Guerre au Moyen-Orient : Entre frappes et ultimatums, la région au bord du gouffre
Alors que Washington a lancé des attaques militaires contre plusieurs sites iraniens et fixé un ultimatum sur le détroit d’Ormuz, Téhéran riposte et des négociations s’ouvrent en coulisses. La région retient son souffle.
En l’espace de 48 heures, le Moyen-Orient a basculé dans une escalade militaire d’une gravité sans précédent depuis le déclenchement, le 28 février 2026, de l’attaque conjointe américano-israélienne contre l’Iran. Ce dimanche, alors que le pape Léon XIV appelait depuis le balcon de Saint-Pierre « ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres » à « choisir la paix », les bombes continuaient de tomber sur le territoire iranien, des installations pétrolières koweïtiennes brûlaient sous des attaques de drones, et Donald Trump menaçait, depuis son réseau Truth Social, de frapper « ponts et centrales électriques » iraniens dès le mardi suivant si le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert.
Le tableau d’ensemble est celui d’une région prise en étau entre logique de guerre et tentatives diplomatiques de dernière minute. D’un côté, Washington multiplie les frappes et les ultimatums. De l’autre, Téhéran répond militairement tout en maintenant ouverts des canaux de négociation, notamment via Oman. Entre les deux, des pays tiers — Irak, Koweït, Jordanie — subissent les contrecoups d’un conflit qu’ils n’ont pas choisi.
Des frappes sur l’Iran et une rhétorique de guerre
Les faits militaires de la journée sont multiples et concordants. L’aéroport international Soleimani, qui dessert la ville d’Ahvaz, capitale de la province du Khouzestan dans le sud-ouest de l’Iran, a été frappé par une attaque aérienne conduite conjointement par les forces américaines et israéliennes, a confirmé le gouverneur adjoint de la province, Valiollah Hayati, cité par l’agence officielle IRNA. Dans la même province, des installations pétrochimiques de la zone économique spéciale de Mahshahr et de Bandar Imam avaient déjà été visées la veille, faisant au moins cinq morts et 170 blessés, dont la plupart ont pu être traités en ambulatoire, selon les mêmes sources officielles iraniennes.
Donald Trump a, de son côté, affirmé samedi dans une vidéo publiée sur Truth Social que plusieurs dirigeants militaires iraniens avaient été « éliminés » lors d’une « frappe massive » à Téhéran, sans fournir de précisions sur le moment ou l’ampleur de l’opération. Ces affirmations n’ont pas été vérifiées de manière indépendante. Dans le même temps, le président américain a fixé dimanche un ultimatum explicite : si le détroit d’Ormuz, verrouillé par Téhéran depuis le début du conflit, n’est pas rouvert d’ici mardi, les États-Unis frapperont les infrastructures énergétiques et les ponts iraniens. Les messages publiés par Trump sur son réseau, d’une brutalité de ton inhabituelle même pour lui, ont suscité une vive attention internationale.
Parallèlement, une opération de sauvetage d’un aviateur américain dont l’appareil — un F-15 — avait été abattu au-dessus du territoire iranien vendredi a donné lieu à un épisode confus et potentiellement lourd de conséquences. Washington a annoncé avoir secouru le pilote « sain et sauf » grâce à une opération mobilisant « des dizaines d’appareils » et ayant duré sept heures au-dessus de l’Iran. Les autorités iraniennes ont fourni une version sensiblement différente : selon le porte-parole du commandement des forces armées iraniennes, Ebrahim Zolfaghari, l’opération s’est déroulée sur un aéroport abandonné au sud d’Ispahan, et deux hélicoptères Black Hawk ainsi que deux avions de transport C-130 américains auraient été détruits. L’agence semi-officielle Tasnim a ajouté qu’un C-130 avait été abattu « par des tirs nourris d’une unité des forces spéciales de la police ». Washington n’a pas confirmé ces pertes.
« De bonnes chances » pour un accord ?
Depuis le 28 février, Téhéran a répondu aux frappes américano-israéliennes par des attaques de drones et de missiles visant Israël, la Jordanie, l’Irak et des pays du Golfe abritant des installations militaires américaines. Le bilan total du conflit dépasse, selon les sources disponibles, 1 340 morts du côté iranien, dont Ali Khamenei, l’ancien Guide suprême. Dans la nuit de samedi à dimanche, des factions armées irakiennes proches de l’Iran ont mené deux attaques contre des installations diplomatiques américaines en Irak, selon l’ambassade des États-Unis à Bagdad, qui a parlé de « tentatives d’assassinat de diplomates américains ». Au Koweït, des attaques de drones attribuées à l’Iran ont endommagé plusieurs installations pétrolières, déclenchant des incendies mais ne faisant pas de victimes, selon la compagnie nationale du pétrole.
Dans ce contexte de haute tension, des signaux contradictoires sont toutefois apparus. Donald Trump lui-même a déclaré, lors d’un entretien téléphonique avec Fox News, que les États-Unis avaient de « bonnes chances » de parvenir à un accord avec l’Iran lundi, date d’expiration de son ultimatum. Oman, dont une partie du territoire donne sur le détroit d’Ormuz, a indiqué que des responsables des ministères des affaires étrangères iranien et omanais s’étaient rencontrés pour examiner les « options » possibles en vue d’une réouverture du passage stratégique, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial.
Du côté iranien, le président du parlement Mohammad Baqer Kalibaf a publié une tribune dans laquelle il affirme que l’Iran est « pleinement prêt » à coopérer avec les pays de la région dans le cadre d’accords de sécurité bilatéraux et multilatéraux, à condition que cette coopération s’effectue « sans ingérence américaine ». Qualifiant le conflit en cours de « guerre d’Israël » menée par Washington, il a soutenu que la fermeture du détroit d’Ormuz et l’instabilité régionale étaient une conséquence directe des frappes, et non une cause. « Les présidents américains passent, mais l’Iran demeure dans cette région », a-t-il conclu, dans une formule qui résume assez bien la posture stratégique de Téhéran : celle d’une puissance régionale qui entend négocier en position de résistance, non de capitulation.
Lyes Saïdi

