Cinéma : « Ahmed Bey » fait salle comble à Constantine
Constantine n’attendait que ça. L’avant-première du film historique Ahmed Bey, projetée vendredi soir dans la salle de cinéma du complexe culturel Zénith qui porte le nom du célèbre résistant, a attiré une foule considérable venue découvrir cette fresque cinématographique consacrée à l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire algérienne.
Dès les premières heures précédant la séance, le public a afflué en masse vers la salle, rapidement remplie jusqu’à saturation, dans une atmosphère chargée d’enthousiasme qui dit beaucoup de l’appétit du public pour un cinéma national ancré dans la mémoire collective. L’événement n’avait rien d’une simple projection de prestige. Il s’agissait d’un rendez-vous avec l’histoire, dans une ville — Constantine, l’antique Cirta — qui entretient avec Ahmed Bey un lien particulier. C’est ici, dans ce Beylik de l’Est qu’il gouverna et défendit avec acharnement, que le dernier Bey d’Algérie à l’époque ottomane opposa une résistance farouche à la conquête française, de 1826 jusqu’à sa reddition en 1848, avant sa mort en 1850. Une période que le film restitue dans une fresque épique couvrant près de trois décennies d’une histoire tumultueuse, entre grandeur, combats et crépuscule d’un monde.
Abdallah Ben Djaâfar, chargé d’information et de communication du complexe culturel Ahmed-Bey, a exprimé à l’APS la portée symbolique de cet événement. Selon lui, cette avant-première a offert au public « l’opportunité de redécouvrir la figure d’Ahmed Bey, dont le complexe culturel Zénith de Constantine porte le nom, en tant que symbole majeur de la résistance populaire ayant tenu tête au colonisateur français ». Il a également mis en avant les ambitions artistiques de l’œuvre, soulignant que le film « met en exergue les dimensions esthétique, créative et historique » d’une production qui restitue le parcours du dernier Bey dans un souffle proprement cinématographique.
Ben Djaâfar a par ailleurs rappelé le cadre institutionnel dans lequel s’inscrit cette production : réalisée par le Centre national du cinéma et de l’audiovisuel et mise en scène par le réalisateur Jamal Shourjeh, elle réunit une pléiade d’artistes algériens, menée par Mohamed Tahar Zaoui dans le rôle-titre, aux côtés de la regrettée comédienne Rym Ghazali, disparue avant de voir l’accueil réservé à ce qui constitue l’une de ses dernières apparitions à l’écran. Le film « permet au public de connaître des étapes déterminantes de l’histoire nationale », a-t-il insisté, soulignant la vocation pédagogique et patrimoniale d’une œuvre qui dépasse le simple cadre du divertissement.
Dans les travées de la salle, le public n’a pas caché son émotion. Plusieurs spectateurs interrogés par l’APS ont exprimé leur admiration pour la qualité de l’interprétation et la richesse visuelle du film, soulignant sa capacité à les immerger dans l’atmosphère de l’époque « avec une grande passion ». Une réception enthousiaste qui confirme ce que nombre d’observateurs de la scène culturelle pressentaient : le public algérien est prêt à répondre présent lorsqu’on lui propose des œuvres porteuses de sens et ancrées dans son propre récit historique. Ces mêmes observateurs appellent d’ailleurs à renforcer le soutien à ce type d’initiatives, estimant qu’elles sont susceptibles d’enrichir durablement le paysage culturel national. Le succès de cette avant-première constantinoise résonne ainsi comme un signal fort adressé à l’ensemble de la filière cinématographique algérienne : le grand public attend des histoires qui lui appartiennent, racontées avec le sérieux et l’ambition artistique qu’elles méritent. Ahmed Bey semble, à en juger par l’accueil de vendredi soir, avoir relevé ce défi.
Mohand Seghir

