Alnaft lancera « l’Algeria Bid Round 2026” le 19 avril : L’ambition d’un pivot énergétique méditerranéen
L’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) a fixé au 19 avril 2026 la date officielle de son prochain appel d’offres international portant sur sept blocs d’exploration, confirmant l’ambition d’Alger de se positionner comme le hub stratégique incontournable de l’énergie méditerranéenne, dans un contexte géopolitique où la guerre au Moyen-Orient bouleverse durablement les équilibres du marché mondial.
Dans un communiqué rendu public mercredi, ALNAFT a précisé que cette nouvelle édition du « Bid Round » « s’inscrit dans la continuité du processus déjà engagé et marque une étape structurante dans la mise en œuvre de la stratégie nationale de valorisation des ressources en hydrocarbures ». Les sept blocs proposés à la concurrence internationale seront soumis « conformément aux dispositions réglementaires en vigueur ainsi qu’aux standards internationaux de transparence et de compétitivité », a indiqué l’agence, qui qualifie le cadre offert aux investisseurs de « clair, équitable et attractif ». Cette opération constitue un mécanisme ouvert permettant aux compagnies pétrolières internationales de soumettre leurs offres pour l’obtention de périmètres d’exploration. ALNAFT a tenu à réaffirmer, dans le même communiqué, « son engagement en faveur de la transparence, de la valorisation optimale des ressources nationales et du renforcement de partenariats durables avec les acteurs internationaux du secteur ». Les informations complémentaires relatives aux blocs concernés, aux conditions de participation et au calendrier détaillé seront communiquées ultérieurement, selon l’agence. Cette démarche s’inscrit résolument dans la politique d’intensification des investissements menée par l’Algérie, notamment dans l’amont gazier, secteur où le pays dispose de réserves considérables encore sous-exploitées. L’objectif est double : accroître les capacités de production nationales et répondre à une demande internationale en forte hausse, particulièrement en provenance du bassin méditerranéen et de l’Europe.
Ce nouvel appel d’offres s’inscrit dans la continuité du précédent Bid Round lancé en 2024, qui avait suscité un intérêt marqué de la part des compagnies internationales. Plusieurs majors et entreprises de taille intermédiaire avaient alors manifesté leur volonté de prendre position sur le sous-sol algérien, attirées par un potentiel géologique largement reconnu, un cadre fiscal révisé jugé plus compétitif depuis l’adoption de la loi sur les hydrocarbures de 2019, ainsi que par la proximité immédiate des marchés européens. Les résultats de cette édition avaient confirmé le regain d’attractivité de l’Algérie aux yeux des investisseurs étrangers, après plusieurs années de relative prudence liée aux incertitudes réglementaires. L’« Algeria Bid Round 2024 » avait été finalisé en juin 2025 avec des résultats jugés très satisfaisants : des licences d’exploration avaient été attribuées dans cinq des six zones proposées à des compagnies de premier plan — Sinopec, TotalEnergies, Eni et QatarEnergy —, générant des engagements d’investissements minimums de 936 millions de dollars, dont 533 millions consacrés à l’exploration et 403 millions au développement, sur des contrats d’une durée de trente ans.
Contexte géopolitique
Le lancement de ce nouveau Bid Round intervient dans un contexte géopolitique exceptionnel. Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février 2026 et la fermeture du détroit d’Ormuz, les marchés énergétiques mondiaux connaissent des perturbations qui vont en s’aggravant. Les atteintes répétées aux installations énergétiques dans la région, et la fermeture du détroit d’Ormuz, ont provoqué une onde de choc sur les cours et fait naître une angoisse durable quant à la sécurité des approvisionnements lesquels risquent de perdurer à Moyen terme. Dans ce paysage fracturé, l’Algérie émerge comme un acteur clé des équilibres énergétiques en Méditerranée, forte de sa stabilité, de son infrastructure d’exportation déjà connectée à l’Europe via les gazoducs Medgaz et Transmed, et de sa proximité géographique avec les économies importatrices du Vieux Continent. L’Algérie entend aussi intensifier ses investissements augmenter ses capacités, et renforcer ainsi ses positions sur le marché.
L’Agence nationale avait d’ailleurs anticipé ce repositionnement stratégique. Dans une tribune publiée sur son compte LinkedIn officiel au mois de mars dernier à l’approche du lancement de l’« Algeria Bid Round 2026 », ALNAFT avait choisi de parler le langage de la géostratégie énergétique, présentant l’Algérie comme « le hub stratégique du paysage énergétique méditerranéen ». Ce texte marquait une inflexion notable dans la communication institutionnelle en matière d’énergie : il ne s’agissait plus seulement de proposer des blocs d’exploration, mais de vendre un avantage géographique et logistique structurel aux investisseurs internationaux, dans un monde où la sécurité d’approvisionnement est devenue la priorité absolue des économies importatrices. L’enjeu pour Alger dépasse la seule valorisation de ses ressources géologiques. En ouvrant ses périmètres d’exploration à la concurrence internationale dans un cadre modernisé et transparent, l’Algérie entend capter des flux d’investissements massifs, accélérer le développement de ses réserves gazières et consolider son rôle de fournisseur fiable à l’heure où les routes traditionnelles de l’énergie mondiale sont durablement compromises.
Samira Ghrib

