Liban : Derrière la pseudo « zone de sécurité », le spectre de l’annexion
Alors que l’entité sioniste étend chaque jour davantage son emprise militaire au sud du Litani, déplaçant plus d’un million de civils et détruisant les ponts qui relient le sud au reste du pays, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a saisi jeudi le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres pour dénoncer une entreprise méthodique d’annexion déguisée en impératif sécuritaire. Le bilan de l’agression israélienne depuis le 2 mars s’élève à 1 116 martyrs et 3 229 blessés. Les mots choisis par Nawaf Salam dans son entretien téléphonique avec Antonio Guterres ne laissent guère de place à l’ambiguïté diplomatique. Le Premier ministre libanais a dénoncé les menaces répétées du ministre israélien de la Défense concernant des projets d’occupation de zones situées au sud du fleuve Litani, ainsi que les déclarations publiques du ministre israélien des Finances sur une éventuelle annexion de cette région — des propos officiels qui, souligne-t-il, ne relèvent plus de la rhétorique mais d’un projet assumé. Ces actes et déclarations, qu’ils soient présentés comme une « ceinture de sécurité » ou une « zone tampon », constituent, souligne-t-il « une menace grave pour la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban, ainsi que pour les droits de ses citoyens, en violation du droit international, du droit international humanitaire et de la Charte des Nations unies ». Nawaf Salam a annoncé avoir chargé son ministre des Affaires étrangères de déposer une plainte immédiate auprès du Conseil de sécurité, appelant l’organisation à « assumer ses responsabilités pour mettre fin à ces violations ».
Sur le terrain, les faits donnent corps à ces accusations. Le chef du commandement nord de l’armée d’occupation israélienne, Rafi Milo, a confirmé jeudi que l’opération avait franchi « une étape supplémentaire » pour élargir ce qu’il qualifie de zone de sécurité avancée. La 162e division a rejoint les 91e et 36e divisions déjà engagées, étendant l’incursion terrestre dans plusieurs localités frontalières — Khiam, Odaisseh, Kfar Kila dans le district de Marjayoun, Kfarchouba dans celui de Hasbaya, Dhayra dans celui de Tyr. Selon des informations rapportées par la chaîne israélienne Channel 14, l’armée d’occupation sionsiste aurait commencé à établir dix-huit positions militaires permanentes jusqu’à huit kilomètres à l’intérieur du territoire libanais — des installations qui ne ressemblent plus à une manœuvre provisoire mais à une implantation durable. Nawaf Salam a par ailleurs alerté Guterres sur un fait aux conséquences potentiellement irréversibles : l’entité sioniste a détruit la plupart des ponts enjambant le Litani, dans ce qu’il a décrit comme une tentative délibérée d’isoler le sud du reste du pays. Cette destruction systématique des voies de communication prive plus de 150 000 personnes de tout accès aux services essentiels et rend matériellement impossible le retour des déplacés dans un avenir prévisible — ce qui constitue, selon le chef du gouvernement libanais, une forme de nettoyage démographique par les infrastructures. Les déplacements massifs affectant les habitants des villages au sud du fleuve, les incursions quotidiennes, la destruction et dans certains cas le nivellement complet de maisons : autant d’éléments qui, pris ensemble, dessinent selon Beyrouth une logique d’effacement plutôt que de sécurisation.
La réalité humanitaire confirme l’ampleur du désastre. La représentante du HCR au Liban, Karolina Lindholm Billing, a déclaré lors d’un point presse à Genève que « la situation demeure extrêmement préoccupante, et le risque de catastrophe humanitaire est bien réel ». L’agence onusienne estime que plus d’un million de personnes — soit un habitant sur cinq — ont été contraintes de fuir leur foyer. « Plus de 136 000 personnes déplacées sont hébergées dans 660 abris collectifs, pour la plupart des écoles, largement surpeuplées », a précisé Mme Lindholm Billing, ajoutant que « même déplacés, les gens ne se sentent plus en sécurité » et que « les séquelles psychologiques, en particulier pour les enfants, se feront sentir bien au-delà du conflit actuel ». Le ministère libanais de la Santé a de son côté annoncé que le bilan de l’agression sioniste s’élevait à 1 116 martyrs et 3 229 blessés depuis le 2 mars, dont 22 morts et 110 blessés dans les seules dernières vingt-quatre heures.
Pendant ce temps, Beyrouth brûle aussi. Des frappes israéliennes ont visé jeudi la banlieue sud de la capitale, le quartier de Dahiye, provoquant trois explosions et d’importants dégâts sur un bâtiment. L’armée d’occupation israélienne avait au préalable menacé publiquement d’attaquer cette zone.
L.S.

