrétaire d’État adjoint — dont c’était la première visite en Algérie — n’a pas caché son enthousiasme : «Nous avons été très impressionnés par l’accueil chaleureux et la beauté de votre pays.»
Potentiel économique
Passé les formules de politesse, Landau a mis les choses à plat : «Nous sommes aujourd’hui à un moment important où nous pouvons envisager d’énormes potentialités profitant aux deux peuples, à travers le renforcement des relations économiques et commerciales.» Il n’a pas précisé quels secteurs étaient visés, mais le contexte se charge de répondre en partie à la question : l’Algérie dispose d’importantes réserves d’hydrocarbures et d’un potentiel minier que les entreprises américaines regardent avec intérêt croissant, dans un contexte de reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales. Landau a tenu à rappeler l’ancienneté des liens entre les deux pays. «Ces relations remontent à 1795», a-t-il dit, évoquant le traité de paix et d’amitié signé entre George Washington et le dey Hassan Pacha. «L’Algérie a été parmi les premiers pays à établir des relations diplomatiques avec les États-Unis, et les États-Unis ont été parmi les premiers à établir des relations avec l’État algérien après son indépendance en 1962.» La référence historique n’est pas anodine : elle situe la relation dans une durée longue, bien au-delà des aléas conjoncturels.
Sur la sécurité, Landau a mentionné «des domaines importants de coopération dans le secteur sécuritaire et la nécessité de travailler ensemble pour faire face aux défis dans la région du Sahel». Il a aussi évoqué, en passant, «la résolution de la question du Sahara occidental après plus de 50 ans».
Ce qui ressort de cette journée, c’est avant tout la volonté des deux parties de sortir d’une relation compartimentée — sécurité d’un côté, commerce de l’autre — pour l’envisager de manière plus intégrée. Landau l’a dit sans détour : «C’est un moment très important dans les relations entre les États-Unis et l’Algérie. J’espère que les générations futures considéreront ce moment comme un tournant dans les relations entre deux grands pays.» Le mot «tournant» est ambitieux.
Salim Amokrane
Christopher Landau subjugué par le potentiel touristique « incroyable » de l’Algérie
Le secrétaire d’Etat adjoint des Etats-Unis, Christopher Landau, qui a effectué sa première visite en Algérie, a été subjugué par son potentiel touristique « incroyable », exprimant son impatience de revenir explorer ce pays « fascinant ». « L’Algérie a un potentiel incroyable pour le tourisme et j’ai hâte de revenir un jour pour explorer ce pays fascinant », a-t-il écrit mercredi sur les réseaux sociaux. Le secrétaire d’Etat adjoint des Etats-Unis était lundi et mardi à Alger où il a rencontré le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, et plusieurs ministres en vue de renforcer la coopération bilatérale et de faire progresser les efforts conjoints en faveur de la stabilité régionale, de la sécurité et de la prospérité économique. « J’ai échappé à mon emploi du temps chargé pendant quelques minutes pour visiter le Palais du Dey dans le célèbre quartier de la Casbah et l’ancien bureau de poste au centre ville », a-t-il fait savoir. Qualifiant de « captivante » la capitale, Alger, le responsable américain s’est réjoui notamment de son architecture et de ses « magnifiques » vues sur la Méditerranée. « Alger est une ville captivante avec son mélange d’architecture mauresque et européenne, et ses magnifiques vues sur la mer Méditerranée », a-t-il ajouté.
APS

