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Les pays du Sud face à un nouvel ordre mondial !

Le chef d’état-major de l’ANP a présidé, jeudi à Alger, la 19e session du Conseil d’orientation de l’École supérieure de Guerre. Dans un monde en feu, où les rapports de force se reconfigurent à vitesse accélérée, son message sonne comme une feuille de route.

Le monde bascule dans le chaos, et l’Algérie le regarde lucidement. C’est dans ce contexte d’une gravité sans précédent — guerres, kidnappings d’État, recomposition brutale de l’ordre international — que le Général d’Armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et Chef d’État-Major de l’Armée nationale populaire, a présidé, jeudi à Alger, les travaux de la 19e session du Conseil d’orientation de l’École supérieure de Guerre. Une session ordinaire dans son protocole, extraordinaire dans son timing. Le monde que ces futurs officiers supérieurs sont appelés à affronter n’a plus grand-chose à voir avec celui qu’ont connu leurs aînés. Depuis le 28 février 2026, la guerre américano-israélienne contre l’Iran a embrasé un Moyen-Orient déjà à bout de souffle, redéfinissant les lignes de fracture entre puissances et propulsant les pays du Sud dans des équations stratégiques inédites. La souveraineté des nations, principe cardinal de l’ordre onusien, n’est plus une garantie ; elle se défend, ou elle se perd.

C’est dans cet environnement tendu que Chanegriha a pris la parole devant les hauts cadres militaires réunis à l’École dont le siège porte le nom du défunt président Ali Kafi. La cérémonie avait débuté par un recueillement à la mémoire de ce dernier, gerbe de fleurs déposée devant la stèle commémorative, Fatiha récitée en son honneur — un ancrage dans la mémoire de la résistance avant de regarder vers l’avenir. Le message du chef d’état-major ne s’est pas perdu en formules convenues. Tranchant, structuré, il a posé un diagnostic sans complaisance sur l’état du monde et les impératifs qui en découlent pour l’Algérie et son armée. « Le contexte géopolitique mondial actuel connaît des transformations dans les équilibres internationaux, ouvrant la voie à un nouvel ordre mondial, ce qui place les pays du Sud devant des choix stratégiques complexes », a-t-il déclaré, soulignant que « désormais, la position des États ne repose plus sur les gloires du passé, mais dépend de leur capacité à renforcer, de manière continue, les potentiels géostratégiques et systémiques de l’État, à consolider leur résilience populaire et économique, ainsi qu’à adapter leurs systèmes de défense et à développer leurs capacités scientifiques et technologiques».

Ces mots méritent d’être pesés. Dans un monde où la souveraineté n’est pas respectée, où des coalitions militaires réécrivent les cartes du Moyen-Orient dans le sang, la puissance ne se proclame pas — elle se construit, pierre après pierre, dans les laboratoires, les casernes, les amphithéâtres des grandes écoles militaires. Chanegriha l’a dit sans détour : la planification, l’anticipation et la souplesse décisionnelle ne sont plus des options, elles sont des obligations. « Dans ce cadre, l’anticipation dans la planification, la flexibilité dans la prise de décision et la capacité à mobiliser les ressources de l’État et ses atouts comparatifs constituent des garants essentiels de sa présence active dans un monde instable et en perpétuel changement », a-t-il souligné. Le Général d’Armée a également souligné que « l’ANP poursuit le processus d’adaptation de nos systèmes de défense dans toutes leurs dimensions, tout en contribuant à l’élaboration d’un narratif national fédérateur au service des intérêts vitaux de l’Etat ». « Dans ce contexte précis, a-t-il noté, l’ANP, sous la conduite de Monsieur le président de la République, Chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, poursuit l’adaptation de nos systèmes de défense dans toutes leurs dimensions », relevant que « cela passe notamment par le développement des capacités technologiques des systèmes d’armes, la préparation d’une ressource humaine et sa formation dans l’exploitation de ces systèmes avec compétence et efficacité, ainsi que par la sécurisation des chaînes d’approvisionnement nationales et la domiciliation de l’industrie de défense ». « Parallèlement, l’ANP contribue à forger une conscience sociétale résiliente face à la désinformation et aux manipulations cognitives, capable de résister aux guerres psychologiques hostiles, et ce, en œuvrant de concert avec le dispositif médiatique national pour démanteler les propagandes hostiles et dévoiler les mécanismes de manipulation des esprits, et de ce fait, façonner un narratif national unificateur au service des intérêts vitaux de l’Etat », a-t-il affirmé, soulignant la duplicité des menaces imposées par les nouvelles guerres hydrides.

L’École supérieure de Guerre n’est donc pas une institution parmi d’autres. Elle est le creuset où se forge la pensée stratégique. Dans un monde où les règles du jeu sont brisées par ceux-là mêmes qui les ont édictées, où le droit international est devenu une variable d’ajustement aux intérêts des puissants, l’Algérie choisit la voie de la vigilance et de la souveraineté assumée. Le message de Chanegriha à ses officiers résonne : la meilleure réponse aux désordres du monde, c’est la préparation.

Salim Amokrane

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