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Le secteur musclé avec les actifs récupérés : La nouvelle ambition automobile

Deux wilayas, deux usines, des milliards de dinars remis en mouvement.

Mercredi, le Premier ministre Sifi Ghrieb a sillonné Batna puis Tissemsilt pour inaugurer et lancer plusieurs projets industriels au cœur de la filière automobile — des unités qui, pour la plupart, étaient à l’arrêt ou figées dans des procédures judiciaires depuis des années. Derrière les discours officiels, une réalité concrète prend forme : l’État transforme les biens confisqués aux hommes d’affaires condamnés pour corruption en leviers de souveraineté industrielle. La visite, conduite sur instruction du président de la Répubmique Abdelmadjid Tebboune, a aligné les annonces avec une précision inhabituelle. À Batna, Ghrieb a lancé une usine de production de pièces et composants métalliques par emboutissage, implantée dans la zone industrielle de Djerma sur un foncier de 50 hectares. L’investissement, chiffré à 6 milliards de dinars, mobilise quatre presses de formage et d’emboutissage pouvant atteindre 2 300 tonnes, pour une capacité de production de pièces de tôlerie destinées à 150 000 véhicules par an — tourisme, utilitaires et poids lourds confondus. 150 emplois directs et indirects sont attendus. Le projet relève de la Société de maintenance de l’Est (SME), filiale du Groupe industriel des ciments d’Algérie (GICA), et c’est là que la dimension politique de la démarche devient lisible : ce site est un actif récupéré, confisqué par décision judiciaire définitive dans le cadre des poursuites engagées contre les oligarques de l’ère Bouteflika.

Dans la même wilaya, le Premier ministre a inauguré une unité d’assemblage de caisses frigorifiques pour camions, installée dans la zone industrielle de Kechida. 100% d’intégration locale, des travailleurs réintégrés, une superficie de 10 700 m². Ghrieb a insisté sur la portée symbolique et opérationnelle du geste : la relance de cette unité constitue selon lui «une étape importante dans le processus de récupération des actifs industriels», avant d’ajouter qu’«il appartient aujourd’hui aux travailleurs et aux gestionnaires d’assurer la réussite du projet et d’atteindre les objectifs tracés». Ce n’est pas une inauguration de routine. C’est l’État qui rend à la production ce que la prédation avait immobilisé.

À Tissemsilt, le Premier ministre a procédé au lancement de l’unité General Plastic Injection (GPI), dans la commune de Khemisti, zone de Sidi Mansour. Le projet produira des composants et accessoires plastiques destinés à l’industrie automobile, avec les technologies les plus avancées disponibles. Ghrieb a annoncé que «l’entrée effective en production est prévue pour septembre prochain», et a situé l’initiative dans le même cadre que Batna : «Nous assistons ensemble au lancement de cet important projet dans la wilaya de Tissemsilt, lequel s’inscrit dans le cadre des engagements de Monsieur le président de la République relatifs à la récupération et à la relance des biens confisqués par des décisions de justice définitives.» Les emplois promis couvrent ingénieurs, techniciens et ouvriers — une manière de souligner que la valeur créée restera dans la région.

Une stratégie qui se dessine

Ce qui donne de la cohérence à ces inaugurations dispersées sur deux wilayas, c’est le récit industriel que Ghrieb a articulé en fin de journée. Interrogé en marge de sa visite à Batna, le Premier ministre a mis des mots sur une stratégie qui se dessine depuis plusieurs mois : «La saisie automobile en Algérie avance à pas assurés, avec des capacités algériennes et un plan bien pensé, loin du bruit, loin du vacarme et loin de la politique de gonfler les pneus.» La formule tranche avec le registre technocratique habituel. Elle vise explicitement les années d’annonces sans lendemain qui ont discrédité la filière dans les années 2010, lorsque des chaînes de montage importaient des véhicules quasi-assemblés sous l’étiquette « made in Algeria ». «La scène aujourd’hui commence à se compléter et la vision se précise vraiment», a-t-il ajouté.

Le schéma industriel qui se dessine est délibérément intégré. Batna fournit les structures métalliques — les carrosseries, premier maillon d’une chaîne de valeur locale. Tissemsilt produit les composants plastiques pour différents types de véhicules. Et pour fermer la boucle en amont, Ghrieb a annoncé qu’«à partir du mois de septembre, la production de tôles d’acier aux spécifications précises démarrera au niveau de Tosyali Oran», réduisant ainsi la dépendance aux importations de matière première. L’acier, la tôle, le plastique, les batteries, les systèmes de freinage : chaque pièce du puzzle est identifiée, localisée, attribuée à un acteur industriel algérien.

Plusieurs accords signés

La journée a également été marquée par une cérémonie de signature d’accords à Batna. La SME a conclu un protocole avec Tosyali Algérie pour l’approvisionnement en matières premières, et plusieurs mémorandums d’entente ont été signés avec Hyundai Motors Manufacturing Algeria, Stellantis, Sicma SPA, ETRAG Cirta, Tirsam, MAN SPA et Pengpu Algérie. Ces engagements conditionnent les constructeurs présents sur le marché algérien à intégrer les composants produits localement — carrosseries métalliques comme pièces plastiques. C’est là le nerf du dispositif : sans obligation d’achat, les usines peuvent tourner dans le vide. Avec elle, la chaîne se ferme.

Ghrieb a conclu sa journée en cadrant les perspectives : «Ce qui a été réalisé est une première étape dans un programme plus large», avec d’autres projets annoncés pour les prochains mois dans la même filière. La logique est celle d’un assemblage progressif, bout à bout, usine après usine.

Amar Malki

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