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Maroc : Entre Crise de gouvernance et corruption, un régime à bout de souffle

Alors que les crises s’accumulent aux quatre coins du royaume, le régime makhzénien révèle chaque jour davantage son incapacité structurelle à gouverner. Entre promesses creuses, corruption endémique et répression des voix dissidentes, le tableau dressé par les acteurs de terrain est alarmant. Marrakech, Kénitra, El Azizia… Les noms changent, mais la réalité reste la même. À travers le Maroc, une même fracture s’approfondit entre un pouvoir qui réprime et une population qui subit. La multiplication des crises — infrastructures défaillantes, transports urbains inexistants, déchets envahissant les quartiers populaires — n’est plus le signe de dysfonctionnements isolés. Elle traduit un mal plus profond : l’échec d’un système de gouvernance verrouillé par des logiques d’allégeance, imperméable à toute réforme sérieuse.À Marrakech, des coordinations citoyennes de lutte contre la corruption ont tiré la sonnette d’alarme, qualifiant la ville de « cimetière de projets ». L’expression est sévère, mais révélatrice d’une méthode bien rodée : annoncer, promettre, inaugurer symboliquement, puis laisser les chantiers s’enliser. Les investissements publics affichés ne trouvent que rarement une traduction concrète sur le terrain, tandis que les mécanismes de contrôle et de suivi demeurent lettre morte. Le résultat : une défiance croissante des citoyens envers les institutions, et le sentiment d’une mise en scène permanente destinée à anesthésier l’opinion publique. Le secteur des transports illustre, lui aussi, cette dérive. Des programmes et des plans d’action sont régulièrement annoncés en fanfare, avant de se dissoudre dans l’inaction. Des coordinations locales dénoncent des « mesures conjoncturelles » brandies en cas de tension sociale, aussitôt oubliées une fois la pression retombée. Une gestion par l’urgence et la communication, au détriment de solutions durables et structurées.

Sur le front de la salubrité, l’Association marocaine des droits de l’Homme a documenté l’abandon de nombreux quartiers urbains, noyés sous les ordures sans que les autorités daignent intervenir. L’AMDH pointe sans détour la responsabilité de « certains élus et courtiers de la corruption », qui instrumentalisent leur position pour servir des intérêts privés au détriment du bien commun. Pendant ce temps, la contestation sociale enfle. Professionnels de la justice, enseignants, journalistes : des pans entiers de la société civile et des corps de métier expriment leur exaspération face au blocage des négociations et à l’absence de dialogue sincère. À Kénitra, l’Union des étudiants marocains de l’université Ibn Tofail a annoncé une série d’actions protestataires — sit-ins, rassemblements devant l’administration — prévues jusqu’au 9 avril, en réponse à une crise universitaire que le pouvoir tarde à prendre en charge. La station de transport d’El Azizia, à Marrakech, est devenue un symbole supplémentaire de cette déliquescence. Les protestataires y dénoncent une gestion opaque, l’éviction délibérée des professionnels concernés et la manipulation des procédures réglementaires à des fins d’enrichissement illicite. Tout cela, affirment-ils, sous le regard complaisant, voire complice, des autorités locales.

Ce tableau d’ensemble pointe vers une réalité que le pouvoir makhzénien peine à masquer : en l’absence de mécanismes de redevabilité réels, les slogans de réforme ne font que camoufler une volonté de statu quo. La répression du mouvement social, le verrouillage de l’espace public et la cooptation des élites locales constituent les véritables piliers d’un système qui préfère gérer la colère plutôt que d’en traiter les causes. Tant que la gouvernance demeurera otage des réseaux d’influence et de la culture de l’impunité, les crises ne feront que se succéder — et la confiance des citoyens continuera de s’éroder.

Lyes S.

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