Guerre au Moyen-Orient : Trump menace les infrastructures énergétiques iraniennes
Alors que les frappes américano-israéliennes contre l’Iran se poursuivent depuis leur déclenchement le 28 février, le conflit a franchi lundi une nouvelle étape dans son escalade rhétorique et militaire. Donald Trump a adressé de nouvelles menaces directes à Téhéran, exigeant la réouverture du détroit d’Ormuz sous peine de frappes dévastatrices sur les infrastructures énergétiques iraniennes, tandis que les ripostes de Téhéran continuent de secouer la région et que la communauté internationale commence à prendre ses distances avec Washington.
Dans un message publié sur son réseau social Truth Social, le président américain a formulé ses menaces dans les termes les plus crus qu’il ait employés depuis le début du conflit. Évoquant des « progrès importants » dans les négociations en cours, il a toutefois prévenu que si aucun accord n’était conclu rapidement, et si le détroit d’Ormuz n’était pas immédiatement rouvert, les États-Unis mettraient fin à leur présence en Iran en procédant à la destruction des centrales électriques, des puits de pétrole et de l’île de Kharg, principale plateforme d’exportation pétrolière iranienne, évoquant également la possibilité de viser les usines de dessalement. Ces déclarations font suite à un ultimatum de 48 heures qu’il avait déjà adressé à Téhéran, et dont le délai avait ensuite été prorogé en raison des pourparlers en cours. Dans un entretien accordé au Financial Times, Trump était allé plus loin encore, affirmant qu’il « préférerait » prendre le pétrole iranien, comparant cette approche à ce que Washington envisage au Venezuela. « Peut-être que nous prenons l’île de Kharg, peut-être pas. Nous avons beaucoup d’options », avait-il déclaré, ajoutant : « Je ne pense pas qu’ils aient une quelconque défense. Nous pourrions la prendre très facilement. »
Ces menaces s’inscrivent dans une dynamique militaire qui ne faiblit pas. Ce lundi matin, une frappe américano-israélienne a visé une section du complexe pétrochimique de Tabriz, dans le nord-ouest de l’Iran. Selon un communiqué de l’exploitant relayé par l’Agence iranienne du travail, les équipes de secours sont intervenues rapidement, maîtrisant l’incendie et rétablissant la situation. Des ingénieurs évaluent l’ampleur des dégâts techniques.
Le commandant de la marine iranienne tué
La même journée, l’Iran a officiellement confirmé la mort d’Alireza Tangsiri, commandant de la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique, tué lors d’une frappe aérienne à Bandar Abbas, aux côtés de l’ensemble de la hiérarchie de la marine des Gardiens. Le ministre israélien de la Défense et le Commandement central américain avaient annoncé sa mort jeudi. Téhéran désignait Tangsiri comme le responsable de la fermeture du détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transitent quotidiennement environ 20 millions de barils de pétrole, soit près de 20 % de l’approvisionnement mondial. Sa fermeture depuis le début du mois de mars a fait bondir les prix du baril, le Brent dépassant désormais les 116 dollars, et alimenté des craintes de perturbations économiques durables à l’échelle mondiale. Du côté américain, les membres de l’administration multiplient les déclarations offensives. Le secrétaire d’État Marco Rubio a affirmé lundi sur ABC News que Washington était sur le point d’atteindre ses objectifs militaires en Iran en quelques semaines, précisant que les frappes visent à détruire l’aviation, la marine et les capacités balistiques de Téhéran. « Tous ces objectifs sont atteints, dans les délais ou en avance », a-t-il assuré, ajoutant que le président Trump disposait de « plusieurs options » pour empêcher l’Iran de contrôler le détroit d’Ormuz, sans en préciser la nature. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a pour sa part affirmé sur Fox News que les États-Unis reprendraient à terme le contrôle du détroit, « que ce soit par des escortes américaines ou par une escorte multinationale ». Il a par ailleurs minimisé le rôle des Houthis yéménites dans la déstabilisation de la mer Rouge, estimant que ces derniers étaient restés « très discrets ».
Plus de 5.000 attaques contre les bases et sites américains
L’ampleur des ripostes iraniennes, de son côté, commence à être documentée avec précision. Selon des données officielles compilées auprès des ministères de la Défense et des centres d’information gouvernementaux des pays concernés, l’Iran a lancé au moins 5 471 attaques de missiles et de drones contre des bases américaines et des sites stratégiques répartis dans sept pays arabes depuis le 28 février. Les Émirats arabes unis sont les plus touchés, avec plus de 2 300 projectiles interceptés, dont 414 missiles balistiques et près de 1 900 drones. Le Koweït a neutralisé plus de 900 missiles et drones, Bahreïn près de 565, le Qatar plus de 299, la Jordanie 262, l’Arabie saoudite plus de 1 000 drones et 52 missiles, et Oman 19 drones. Ces chiffres donnent la mesure d’un conflit dont l’empreinte géographique dépasse largement les frontières iraniennes, englobant l’ensemble de l’arc du Golfe dans une instabilité croissante. Au total, les frappes américano-israéliennes ont fait plus de 1 340 morts depuis le début du conflit, dont l’ancien guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.
Malgré l’intensité des combats, des canaux diplomatiques restent ouverts. Trump a évoqué des pourparlers indirects avec l’Iran via des émissaires pakistanais, faisant état de progrès. Il a indiqué que Téhéran aurait autorisé vingt pétroliers à traverser le détroit d’Ormuz. Les États-Unis auraient par ailleurs transmis à l’Iran un plan en quinze points prévoyant des dispositions sur les programmes nucléaire et balistique ainsi que sur la sécurité maritime. L’Iran, qui a rejeté cette proposition, a posé cinq conditions pour mettre fin au conflit : l’arrêt des attaques, des garanties contre leur reprise, la reconnaissance de sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz et le versement de réparations pour les dommages de guerre. Des appels à la médiation se multiplient également dans la région. Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, s’exprimant lors d’une conférence sur l’énergie au Caire, a lancé un appel solennel en direction de Washington : « Personne ne peut arrêter la guerre dans notre région, dans le Golfe, à part vous. Aidez-nous, s’il vous plaît, à mettre fin à la guerre. Vous en êtes capable. »
Madrid ferme son ciel aux avions de guerre américains
Sur le front diplomatique occidental, une fissure notable est apparue dans la coalition atlantiste. L’Espagne a annoncé lundi la fermeture de son espace aérien aux aéronefs américains impliqués dans les opérations militaires contre l’Iran. La ministre de la Défense Margarita Robles a été explicite : « L’utilisation des bases américaines en Espagne n’est pas autorisée, et bien entendu l’utilisation de l’espace aérien espagnol pour des actions en lien avec la guerre en Iran ne l’est pas non plus. » Selon le quotidien El País, cette décision a eu des conséquences opérationnelles concrètes, contraignant certains bombardiers américains à contourner la péninsule ibérique par le détroit de Gibraltar, compliquant leur logistique. Une seule exception est prévue : le transit ou l’atterrissage d’urgence reste autorisé. Le Premier ministre Pedro Sánchez avait dès le début du conflit qualifié les frappes américano-israéliennes d’illégales et d’erreur extraordinaire. La décision de Madrid intervient dans un contexte de tensions plus larges avec Washington, Donald Trump reprochant depuis plusieurs mois à l’Espagne de ne pas porter ses dépenses militaires à 5 % de son PIB, conformément au nouvel objectif fixé par l’OTAN.
Lyes Saïdi

