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Infractions à la législation des changes, contenus numériques indécents et diaspora médicale : Le CNESE ouvre trois grands chantiers

Le Conseil national économique, social et environnemental a tenu samedi à Alger sa deuxième assemblée générale ordinaire de 2026, avec un ordre du jour centré sur des enjeux qui touchent directement la souveraineté économique, la protection de la jeunesse et la mobilisation de la diaspora algérienne. Trois rapports ont été soumis à discussion et adoption sous la présidence de Mohamed Boukhari.

La session s’est tenue au Centre international des conférences Abdellatif Rahal, en présence de conseillers du président de la République, de membres du gouvernement, de représentants d’institutions nationales ainsi que de parlementaires des deux chambres. Le choix des thèmes n’est pas anodin : il reflète une volonté de positionner le Conseil comme une instance d’expertise à part entière, capable d’anticiper des problèmes structurels avant qu’ils ne deviennent ingérables.

Le change illicite, « menace structurelle » pour l’économie nationale

Le premier rapport, préparé par la commission permanente compétente, porte sur les infractions de change et les procédures de transfert. Un texte dense, adossé à une étude comparative couvrant douze pays, qui débouche sur des recommandations concrètes : actualisation du cadre législatif, accompagnement des opérateurs du commerce extérieur, renforcement de l’inclusion financière et meilleure intégration des banques dans le dispositif de surveillance. Mohamed Boukhari a dit sans détour ce qu’il pense du sujet. Les infractions de change, a-t-il affirmé, «constituent une menace structurelle qui porte atteinte à l’intégrité de l’économie nationale». Il a tenu à saluer le travail accompli par la commission, saluant «la qualité des recommandations et le plan d’action qui les accompagne, élaborés sur la base d’une analyse approfondie et d’une étude comparative portant sur douze pays».

Le président du Conseil a également replacé ce dossier dans son contexte économique global. Les infractions de change, a-t-il expliqué, touchent à des dimensions multiples et imbriquées : l’économie informelle, la structure du taux de change, l’inclusion financière, les équilibres macroéconomiques et la dynamique des exportations. C’est précisément cette complexité qui justifie, selon lui, une approche aussi systématique. Le rapport issu de la commission repose sur la méthodologie qui fait désormais la marque du Conseil : analyse des données académiques, étude de droit comparé, puis auditions et consultations des acteurs concernés. «Le travail consultatif et interactif», a insisté Boukhari, est ce qui garantit que «les recommandations du Conseil seront applicables avec précision».

Les enfants face aux contenus illicites

Le deuxième rapport s’attaque à un terrain plus sensible encore : les effets des contenus inappropriés sur internet sur les enfants et les jeunes. Un sujet que le Conseil a choisi de traiter de sa propre initiative, sans attendre une saisine externe — ce qui lui confère une portée politique particulière. Boukhari a situé le débat à l’échelle internationale. Il a cité l’Australie, qui a adopté une loi interdisant aux mineurs de moins de 16 ans l’accès aux réseaux sociaux. Il a mentionné d’autres pays développés — Indonésie, Norvège, Danemark, États-Unis — qui expérimentent des restrictions similaires, certaines allant jusqu’à limiter la durée quotidienne de connexion à une heure pour les moins de 16 ans. «Ce sujet est devenu d’une importance capitale», a-t-il déclaré, notant que l’intelligence artificielle a transformé la nature du problème : les contenus problématiques «sont désormais produits et diffusés d’une manière qui change de jour en jour». Pour le président du Conseil, réguler ces flux d’information auxquels la jeunesse est exposée «n’est pas seulement une question de régulation technologique, mais une question qui repose sur une approche globale, que la commission a traduite en recommandations et en un plan d’action fondé sur une méthodologie rigoureuse, après consultation des acteurs institutionnels et sociétaux». Le rapport adopté par l’assemblée générale vise donc à doter les pouvoirs publics d’instruments préventifs adaptés à un environnement numérique en mutation accélérée.

Cartographier les médecins algériens à l’étranger

Le troisième point à l’ordre du jour est d’une nature différente, plus prospective. Il s’agit d’un projet de plateforme numérique destinée à recenser et connecter les professionnels de santé algériens établis à l’étranger. L’initiative émane des membres du Conseil qui représentent la communauté nationale à l’étranger — un détail qui lui confère une légitimité particulière. L’objectif est double : constituer une base de données actualisée susceptible d’éclairer la prise de décision en matière de politique sanitaire, et créer un lien permanent avec des médecins et chercheurs algériens dispersés aux quatre coins du monde. Boukhari a salué une initiative qui «constitue une opportunité de rapprocher les membres de la communauté de leur pays et de leur permettre de contribuer aux efforts de développement national». Au-delà de l’outil technique, c’est une logique de réintégration symbolique et fonctionnelle de la diaspora que le Conseil entend promouvoir — convaincre des compétences formées à l’étranger qu’elles peuvent servir l’Algérie sans nécessairement y revenir physiquement.

L’assemblée générale a également examiné la question de sa propre organisation. Une étude de faisabilité a été lancée pour évaluer l’opportunité de modifier certaines dispositions du décret présidentiel 21-37, qui régit la composition et le fonctionnement du Conseil. L’objectif affiché est simple : «que notre Conseil figure parmi les grandes institutions», selon les mots de Boukhari. Autrement dit, se doter des outils juridiques et organisationnels qui lui permettront de jouer pleinement son rôle consultatif dans un environnement en pleine transformation.

Cette séquence de réforme interne s’inscrit dans une ambition plus large. Le président du Conseil a rappelé que l’institution travaille «selon un programme qui incarne une culture institutionnelle en harmonie avec la vision stratégique du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, fondée sur la science et la complémentarité entre les institutions».

Amar Malki

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