La ligne Alger-Tamanrasset sera opérationnelle en 2028 : Un projet stratégique qui transformera le Sud
Le président Abdelmadjid Tebboune a présidé dimanche qui a abouti à deux annonces majeures: la mise en service, fin 2028, de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset — que le chef de l’État qualifie de « nouveau pari du siècle » — et le lancement des exportations de phosphate algérien dès mars 2027. Deux chantiers qui dessinent, ensemble, les contours d’une stratégie de rupture avec la rente pétrolière.
Le chef de l’État n’a pas usé de la formule à la légère. Devant ses ministres, Tebboune a ordonné au gouvernement de « concentrer ses efforts sur la concrétisation du nouveau pari du siècle, qui n’est pas moins important que le projet de Gara Djebilet » : la ligne ferroviaire reliant la capitale à Tamanrasset via Laghouat, Ghardaïa, El Ménéa et In Salah, avec une mise en service prévue fin 2028. Un axe de 2 039 kilomètres qui traversera le Sahara de part en part pour désenclaver le Grand Sud.
Le chantier n’est pas parti de zéro. Deux tronçons sont déjà en exploitation — Alger-Blida sur 68 kilomètres et Boughezoul-Laghouat sur 250 kilomètres — et 170 kilomètres de voies nouvelles restent à poser. Le maillon central, Laghouat-Ghardaïa-El Ménéa sur 495 kilomètres, est évalué à 2,67 milliards de dollars, partiellement financé par un prêt de 747 millions de dollars de la Banque africaine de développement.
Les projections économiques sont saisissantes. D’ici 2030, l’Agence nationale d’études et de suivi des réalisations ferroviaires (Anesrif) anticipe la création de près de 477 000 emplois directs et indirects, une hausse de 65 % du fret ferroviaire sur l’axe central, et une augmentation de 25 % des flux de voyageurs interrégionaux. Le temps de trajet Alger-Laghouat tombera de quatre heures à moins de deux. Pour les produits agricoles du Sud — dattes, légumes, viande ovine — une réduction de 60 % des délais de livraison est attendue, de nature à réduire drastiquement les pertes post-récolte qui grèvent aujourd’hui la rentabilité des exploitations sahariennes. À plus long terme, la ligne redéfinira l’armature économique et urbaine des territoires traversés, en structurant de nouveaux pôles logistiques loin des axes routiers saturés, en améliorant l’accès aux soins — gain de 60 % du temps d’accès aux hôpitaux régionaux selon l’Anesrif — et en augmentant de 30 % l’accès aux services publics pour les communes rurales desservies.
Le phosphate, levier de la diversification
La même réunion a livré une seconde annonce de premier plan. Le président Tebboune a chargé le nouveau ministre des Mines d’atteindre « au plus tard en mars 2027 » le stade de l’exportation du phosphate de Bled El-Hadba, qualifiant cet objectif de « priorité économique absolue du secteur » rappelant que l’objectif est de faire des « mines un secteur dynamique générateur de richesses d’une part, et un moteur de rupture avec la dépendance aux hydrocarbures d’autre part ». Il a ordonné dans la foulée le lancement immédiat des travaux de construction des unités de traitement du minerai brut à la mine de Bled El-Hadba — parallèlement à son exploitation — ainsi que la construction sans délai de dépôts d’urée et d’ammoniac conformes aux normes techniques internationales, ces matières exigeant des conditions de stockage particulières.
La clé de voûte logistique de ce dispositif est le quai minier en construction dans le cadre de l’extension du port d’Annaba, dont les travaux s’achèveront également fin mars 2027. Le chef de l’État a ordonné le renforcement du partenariat algéro-chinois pour mener à bien ce chantier portuaire. Ce corridor intégré — de la mine de Tébessa au port d’Annaba via Oued Keberit — permettra d’acheminer vers les marchés internationaux une production annuelle projetée à 10,5 millions de tonnes de phosphate brut et 6 millions de tonnes d’engrais, adossée à des réserves estimées à 840 millions de tonnes, soit près de 80 ans d’exploitation.
L’enjeu dépasse la seule rentabilité industrielle. Dans un contexte géopolitique tendu — guerre en Ukraine, disruption des chaînes d’approvisionnement en engrais — l’Algérie entend s’imposer comme acteur incontournable sur un marché mondial sous tension. Le projet, porté par Sonarem pour l’extraction et Sonatrach pour la transformation chimique, vise également à réduire la dépendance algérienne aux importations d’engrais et à consolider la sécurité alimentaire nationale. Une réunion de coordination tenue le 15 avril entre les ministres Arkab (Hydrocarbures) et Hanifi (Mines) a confirmé que le strict respect des délais est désormais un impératif d’État.
Eau, énergie, jeunesse : les autres chantiers
Le Conseil des ministres ne s’est pas limité aux grandes infrastructures. Le nouveau ministre de l’Hydraulique a reçu pour mission d’élaborer un plan de gestion inédit du secteur de l’eau, « garantissant la sécurité hydrique à long terme », et de moderniser le système de veille sectorielle pour qu’il soit capable de « fournir diagnostic et solutions simultanément, à la vitesse maximale ». Le président Tebboune a rappelé que l’eau constitue un « objectif suprême » de son programme présidentiel.
Sur le front énergétique, le chef de l’État a demandé qu’une étude de faisabilité soit conduite sur la création d’un secrétariat d’État dédié aux énergies renouvelables, dans le cadre de la restructuration du secteur. Il a par ailleurs salué les efforts des travailleurs et cadres de Sonelgaz. Enfin, à l’approche des élections législatives, Tebboune a appelé à encourager la participation des jeunes — « y compris les femmes » — en leur ouvrant l’accès aux plus hautes fonctions dans tous les secteurs, saluant ce qu’il a décrit comme « un honneur dont l’Algérie victorieuse est fière ».
Ces annonces conjuguées dessinent une cohérence : connecter le Sud par le rail, valoriser ses richesses minières sur place plutôt que de les exporter brutes, sécuriser l’eau et préparer la transition énergétique. L’Algérie ne mise plus seulement sur ses hydrocarbures pour financer son avenir — elle s’emploie, chantier après chantier, à construire l’économie qui viendra après.
Amar Malki

