Importation des moutons de l’Aïd : L’opération passe à la vitesse supérieure
Un million de têtes, quatre pays fournisseurs, un prix plafonné à 50 000 DA : les pouvoirs publics déploient un dispositif sans précédent pour sécuriser l’approvisionnement en bétail de sacrifice avant l’Aïd El Adha et rompre avec les tensions sur le marché.
Dès l’aube du 26 mars, le navire Unimar accostait au port d’Alger avec à son bord 12 350 moutons en provenance d’Espagne. Ce débarquement inaugural n’était pas un simple chargement de bétail : il marquait le lancement d’un plan national d’importation d’une ampleur inédite, décidé par le président de la République Abdelmadjid Tebboune lors du Conseil des ministres du 8 mars. Objectif : un million de têtes ovines pour couvrir la demande nationale avant l’Aïd El Adha, avec un prix de vente fixé par décret à 50 000 DA au maximum. Depuis lors, les quais de plusieurs ports ne désemplissent pas.
En dix jours à peine, les arrivages se sont multipliés sur l’ensemble du littoral. Oran est devenu la principale plaque tournante de l’opération : le 1er avril, deux navires y déchargeaient 17 250 têtes roumaines, suivis le 2 avril d’une nouvelle cargaison de 7 000 ovins espagnols. À Béjaïa, 6 560 bêtes venues de Roumanie sont arrivées le 30 mars. Le port de Ténès, dans la wilaya de Chlef, a reçu ce lundi son premier convoi : plus de 8 100 têtes acheminées depuis Bucarest, accueillis par vingt vétérinaires mobilisés par la direction des services agricoles locaux.
Un pont maritime entre quatre continents
La stratégie de diversification des sources d’approvisionnement est au cœur du dispositif. L’Espagne et la Roumanie assurent les livraisons européennes, tandis que le Brésil et l’Uruguay complètent le panel sud-américain pour atteindre le quota contracté. Le ministère de l’Agriculture a annoncé une montée en cadence progressive : à partir de la semaine du 7 avril, les importations s’accéléreront pour s’achever au plus tard le 20 mai 2026, laissant ainsi plusieurs semaines de marge avant la fête. Pour garantir la sécurité sanitaire des animaux et dissiper toute inquiétude chez les ménages, le ministère de l’Agriculture a imposé un protocole de double inspection : chaque bête est contrôlée une première fois dans son pays d’origine, puis soumise à un second examen vétérinaire dès son débarquement sur le sol algérien. À Oran, Mohamed Belaoun, directeur général de l’Office régional des viandes de l’Ouest (ORVO), a souligné la mobilisation totale des services vétérinaires et des autorités portuaires pour fluidifier le transit et prévenir tout risque épizootique. Une fois les contrôles sanitaires validés, les animaux sont acheminés par camions spécialisés vers des centres de quarantaine et de regroupement, préalablement aménagés avec fourrage, points d’eau et suivi médical permanent. À Ténès, l’inspecteur vétérinaire Amine Naas Araba a confirmé que les moutons de la première livraison, jugés en bonne santé, seraient placés en quarantaine d’une semaine dans la zone de Habaïer avant leur mise en commercialisation.
50 000 DA : un bouclier tarifaire contre la spéculation
Le plafonnement du prix à 50 000 DA est la mesure la plus visible de ce plan, et sans doute la plus attendue. Trois mécanismes complémentaires ont été mis en place pour faire respecter ce tarif de référence. D’abord, une plateforme numérique dédiée au suivi en temps réel de l’opération, renseignant les noms des navires, leurs cargaisons, leur position, les ports de réception et les circuits de distribution ultérieurs : c’est la traçabilité électronique lot par lot, de l’embarquement au point de vente. Ensuite, une régulation temporelle, avec une accélération délibérée des importations dès la première semaine d’avril pour éviter les pénuries de dernière minute qui alimentent la spéculation. Enfin, une coordination intersectorielle associant services agricoles, autorités portuaires, inspecteurs vétérinaires et collectivités locales, afin d’assurer que chaque mouton parvient bien au citoyen au prix convenu, sans détournement vers des circuits parallèles. Car c’est précisément ce scénario qui s’était produit en 2025 : une fraction du bétail importé avait été absorbée par des intermédiaires avant d’atteindre les marchés de détail, annulant en partie l’effet régulateur du programme. Les pouvoirs publics espèrent cette fois refermer cette brèche grâce à la traçabilité numérique et à la pression calendaire exercée par les délais d’importation.
Malik Meziane

