De gros investissements annoncés par AQS et Tosyali : L’acier algérien change de dimension
Tosyali mise 2,5 milliards de dollars. AQS prépare une deuxième vague d’extension à Bellara. Derrière les annonces, une industrie qui se repositionne en profondeur. Depuis quelques semaines, les signaux s’accumulent dans la sidérurgie algérienne. Pas des effets d’annonce — des investissements chiffrés, des calendriers, des gammes de produits. Le plus explicite vient de Tosyali. Alp Topcuoglu, vice-président du groupe turc, a lâché lors de la CEO Survey Algeria 2026 une phrase courte, sans fioriture : « À partir du mois de septembre, l’Algérie passera à un autre niveau. » Derrière la formule, un plan d’expansion de 2,5 milliards de dollars pour le complexe de Béthioua, près d’Oran. La capacité de production doit passer de 6,5 millions à près de 10 millions de tonnes par an. Sur les 1,6 million de tonnes d’aciers plats prévus dans cette nouvelle configuration, 700 000 seront dédiées au secteur automobile dès le troisième trimestre 2026. C’est là que la rupture est nette. Il y a huit ans, l’Algérie importait encore du rond à béton — le produit le moins technique qui soit. Ce que Tosyali annonce aujourd’hui, c’est la fabrication d’aciers plats galvanisés pour l’automobile et l’électroménager, des gammes qui alimentent les chaînes industrielles des pays développés. Pas une montée en gamme cosmétique : une reconversion industrielle sérieuse, soutenue par des commandes attendues des constructeurs automobiles qui assemblent déjà en Algérie. La clé de voûte de cette ambition s’appelle Gara Djebilet. Le gisement de fer du Tindouf, longtemps paralysé par des défis logistiques et métallurgiques — le minerai est réputé difficile à traiter —, entre enfin dans le circuit industriel. Les premières livraisons ont rejoint le site d’Oran. Une unité d’enrichissement de 4 millions de tonnes est prévue à Béchar. Tosyali a développé un procédé spécifique pour traiter ce minerai, avec une ambition affichée : transformer la ressource sur le territoire national plutôt que de l’exporter brute.
À Jijel, AQS travaille sur un autre front. Sofiane Chaïb Setti, directeur général adjoint d’Algerian Qatari Steel, l’a confirmé mardi en marge d’une journée d’étude organisée par l’entreprise : les préparatifs pour la deuxième phase d’extension du complexe de Bellara ont démarré. L’annonce officielle du lancement des travaux viendra « ultérieurement », mais la direction d’AQS ne cache pas l’objectif — élargir la gamme de produits pour répondre à une demande qui dépasse aujourd’hui les frontières algériennes. La société exporte déjà vers 45 pays, bientôt 46. C’est une trajectoire que peu d’industriels algériens auraient anticipée il y a dix ans. Ce que les deux entreprises illustrent, c’est une dynamique commune : sortir du modèle purement capacitaire — produire plus de la même chose — pour intégrer des segments à valeur ajoutée. C’est aussi, implicitement, un pari sur la demande intérieure. L’industrie automobile locale, longtemps cantonnée à un assemblage symbolique, a besoin d’intégration locale pour que les taux réglementaires soient atteints. L’acier galvanisé de Béthioua peut y contribuer directement.
Samir Benisid

